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Vous croyez connaître la Guadeloupe parce que vous avez vos plages, vos habitudes, votre coin de bord de mer le dimanche. Et puis un jour vous montez vers le nord, vous dépassez Le Moule, Petit-Canal, Port-Louis, vous poussez jusqu'à Anse-Bertrand, et là, brutalement, l'île change de visage. Fini le calme turquoise des lagons sucrés. Ici, l'Atlantique cogne, les falaises se dressent à pic, le vent ne s'arrête jamais et la roche calcaire raconte cinq millions d'années d'histoire. Le Nord Grande-Terre, c'est la Guadeloupe sauvage, celle que beaucoup de résidents n'ont traversée qu'en coup de vent sans jamais vraiment s'y arrêter. Grosse erreur. Parce que cette pointe de l'île concentre certains des plus beaux paysages naturels de tout l'archipel.

On parle d'un territoire qui va d'Anse-Bertrand à l'extrême nord, en passant par Port-Louis, Petit-Canal, Morne-à-l'Eau et Le Moule. Cinq communes, deux façades océaniques radicalement opposées : à l'est et au nord, l'Atlantique furieux et ses falaises; à l'ouest, la mangrove apaisée du Grand Cul-de-Sac Marin. Entre les deux, un plateau de calcaire sec, balayé par les alizés, où l'eau douce se fait rare et où la nature a appris à résister. C'est cette diversité-là qui rend le Nord Grande-Terre unique. Tour d'horizon des lieux qu'il faut absolument avoir vus, pour de vrai, au moins une fois.

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La Pointe de la Grande Vigie, le bout du monde guadeloupéen

C'est le point le plus septentrional de la Grande-Terre, l'extrémité absolue de l'île, à quelques kilomètres au nord du bourg d'Anse-Bertrand. Et c'est sans doute le site naturel le plus spectaculaire du nord. Imaginez des falaises calcaires qui plongent à la verticale dans l'océan, par endroits jusqu'à quatre-vingts mètres de hauteur. L'érosion marine a sculpté la roche pendant des millénaires : arches, grottes, corniches, dentelles de pierre rongées par les vagues. Beaucoup de visiteurs disent que ça leur rappelle les côtes de Normandie ou de Bretagne, sauf qu'ici la lumière est tropicale et que l'océan en contrebas a la couleur d'un bleu profond presque irréel.

Le sentier qui longe la pointe se parcourt à pied, tranquillement. Par temps clair, le panorama est vertigineux : au sud, toute la plaine de la Grande-Terre s'étale; au large, on devine La Désirade, et parfois, quand l'air est limpide, on aperçoit même les silhouettes d'Antigua et de Montserrat à l'horizon. Le vent souffle fort, presque tout le temps. C'est ce qui fait la beauté du lieu, mais c'est aussi ce qui impose la prudence : on reste sur les sentiers balisés, on ne s'approche pas du bord, surtout avec des enfants. La roche est friable par endroits et la chute serait mortelle. Aucune barrière ne remplace le bon sens. Cela dit, on peut profiter de toute la majesté du site sans jamais prendre le moindre risque.

La Porte d'Enfer, le paradoxe du nord

Voilà un nom qui sonne menaçant, et qui pourtant désigne l'un des coins les plus paisibles de la région. La Porte d'Enfer, sur la côte atlantique d'Anse-Bertrand, c'est d'abord un lagon. Un long bras d'eau turquoise, calme et translucide, qui s'enfonce entre deux hautes falaises et se trouve protégé du grand large par une barrière de corail. À l'intérieur, l'eau est lisse comme un miroir : on s'y baigne en famille, les enfants barbotent, c'est un havre. D'où vient alors ce nom d'enfer ? De ce qui se passe juste de l'autre côté, là où les deux falaises forment comme une porte ouverte sur l'océan déchaîné. À cet endroit, l'Atlantique s'engouffre, claque, rugit. Le contraste entre le lagon paisible et la fureur océanique à quelques dizaines de mètres est saisissant. C'est tout le génie du lieu.

Depuis la Porte d'Enfer part une trace, le sentier des falaises, qui mène vers des panoramas sauvages et vers le fameux Trou de Madame Coco. La balade longe la côte battue par les vents, offre des points de vue magnifiques sur l'océan, et plonge le marcheur dans une nature âpre et préservée. Attention toutefois : si le lagon est sûr, dès qu'on s'aventure côté Atlantique, le danger est réel. Les vagues sont imprévisibles, les rouleaux puissants, et l'on ne se baigne jamais hors du lagon. Le bon réflexe : profiter de la fraîcheur du lagon, puis chausser de bonnes chaussures pour partir explorer les falaises à pied.

