Que voir Cap Excellence
Que voir Cap Excellence
Que voir Cap Excellence
Si vous ne deviez voir qu'un lieu à Cap Excellence, ce serait celui-là. Le Mémorial ACTe, Centre caribéen d'expressions et de mémoire de la traite et de l'esclavage, se dresse à Pointe-à-Pitre sur le site de l'ancienne usine sucrière Darboussier. Le choix de ce terrain n'a rien d'anodin : c'est là, sur ces mêmes hectares où l'on broyait la canne, que se concentrait une part de l'économie esclavagiste de l'île. Bâtir un mémorial sur ces fondations, c'est faire de la mémoire un acte plutôt qu'un discours.
Inauguré en 2015, le bâtiment frappe d'abord par son architecture : une boîte de granit noir enserrée dans un lacis de racines d'argent, métaphore des racines arrachées et reconstituées. À l'intérieur, le parcours mène le visiteur à travers le temps, des premières formes d'esclavage de l'Antiquité jusqu'à la traite coloniale, ses abolitions, et les situations qui leur ont succédé. On en ressort différent. Le lieu propose aussi des espaces de recherche généalogique, où chacun peut tenter de remonter le fil de son histoire familiale, brisée par la traite : démarche bouleversante, qui transforme le mémorial en outil de réappropriation de soi. Le Mémorial ACTe a reçu en 2017 le Prix du musée du Conseil de l'Europe, et il est devenu, bien au-delà de la Guadeloupe, un lieu de référence mondial sur cette histoire. Pour un résident de Cap Excellence, ce n'est pas une attraction : c'est une part de soi qui se donne à comprendre.
À quelques rues du Mémorial, le centre ancien de Pointe-à-Pitre conserve une concentration de lieux culturels que peu de villes caribéennes peuvent égaler. Le Musée Saint-John Perse occupe la maison Souques-Pagès, demeure de la fin du XIXe siècle à l'ossature de métal et de brique, l'une des plus élégantes du quartier. Le musée est dédié au poète et diplomate Saint-John Perse, de son vrai nom Alexis Leger, né à Pointe-à-Pitre et prix Nobel de littérature en 1960. On y découvre aussi une remarquable collection de costumes créoles. C'est l'un des rares endroits où la Guadeloupe rend hommage à l'un des siens couronné par la plus haute distinction littéraire mondiale.
Tout près, le Musée Schœlcher, rouvert sous le nom de Musarth, prolonge cette histoire culturelle. Né de la collection léguée par Victor Schœlcher, l'homme du décret d'abolition de 1848, il abrite moulages, objets et œuvres réunis pour donner aux Guadeloupéens un accès à l'histoire de l'art et à la connaissance. Sa rénovation récente lui a donné une muséographie renouvelée, dans l'esprit de celle du Mémorial ACTe. Ensemble, ces musées dessinent une géographie de la mémoire et du savoir au cœur de la ville.
Pointe-à-Pitre se visite aussi à ciel ouvert. La Place de la Victoire, ouverte au XVIIIe siècle, en est le salon. Son nom rappelle la victoire remportée en 1794 par les troupes de Victor Hugues, qui chassèrent les Anglais de l'île. C'est sur cette place, et dans ce contexte révolutionnaire, que fut proclamée la première abolition de l'esclavage; on y planta des sabliers comme arbres de la liberté. Aujourd'hui ombragée de manguiers, de palmiers et de flamboyants, la place reste le lieu où l'on se retrouve, où l'on flâne, où la ville respire.
Autour, le tissu urbain raconte la cité marchande du XIXe siècle : maisons à galeries, anciens hôtel de ville et palais de justice, façades de bois et de fer. Et puis il y a la silhouette inimitable de l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul, surnommée l'« église de fer ». Sa charpente métallique, conçue pour résister aux cyclones et aux séismes qui ont tant éprouvé la ville, est l'une des signatures architecturales de la Guadeloupe. Marcher dans Pointe-à-Pitre, c'est lire à livre ouvert l'histoire urbaine de l'archipel.
Cap Excellence n'est pas qu'un conservatoire du passé : c'est un territoire qui crée. Le Centre des Arts et de la Culture de Pointe-à-Pitre fut, pendant plus de trente ans, l'épicentre de la vie culturelle de toute la Guadeloupe. Inauguré en 1978, il a accueilli les plus grands, de Kassav' à Miles Davis, avant de fermer ses portes en 2009. Son histoire, son abandon puis son occupation par des artistes, disent quelque chose de la vitalité et des combats culturels de la région.
Aux Abymes, le Boulevard des Héros déploie une autre forme de mémoire, à l'air libre. Inauguré en 1998 pour le 150e anniversaire de l'abolition, il rend hommage aux figures de la résistance à l'esclavage : on y croise les statues de Joseph Ignace, de Louis Delgrès et de la Mulâtresse Solitude, signées du sculpteur guadeloupéen Poulier, ainsi qu'une longue fresque qui retrace la traite et les soulèvements de 1802. C'est un musée que l'on traverse en voiture ou à pied, et qui inscrit la mémoire dans le quotidien des habitants.
On l'oublie souvent : Cap Excellence a aussi un visage de mangrove et de lagon. Les Abymes et Baie-Mahault bordent le Grand Cul-de-Sac Marin, vaste lagune classée Réserve naturelle et intégrée au Parc national de la Guadeloupe. C'est là que s'étend la plus grande mangrove des Petites Antilles, labyrinthe de palétuviers, de marais et de canaux où vit une faune exceptionnelle. À deux pas de l'agitation urbaine, ce poumon vert et bleu rappelle que la région n'est pas seulement une ville : c'est un territoire où la nature reprend toujours ses droits.
