La mangrove, un mur vivant entre la terre et la mer
Commençons par dissiper un malentendu. La mangrove n'est pas un marécage sale, un coin à moustiques bon à assécher ou à remblayer. C'est un écosystème, l'un des plus productifs de la planète, et il joue un rôle direct dans votre vie quotidienne de résident de Cap Excellence.
Concrètement, la mangrove est une forêt qui pousse les pieds dans l'eau salée. En Guadeloupe, on y trouve principalement le palétuvier rouge, reconnaissable à ses racines en échasses qui plongent dans la vase, puis, en s'éloignant du rivage, le palétuvier noir et le palétuvier blanc. Cette organisation en bandes successives n'a rien d'anodin. Chaque espèce occupe sa zone selon la salinité et la fréquence des marées.
Ce que fait cette forêt est précieux. Elle filtre les eaux qui descendent des terres avant qu'elles n'atteignent le lagon et les coraux. Elle sert de nurserie à quantité de poissons et de crustacés qui viendront ensuite peupler la mer. Elle abrite une avifaune remarquable, hérons, aigrettes, martins-pêcheurs, poules d'eau. Et surtout, elle protège la côte. Ce rideau de palétuviers amortit la houle, freine l'érosion et constitue une barrière naturelle face aux tempêtes et aux cyclones. Pour une agglomération basse, littorale et densément peuplée comme la nôtre, ce n'est pas un détail écologique : c'est une assurance.
Taonaba et la mangrove de Belle-Plaine : le projet phare des Abymes
Si Cap Excellence a un point d'entrée vers cette nature-là, c'est Taonaba, sur le canal de Belle-Plaine, aux Abymes. Le nom vient d'un terme amérindien désignant le marais, la forêt inondée, le milieu humide. Tout un programme.
Le site a été conçu comme un lieu d'interprétation et de valorisation des zones humides. On y trouve la Maison de la Mangrove, un bâtiment d'accueil au bord du canal, pensé pour expliquer ce milieu avant d'aller le découvrir. Autour, la forêt marécageuse de Belle-Plaine s'étend sur près de 290 hectares, ce qui en fait l'une des plus vastes de la Guadeloupe. C'est un patrimoine naturel de premier plan, situé non pas au fond d'un parc lointain, mais en limite directe de la commune la plus peuplée du territoire.
L'aménagement prévoyait un sentier de découverte d'environ 1,5 kilomètre sur la rive du canal, prolongé par un parcours sur caillebotis traversant la forêt marécageuse, avec abris et bancs pour s'arrêter. L'idée était simple et belle : permettre à chacun, et d'abord aux habitants, de pénétrer ce monde habituellement inaccessible, à pied sec, le temps d'une balade familiale.
Soyons honnêtes, parce que c'est ce que vous attendez d'un guide local et pas d'une brochure. Le site Taonaba a connu des périodes de fermeture, et l'accès au parcours sur caillebotis a pu être interrompu pour des raisons de sécurité, le platelage en bois se dégradant vite dans cet environnement humide et salé. Avant de vous y rendre, renseignez-vous sur l'état d'ouverture du site et des sentiers auprès de la commune des Abymes. Cela évite la déception d'arriver devant une barrière fermée. Cette fragilité dit aussi quelque chose : entretenir un équipement en pleine mangrove est un défi permanent, et c'est précisément ce qui rend ces lieux précieux et délicats.
Le Grand Cul-de-Sac Marin, l'horizon qu'on oublie de regarder
Levez les yeux vers le nord depuis Les Abymes ou Baie-Mahault. Cette étendue d'eau plate, protégée, qui s'ouvre entre la Grande-Terre et la Basse-Terre, c'est le Grand Cul-de-Sac Marin. Un lagon immense, de l'ordre de 15 000 hectares, fermé par l'un des plus longs récifs coralliens des Petites Antilles. C'est dans ce vaste plan d'eau que se jette et se prolonge la mangrove de notre territoire.