Le Trou de Madame Coco, entre géologie et légende

Au bout de la trace des falaises, à une bonne marche de la Porte d'Enfer, s'ouvre une cavité naturelle creusée par la mer dans la falaise calcaire : le Trou de Madame Coco. Géologiquement, c'est un gouffre marin façonné par l'assaut continu des vagues qui ont fini par percer et évider la roche. Mais ici, comme souvent en Guadeloupe, la géologie se double d'une légende qui se transmet de génération en génération.

L'histoire raconte qu'une certaine Madame Coco, voulant l'emporter sur sa rivale, aurait passé un pacte avec le diable. N'ayant pas respecté les termes de ce marché, elle aurait été emportée par la mer, son corps disparaissant à jamais dans les profondeurs de cette grotte. Vraie ou fausse, peu importe : la légende fait partie du patrimoine immatériel du nord et donne au lieu son aura mystérieuse. La randonnée pour y accéder n'est pas anodine : il faut compter de la marche, de bonnes chaussures, de l'eau, un chapeau, et choisir un jour pas trop chaud, car l'ombre manque cruellement sur ces sentiers exposés. Mais l'arrivée, face à ce gouffre où la mer s'engouffre dans un grondement sourd, vaut largement l'effort.

Les plages de rêve du nord-ouest

Changement total de décor. Sur la façade nord-ouest, là où l'Atlantique commence à se calmer, le Nord Grande-Terre cache quelques-unes des plus belles plages de l'archipel. La Plage de la Chapelle, à Anse-Bertrand, est un joyau de sable blanc bordé par un récif corallien. C'est un lieu prisé des familles comme des surfeurs, qui s'y retrouvent régulièrement pour des compétitions. Mais elle n'est pas surveillée, et la prudence s'impose à la baignade, surtout par forte houle : on privilégie le côté gauche, plus abrité, tandis que le côté droit, plus exposé, est à laisser aux nageurs aguerris.

Un peu plus loin, l'Anse Laborde se niche entre deux falaises majestueuses, dans un cadre totalement sauvage. Le sable est clair, l'eau turquoise s'étire sur des centaines de mètres, et les vagues viennent se briser sur le récif. C'est splendide, mais le courant peut y être fort, là où les eaux de l'Atlantique et de la mer des Caraïbes se rencontrent. À Port-Louis, la Plage du Souffleur reste l'institution familiale par excellence : un long ruban de sable blond où les Guadeloupéens se retrouvent pour la baignade, les pique-niques, les fêtes. On y pratique aussi le surf, avec une vague droite accessible à tous les niveaux. Ces plages sont la récompense du nord : il faut faire la route, mais on est rarement déçu.

Le Canal des Rotours et la mangrove de Morne-à-l'Eau

Direction la façade ouest, vers le Grand Cul-de-Sac Marin. Ici, plus de falaises ni de rouleaux : place à la mangrove, ce monde d'eau saumâtre, de palétuviers et de silence. Le Canal des Rotours, à Morne-à-l'Eau, en est la porte d'entrée. Cet ouvrage n'a rien de naturel : il a été creusé entre 1826 et 1830, sur décision du gouverneur Angot des Rotours qui voulait ouvrir des voies de navigation à travers la Grande-Terre pour désenclaver les exploitations agricoles. Le canal a été percé à la main par plus de trois cents personnes, esclaves et libres de couleur, dans la mangrove du Grand Cul-de-Sac Marin. C'est dire le poids d'histoire qui dort sous ces eaux calmes.

Aujourd'hui, le canal serpente depuis l'intérieur des terres jusqu'à la côte, où il se jette dans le Grand Cul-de-Sac Marin du côté de Vieux-Bourg. Ses berges plantées de palétuviers abritent une faune discrète : poissons, crustacés, oiseaux qui trouvent refuge dans l'enchevêtrement des racines. C'est un paradis pour le kayak et la balade tranquille, à mille lieues de l'agitation des falaises. La mangrove joue aussi un rôle écologique majeur : elle protège les côtes, filtre les eaux, sert de nurserie à d'innombrables espèces marines. Vieux-Bourg, l'ancien village de pêcheurs accroché au bord du Grand Cul-de-Sac Marin, en est le point de départ idéal pour explorer ce labyrinthe vert.

