À cinq minutes du centre de Pointe-à-Pitre, au bout du chemin de Belle-Plaine, un sentier sur caillebotis s'enfonce dans l'une des plus grandes mangroves des Petites Antilles. C'est Taonaba — « marais et forêt inondée » en langue amérindienne — le site aménagé par la ville des Abymes pour rendre cet écosystème accessible à pied, sans bateau et sans se mouiller. Cette page détaille ce qu'on y observe concrètement : les espèces végétales et animales, comment les reconnaître, où et quand les voir, et les informations pratiques pour organiser la visite.
Maison de la Mangrove (Taonaba)

Le site en bref
Taonaba est un pôle de valorisation environnementale composé de trois éléments : un bâtiment muséographique (la Maison de la Mangrove) consacré aux zones humides, un sentier pédestre d'environ 1,5 km le long du canal de Belle-Plaine, et un accès au Grand Cul-de-Sac Marin. Le parcours traverse successivement la forêt marécageuse, les prairies humides bordant le canal, puis la mangrove sur passerelles de bois. Comptez 30 minutes à 1 heure de marche, sans dénivelé, à l'ombre quasi continue.
Point d'honnêteté utile : l'ouverture du bâtiment muséographique est irrégulière selon les périodes, et l'entretien du site a connu des hauts et des bas. Le sentier reste l'attraction principale et l'accès est généralement gratuit. Téléphonez avant de venir (coordonnées plus bas) pour vérifier l'état d'ouverture.
Les quatre palétuviers : comment les reconnaître
La mangrove guadeloupéenne se structure en bandes selon la salinité du sol et le niveau d'immersion. En avançant du bord de l'eau vers l'intérieur des terres, on traverse trois paysages — mangrove de bord de mer, mangrove arbustive, mangrove haute — dominés par quatre espèces de palétuviers. Savoir les distinguer transforme la balade : on lit le paysage au lieu de le subir.
| Palétuvier | Nom scientifique | Zone | Hauteur | Signe distinctif |
|---|---|---|---|---|
| Rouge | Rhizophora mangle | Bord de mer, pieds dans l'eau (salinité ≥ 30 g/L) | Jusqu'à 10 m ; rabougri à ~2 m en zone très salée | Racines-échasses arquées qui « marchent » sur l'eau ; fruit vivipare germant sur l'arbre avant de tomber ; représente environ 90 % de la mangrove |
| Noir | Avicennia germinans | Mangrove arbustive, en retrait | Variable, souvent bas | Pneumatophores : racines verticales sortant du sol pour respirer ; excrète le sel par les feuilles (« usine de désalinisation ») |
| Blanc | Laguncularia racemosa | Mangrove haute, sol moins salé | 10 à 20 m | Possède aussi des pneumatophores ; feuillage clairsemé laissant passer la lumière, ce qui favorise d'autres plantes (fougère dorée Acrostichum aureum) |
| Gris | Conocarpus erectus | Frange interne, sols sableux ou rocheux mieux drainés | Variable | Le plus rare ; marque la transition vers la terre ferme |
Détail à chercher des yeux sur le palétuvier rouge : la viviparité. Le fruit germe alors qu'il est encore accroché à la branche, formant une longue tige (le propagule) qui tombe ensuite dans la vase pour s'y planter. C'est l'une des adaptations qui expliquent la résistance de l'espèce aux sols submergés.
La faune des racines : le « garde-manger » sous-marin
Les racines immergées du palétuvier rouge forment un labyrinthe où près d'une centaine d'espèces de poissons et de crustacés ont été recensées, la plupart à l'état de juvéniles : la mangrove est une nurserie. Les œufs et les jeunes y grandissent à l'abri des gros prédateurs, avant que les adultes ne rejoignent le lagon et la mer des Caraïbes.
| Groupe | Espèces présentes | Où regarder |
|---|---|---|
| Mollusques | Huître de palétuvier (Crassostrea rhizophorae), Isognomon alatus, palourde grise (Phacoides pectinatus, enfouie dans la vase), moules | Accrochés directement aux racines immergées |
| Crustacés | Crabe Pachygrapsus gracilis, crevettes Pénaeïdes, balanes, crabes nageurs, langoustes | Sur l'écorce des racines et dans les anfractuosités |
| Poissons (juvéniles) | Pagre, tarpon, pisquette, carangue, barracuda, brochet de mer | Entre les racines, en eau peu profonde |
| Autres | Éponges, anémones | Fixés aux structures immergées |
Anecdote concrète : les poissons prédateurs (barracudas, carangues, tarpons) rôdent à l'affût d'une brèche entre les racines pour happer les juvéniles. C'est ce qui fait du pourtour de la mangrove un terrain réputé pour la pêche sportive en Guadeloupe.
Les oiseaux à repérer
La Guadeloupe compte 202 espèces d'oiseaux recensées, dont 15 ardéidés (hérons et aigrettes). La mangrove et les zones humides de Taonaba en concentrent plusieurs, certaines sédentaires, d'autres de passage. Toutes les espèces ci-dessous sont protégées au titre de l'arrêté du 7 mars 2025. Pour l'observation, la fin de matinée et la fin d'après-midi sont les meilleurs créneaux ; les mois d'avril-mai amènent en plus les limicoles et passereaux migrateurs.