Baie-Mahault, dont le nom vient du mahault, un arbre autrefois abondant dans ses zones marécageuses, conserve ce lien intime avec l'eau. Entre les zones d'activité et les centres commerciaux, la mangrove demeure, discrète mais essentielle, comme une mémoire végétale du territoire. Cette double identité — urbaine et naturelle — est l'une des clés de Cap Excellence : on y passe en quelques minutes du béton à la palétuvier, du commerce au silence du lagon.
Ce qui fait la singularité de Cap Excellence, c'est que ses trois communes ne se juxtaposent pas : elles se complètent. Pointe-à-Pitre apporte la profondeur historique et la concentration du patrimoine; c'est la ville-mémoire, dense, marchande, marquée par les séismes et les reconstructions. Les Abymes, la plus peuplée de Guadeloupe, déploie sa mémoire dans l'espace public, avec le Boulevard des Héros, et ouvre sur les hauteurs et la mangrove. Baie-Mahault, poumon économique, ancre le territoire dans le présent tout en gardant son patrimoine religieux et ses zones humides.
Pour le résident, comprendre cette complémentarité change le regard. On ne « visite » pas Cap Excellence comme un site isolé : on parcourt un territoire vivant où chaque commune éclaire les autres. Le Mémorial ACTe de Pointe-à-Pitre et le Boulevard des Héros des Abymes racontent ensemble la même histoire de l'esclavage et de la résistance. Les églises de Pointe-à-Pitre, des Abymes et de Baie-Mahault témoignent toutes de la lutte contre les catastrophes naturelles. La culture, la mémoire, la nature : tout se tient, et tout se relie. C'est cette cohérence, plus que chaque site pris isolément, qui fait la richesse de l'agglomération.
Le plus grand obstacle à la découverte de Cap Excellence, c'est l'habitude. À force de passer chaque jour devant la Place de la Victoire, l'église de fer ou les statues du Boulevard des Héros, on cesse de les voir. Ce patrimoine devient invisible, fondu dans le décor du quotidien. L'enjeu, pour ceux qui vivent ici, est de rouvrir les yeux : de prendre le temps d'entrer dans un musée que l'on longe depuis toujours, de lire l'histoire d'une façade, de comprendre pourquoi une charpente est en fer ou pourquoi une place porte un nom de victoire.
Car ce que cette région a à montrer n'est pas anecdotique : c'est l'une des histoires les plus denses de la Caraïbe. La mémoire de l'esclavage y est traitée avec une force que peu de lieux au monde égalent. La création artistique y a connu des heures glorieuses et continue de se réinventer. Le patrimoine bâti y témoigne d'une résilience exemplaire face aux séismes et aux cyclones. Et la nature, à deux pas, rappelle la beauté brute de l'archipel. Voir Cap Excellence, vraiment, c'est se réapproprier tout cela.
| Repère | Détail |
|---|---|
| Communes | Pointe-à-Pitre, Les Abymes, Baie-Mahault (agglomération Cap Excellence) |
| À ne pas manquer | Mémorial ACTe, sur l'ancienne usine Darboussier |
| Culture | Musée Saint-John Perse, Musée Schœlcher (Musarth), Centre des Arts |
| Patrimoine urbain | Place de la Victoire, église de fer, Boulevard des Héros |
| Nature | Grand Cul-de-Sac Marin, plus grande mangrove des Petites Antilles |
| Capitale | Pointe-à-Pitre, capitale historique et culturelle de la Guadeloupe |
Par le Mémorial ACTe, à Pointe-à-Pitre. C'est le lieu le plus fort et le plus structurant de la région, et il donne une clé de lecture pour tout le reste : la mémoire de l'esclavage. De là, le centre ancien de Pointe-à-Pitre, avec ses musées et sa Place de la Victoire, se découvre à pied en une demi-journée.
Parce que le site de l'ancienne usine sucrière Darboussier concentrait une part de l'économie esclavagiste de l'île. Y bâtir un mémorial de la traite et de l'esclavage, c'est transformer un lieu de souffrance et d'exploitation en lieu de mémoire et de transmission.
Le matin, le Mémorial ACTe. L'après-midi, le centre ancien de Pointe-à-Pitre : le Musée Saint-John Perse, le Musée Schœlcher (Musarth), la Place de la Victoire et l'église de fer. Si le temps le permet, un détour par le Boulevard des Héros aux Abymes complète le parcours mémoriel.
Non. L'agglomération borde le Grand Cul-de-Sac Marin, classé Réserve naturelle et intégré au Parc national de la Guadeloupe. On y trouve la plus grande mangrove des Petites Antilles, à quelques minutes seulement du centre urbain.
Alexis Leger, dit Saint-John Perse, est un poète et diplomate né à Pointe-à-Pitre, lauréat du prix Nobel de littérature en 1960. Le musée qui porte son nom, installé dans la maison Souques-Pagès, lui rend hommage et présente aussi des costumes créoles.
Pour les deux, mais d'abord pour les habitants. Comprendre le Mémorial ACTe, la Place de la Victoire ou le Boulevard des Héros, c'est comprendre l'histoire de la Guadeloupe et la sienne. Ce patrimoine appartient à ceux qui vivent ici avant d'être un produit touristique.