Un patrimoine naturel à respecter

Tout l'intérêt du Nord Grande-Terre tient dans ce grand écart : d'un côté l'Atlantique brutal et ses falaises, de l'autre la douceur de la mangrove. Mais cette nature généreuse est aussi fragile. Les falaises s'érodent, la mangrove subit la pression humaine, et les sargasses, ces algues brunes charriées par les courants, peuvent venir s'échouer sur certaines plages selon les saisons et gâcher temporairement le tableau. Profiter de ces lieux, c'est aussi les préserver : ne rien laisser derrière soi, rester sur les sentiers, respecter les zones protégées.

Pour le résident, le message est simple : ces paysages sont à vous, ils sont à une heure ou deux de route à peine, et il serait dommage de ne les connaître qu'en photo. Un week-end suffit pour enchaîner la Grande Vigie le matin, le lagon de la Porte d'Enfer à midi et une plage du nord-ouest l'après-midi. Le nord se mérite un peu, mais il rend au centuple.

L'essentiel

Le Nord Grande-Terre offre la nature la plus contrastée de l'archipel. À l'extrême nord, la Pointe de la Grande Vigie dresse ses falaises de calcaire jusqu'à quatre-vingts mètres au-dessus de l'Atlantique, avec vue sur La Désirade, Antigua et Montserrat. Sur la côte est d'Anse-Bertrand, la Porte d'Enfer joue le paradoxe d'un lagon turquoise paisible adossé à un océan déchaîné, avec le mystérieux Trou de Madame Coco et sa légende au bout de la trace des falaises. Au nord-ouest s'alignent des plages de rêve : la Chapelle, l'Anse Laborde, le Souffleur à Port-Louis. Et à l'ouest, le Canal des Rotours, creusé au XIXe siècle par des centaines d'esclaves, ouvre sur la mangrove du Grand Cul-de-Sac Marin et le village de pêcheurs de Vieux-Bourg. Diversité, beauté brute, et un impératif : prudence sur les falaises et à la baignade hors lagon.

Questions fréquentes

Quel est le site naturel à ne pas manquer dans le Nord Grande-Terre ?

La Pointe de la Grande Vigie, à Anse-Bertrand, fait l'unanimité. Ses falaises calcaires plongent jusqu'à quatre-vingts mètres dans l'Atlantique et le panorama, par temps clair, embrasse La Désirade, Antigua et Montserrat. C'est le point le plus au nord de toute la Grande-Terre.

Peut-on se baigner à la Porte d'Enfer ?

Oui, mais uniquement dans le lagon, qui est calme et protégé par une barrière de corail. C'est même un endroit idéal pour les familles. En revanche, on ne se baigne jamais côté Atlantique, où les vagues et les courants sont dangereux.

Qu'est-ce que le Trou de Madame Coco ?

C'est un gouffre marin creusé par les vagues dans la falaise calcaire, au bout de la trace des falaises qui part de la Porte d'Enfer. Une légende y est associée : celle d'une femme qui aurait passé un pacte avec le diable et aurait été emportée par la mer jusque dans cette grotte.

Quelles sont les plus belles plages du Nord Grande-Terre ?

La Plage de la Chapelle et l'Anse Laborde à Anse-Bertrand, ainsi que la Plage du Souffleur à Port-Louis, comptent parmi les plus belles. Sable blanc ou blond, eaux turquoise, cadre parfois sauvage. Attention toutefois, plusieurs ne sont pas surveillées et les courants peuvent être forts.

Le Canal des Rotours, c'est quoi exactement ?

C'est un canal creusé à Morne-à-l'Eau entre 1826 et 1830, sur décision du gouverneur Angot des Rotours, par plus de trois cents esclaves et libres de couleur. Il traverse la mangrove et se jette dans le Grand Cul-de-Sac Marin. C'est aujourd'hui un lieu prisé pour le kayak et l'observation de la nature.

Faut-il une journée entière pour découvrir la nature du nord ?

Pas forcément. En un week-end, on peut enchaîner la Grande Vigie, le lagon de la Porte d'Enfer et une plage du nord-ouest. Mais pour profiter de la mangrove du Grand Cul-de-Sac Marin en plus, mieux vaut prévoir une seconde journée au départ de Vieux-Bourg.