| Oiseau | Nom scientifique | Statut en Guadeloupe | Indice d'identification |
|---|---|---|---|
| Grande Aigrette | Ardea alba | Nicheur rare | Grande (≈ 1 m) et élancée, plumage blanc, bec orangé, pattes noires |
| Aigrette neigeuse | Egretta thula | Commune, sédentaire | Blanche, bec noir, pattes noires aux « doigts » jaunes |
| Héron garde-bœufs | Bubulcus ibis | Très commun | Petit héron blanc trapu, souvent près du bétail dans les prairies |
| Héron vert | Butorides virescens | Sédentaire | Compact, dos vert-sombre, cou roux, posté immobile au bord de l'eau |
| Bihoreau violacé | Nyctanassa violacea | Sédentaire | Activité surtout crépusculaire ; tête noire et blanche |
| Pélican brun | Pelecanus occidentalis | Présent, nidification rare | Grand, plonge en piqué ; seul pélican des Antilles |
| Frégate superbe | Fregata magnificens | Présente sur le littoral | Grandes ailes anguleuses, silhouette en W, vol plané au-dessus des îlets |
| Martin-pêcheur d'Amérique | Megaceryle alcyon | Hivernant peu commun | Petit, bec en poignard, plongeon vif sur les poissons |
| Balbuzard pêcheur | Pandion haliaetus | De passage | Rapace pêcheur, parfois en vol stationnaire (« saint-esprit ») au-dessus de l'eau |
Pourquoi cet écosystème compte (et ce que ça change pour la visite)
La mangrove guadeloupéenne couvre une surface estimée entre 4 000 et 8 000 hectares selon le périmètre retenu (front de mer seul ou ensemble forêt marécageuse incluse), et constitue aujourd'hui la plus grande mangrove des Petites Antilles, en grande partie dans le Grand Cul-de-Sac Marin. Elle remplit trois fonctions mesurables :
Nurserie : elle abrite les juvéniles d'une centaine d'espèces de poissons et crustacés, alimentant directement la ressource halieutique du lagon.
Filtre et puits de carbone : les racines retiennent sédiments et matière organique, épurent l'eau, et le sol gorgé d'eau stocke du carbone de façon très efficace.
Protection des côtes : en cassant la houle et en fixant les sols, la mangrove amortit les houles cycloniques et limite l'érosion du littoral.
Taonaba, porte d'entrée du Grand Cul-de-Sac Marin
Le site donne accès, côté Abymes, au Grand Cul-de-Sac Marin : une baie protégée de plus de 15 000 hectares, au cœur du Parc national de la Guadeloupe, fermée au large par une barrière de corail d'environ 25 km — l'une des plus longues des Petites Antilles. L'ensemble (forêt de Basse-Terre, lagon, zones humides) forme la réserve de biosphère de l'archipel reconnue par l'UNESCO, et les zones humides sont classées au titre de la convention internationale de Ramsar. Selon les périodes, Taonaba propose une base nautique pour des sorties en kayak ou en canot sur le canal de Belle-Plaine. Les îlets emblématiques du lagon (Caret, Fajou, îlet aux Oiseaux) se rejoignent quant à eux en excursion bateau, kayak ou paddle depuis d'autres points de l'île.
Informations pratiques
| Information | Détail |
|---|---|
| Adresse | Chemin de Belle-Plaine, 97139 Les Abymes |
| Coordonnées GPS | 16.29080, -61.52478 |
| Téléphone | +590 590 48 93 16 |
| Courriel | culture@ville-des-abymes.fr |
| Horaires habituels | Lundi au vendredi, 8h – 15h ; fermé le week-end |
| Tarif | Accès au site généralement gratuit |
| Parcours | Sentier d'environ 1,5 km ; 30 min à 1 h ; plat, sur caillebotis |
| Accessibilité | Facile, adapté aux familles et aux enfants |
| Idéal pour | Observation des oiseaux, sortie nature, jour de pluie, photographie |
Accès et conseils
Depuis Pointe-à-Pitre ou l'aéroport Pôle Caraïbes, comptez moins d'un quart d'heure en voiture. L'accès se fait par le chemin de Belle-Plaine : après la zone d'activités de Dothémare, prendre la deuxième entrée à gauche, puis suivre le fléchage. Parking sur place. La voiture est nettement le moyen le plus pratique, l'offre de transport en commun étant limitée pour ce site périurbain.
Pour les résidents, c'est une sortie de proximité gratuite et courte, idéale pour initier les enfants à l'écologie locale ou pour une matinée d'observation ornithologique. Les amateurs de photo privilégieront la lumière du début de matinée. La visite se combine facilement avec d'autres sites des Abymes (Boulevard des Héros, Morne Calvaire).
Pour les visiteurs de passage, prévoyez des chaussures fermées (le caillebotis glisse par temps humide), de l'eau, un chapeau et un répulsif anti-moustiques, surtout en fin de journée et en saison des pluies. Vérifiez les horaires avant de partir (fermé le week-end). Sur place : rester sur les passerelles, observer les oiseaux à distance et sans bruit, et ne laisser aucun déchet — la mangrove reste un milieu fragile et protégé.
Questions fréquentes
Combien coûte l'entrée à la Maison de la Mangrove ?
L'accès au site et au sentier sur pilotis est gratuit.
Quand est-ce ouvert ?
Le site est ouvert en semaine ; il est fermé le week-end. Les horaires pouvant évoluer, mieux vaut les vérifier avant de partir.
La visite est-elle adaptée aux enfants ?
Oui. Le parcours sur caillebotis est court et pédagogique, idéal pour initier les enfants à l'écosystème de la mangrove et à l'observation des oiseaux.
Faut-il un guide ?
Non, le sentier se parcourt librement. Des panneaux pédagogiques jalonnent le parcours.
Que faut-il prévoir ?
Des chaussures fermées (le caillebotis glisse par temps humide), de l'eau, un chapeau et un répulsif anti-moustiques, surtout en fin de journée et en saison des pluies.
Combien de temps faut-il prévoir ?
Comptez environ 30 minutes à 1 heure pour le sentier, davantage si vous prenez le temps d'observer les oiseaux.