Cet ensemble est protégé à plusieurs titres. Une réserve naturelle marine y a été créée dès 1987. Les zones humides sont inscrites depuis 1993 sur la liste de la convention de Ramsar, au titre des milieux d'importance internationale pour les oiseaux d'eau. Et l'ensemble fait partie de la Réserve de biosphère de l'archipel guadeloupéen. Une bonne partie de ce périmètre relève du Parc national de la Guadeloupe pour ses espaces maritimes.
Pour le résident de Cap Excellence, le Grand Cul-de-Sac Marin n'est pas qu'une réserve lointaine accessible en bateau depuis Sainte-Rose ou Morne-à-l'Eau. C'est le débouché naturel de notre propre mangrove. La forêt de palétuviers de Belle-Plaine, les canaux des Abymes, tout ce système d'eau saumâtre communique avec ce grand lagon. Comprendre cela change le regard : ce qui se passe en amont, dans nos communes, sur nos rejets et nos aménagements, finit par concerner ce joyau classé. Le poumon vert et le poumon bleu ne font qu'un.
La nature au cœur de l'urbain : ce qui résiste entre les communes
On résume trop vite Cap Excellence à du gris. Pourtant, en y regardant de près, la nature s'invite partout dans le tissu urbain des trois communes.
À Pointe-à-Pitre, la ville-centre, dense et minérale, la nature passe surtout par ses arbres remarquables et ses espaces plantés. La place de la Victoire, au cœur de la cité, avec ses grands arbres et son jardin, reste un poumon vert au milieu du béton, un lieu où l'on vient chercher l'ombre. Le rapport à la nature ici est celui d'une ville tropicale qui a su garder ses arbres et son front d'eau ouvert sur la rade.
Aux Abymes, c'est l'inverse : la commune la plus peuplée du territoire est aussi celle qui touche directement la grande mangrove. La ville bascule progressivement, vers le nord, des quartiers habités aux terres basses, aux prairies humides et à la forêt marécageuse. Cette frange est un trésor à préserver, sous pression constante de l'urbanisation.
À Baie-Mahault, la nature littorale se devine derrière l'activité économique. Le territoire est marqué par Jarry, vaste zone d'activité, mais le rivage et les fonds de baie gardent leur part de mangrove et de zones humides. C'est tout l'enjeu d'un territoire moderne : faire cohabiter le port, l'industrie, les logements et ces milieux fragiles qui rendent des services invisibles mais essentiels.
Une nature fragile, et c'est précisément pour ça qu'elle compte
Il faut le dire clairement : la mangrove de Cap Excellence est sous pression. Coincée entre la première agglomération de la Guadeloupe, ses besoins en logements, ses zones d'activité et ses infrastructures, elle est par nature menacée de grignotage. Chaque remblai, chaque rejet, chaque mètre carré gagné sur la zone humide affaiblit un système qui nous protège.
À cela s'ajoute la fragilité propre de ces milieux. La mangrove est sensible à la qualité de l'eau, aux pollutions, aux variations de salinité. Elle est aussi en première ligne face au changement climatique et à la montée du niveau de la mer. Paradoxalement, elle fait partie de la solution autant qu'elle subit le problème : une mangrove en bonne santé protège la côte mieux que bien des ouvrages en béton.
C'est pour cela que cette section a du sens pour vous, résident. Connaître ces lieux naturels, c'est la première étape pour les défendre. On ne protège bien que ce que l'on connaît. La mangrove de Belle-Plaine, le Grand Cul-de-Sac Marin, ne sont pas des décors pour touristes de passage. Ce sont nos terres basses, notre rempart, notre nature de proximité. Le jour où ils disparaissent, c'est notre cadre de vie et notre sécurité qui reculent avec eux.
L'essentiel
Cap Excellence, le territoire le plus urbain de la Guadeloupe, s'adosse pourtant à l'une des plus vastes mangroves des Petites Antilles. Au nord, le Grand Cul-de-Sac Marin déploie un lagon de 15 000 hectares, protégé en réserve naturelle, classé Ramsar et intégré à la Réserve de biosphère de l'UNESCO. Sur le territoire des Abymes, la forêt marécageuse de Belle-Plaine, l'une des plus grandes de l'île, est valorisée par le projet Taonaba et sa Maison de la Mangrove, conçus pour faire découvrir ce milieu par un sentier et un parcours sur caillebotis.
Pour le résident, l'enjeu est double. D'abord redécouvrir cette nature de proximité, mangrove et nature urbaine confondues, que l'on traverse sans la voir. Ensuite la protéger, car elle filtre nos eaux, abrite une faune remarquable et protège notre côte basse face aux cyclones et à la montée des eaux. Avant toute visite à Taonaba, vérifiez l'état d'ouverture du site et des sentiers auprès de la commune des Abymes, car l'accès aux aménagements en mangrove peut être restreint.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la mangrove du Grand Cul-de-Sac Marin et pourquoi est-elle importante pour Cap Excellence ?
C'est une vaste forêt de palétuviers qui pousse les pieds dans l'eau salée, au nord du territoire, en bordure d'un immense lagon de quelque 15 000 hectares. Elle filtre les eaux, sert de nurserie aux poissons, abrite de nombreux oiseaux et, surtout, protège la côte basse de l'agglomération contre la houle, l'érosion et les cyclones. C'est un véritable poumon vert et un rempart naturel pour le territoire.
Le site Taonaba et son sentier sur caillebotis sont-ils ouverts ?
L'ouverture peut varier. Le site de Taonaba, sur le canal de Belle-Plaine aux Abymes, a connu des périodes de fermeture, et l'accès au parcours sur caillebotis a pu être interrompu pour des raisons de sécurité, le bois se dégradant vite en milieu humide. Avant de vous déplacer, renseignez-vous sur l'état d'ouverture du site et des sentiers auprès de la commune des Abymes.
Quelles communes de Cap Excellence touchent la mangrove ?
Les Abymes sont la commune la plus directement concernée, car elle borde la grande forêt marécageuse de Belle-Plaine et le Grand Cul-de-Sac Marin. Baie-Mahault conserve aussi des zones humides et des fonds de baie, derrière l'activité de Jarry. Pointe-à-Pitre, plus minérale, ouvre quant à elle sur la rade et garde ses espaces plantés comme la place de la Victoire.
Quels animaux peut-on observer dans la mangrove de l'agglomération ?
L'avifaune est la grande attraction : hérons, aigrettes, martins-pêcheurs, poules d'eau et bien d'autres oiseaux fréquentent ces milieux. Sous l'eau et dans la vase, la mangrove abrite aussi crabes, crustacés et juvéniles de poissons, car elle sert de nurserie avant que ces espèces ne rejoignent le lagon et la mer.
La mangrove est-elle un milieu dangereux ou désagréable à approcher ?
Ce n'est pas dangereux, mais il faut s'y préparer. Les moustiques et les insectes y sont présents, surtout aux heures chaudes et humides, et la marée modifie le niveau d'eau. Prévoyez une protection anti-moustiques, des chaussures adaptées et tenez-vous aux sentiers et aux aménagements prévus. C'est un milieu fragile : on l'observe sans le piétiner ni le déranger.
Pourquoi parle-t-on de fragilité de la mangrove à Cap Excellence ?
Parce qu'elle est coincée entre la première agglomération de la Guadeloupe, ses besoins en logements et ses zones d'activité. Chaque remblai et chaque rejet l'affaiblit, alors qu'elle dépend d'une bonne qualité de l'eau. Elle est aussi exposée à la montée du niveau de la mer. La connaître permet de la défendre, car elle nous protège bien plus efficacement que bien des ouvrages en béton.