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Il y a deux Guadeloupe. Celle des cartes postales, plate et turquoise — la Grande-Terre. Et l'autre, verticale, ruisselante, volcanique : la Basse-Terre, dont le cœur est protégé par le Parc national et sillonné de plus de 300 km de sentiers balisés. C'est l'un des territoires de randonnée les plus denses des Petites Antilles, dominé par un volcan que les Guadeloupéens appellent affectueusement « la vieille dame » : la Soufrière, point culminant des Petites Antilles avec ses 1 467 mètres. Ici, randonner n'est pas une excursion exotique, c'est un mode de vie : le dimanche, des familles entières montent en forêt, se baignent dans une rivière froide, font cuire le poisson sur la braise. Voici comment vivre cette Guadeloupe-là — vraiment.

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La Soufrière : monter sur le volcan (et le faire bien)

L'ascension de la Soufrière est LE rite de passage. On part du parking de la Savane à Mulets (vers 1 142 m d'altitude), au bout de la route forestière au-dessus de Saint-Claude. De là, comptez environ 2 heures de montée par le sentier principal (le Pas du Roy, marches de pierre, puis le Chemin des Dames), pour un dénivelé d'environ 320 mètres. Ça paraît court : ça ne l'est pas. Le sentier grimpe sec, le sol est souvent un torrent de boue, et le sommet vous réserve une surprise tropicale paradoxale — il peut y faire 10 à 15 °C, avec un vent à décorner les bœufs et une pluie horizontale. On y monte en short et on grelotte : prévoyez un coupe-vent.

Là-haut, ce n'est pas un cône parfait mais un dôme tourmenté, percé de gouffres et de fumerolles qui crachent un soufre à l'odeur d'œuf pourri : le Cratère Sud, le gouffre Tarissan, la fumerolle Napoléon. Par temps clair — rare — la vue plonge sur Basse-Terre, les Saintes, parfois la Dominique. Par temps couvert — fréquent — vous serez dans une purée de pois fantomatique, et ce n'est pas moins beau.

Le conseil de résident qui change tout : partez avant 8 h. Passé 9 h 30-10 h, les nuages d'altitude bouchent le sommet quasi tous les jours, et vous monterez deux heures pour voir vos chaussures. En contrebas, ne ratez pas les Bains Jaunes (vers 950 m) : un bassin d'eau sulfureuse à environ 30 °C, aménagé dès 1887, parfait pour se réchauffer au retour. Et pour les marcheurs, le cône voisin de La Citerne offre un cratère quasi parfait, plus court et tout aussi spectaculaire.

L'anecdote qui distingue ce volcan : en 1976, la Soufrière entre en crise. Explosions phréatiques, cendres, séismes. Les autorités ordonnent l'évacuation de plus de 70 000 personnes de la région de Basse-Terre — une des plus grandes évacuations volcaniques de l'histoire. S'ensuit une querelle de savants restée célèbre : le volcanologue Haroun Tazieff minimise le risque d'éruption magmatique, tandis que d'autres scientifiques défendent l'évacuation. Au final, l'éruption restera phréatique (pas de coulée de lave), la population rentrera après des mois d'exil… et la polémique nourrira longtemps les conversations. Monter la Soufrière, c'est marcher sur cette histoire.

Les chutes du Carbet et les cascades : du facile au sportif

La Guadeloupe compte des dizaines de chutes, et toutes ne se valent ni en beauté ni en effort. Les stars, ce sont les chutes du Carbet, à Capesterre-Belle-Eau, alimentées par les pluies de la Soufrière :

  • La 2ᵉ chute (~110 m) est la plus visitée : depuis l'aire d'accueil (route de Saint-Sauveur), une marche d'environ 20 à 30 minutes mène au belvédère. C'est le bon compromis spectacle/effort — mais l'accès est parfois fermé après des éboulements ou des crises sismiques, vérifiez avant.
  • La 1ʳᵉ chute (~115 m), la plus haute, demande une randonnée plus longue et plus engagée.
  • La 3ᵉ chute (~20 m), plus basse, s'atteint par un autre sentier, plus confidentiel.

Pour une cascade sans effort, la Cascade aux Écrevisses, sur la Route de la Traversée (D23), est à 5 minutes du parking : magnifique… et bondée. Allez-y tôt le matin. Plus sauvages : le Saut de la Lézarde (Petit-Bourg), le Saut d'Acomat (Pointe-Noire) avec son bassin profond où l'on saute, ou encore le Saut de la Première Chute pour les initiés. Côté baignade, les bassins du sud Basse-Terre (Bassin Bleu, Bassin Paradise) prolongent le plaisir.

Sécurité, et ce n'est pas une formule : une rivière guadeloupéenne peut passer de filet d'eau à torrent meurtrier en quelques minutes quand il pleut sur les hauteurs — alors qu'il fait beau là où vous êtes. Les crues subites font des victimes chaque année. Règle absolue : au moindre grondement, à la moindre eau qui se trouble ou monte, on sort du lit de la rivière immédiatement.

Le dimanche en rivière : la rando version guadeloupéenne

Voilà ce qu'aucun guide classique ne vous dira : en Guadeloupe, la randonnée est souvent un prétexte. Le vrai but, c'est la rivière. Le dimanche, des familles entières se garent au bord d'une trace, marchent vingt minutes jusqu'à un bassin connu d'elles seules, et y installent la journée : glacière, grillades sur la braise, dominos, marmaille qui saute du rocher, ti-punch à l'ombre des bambous. C'est une institution, et c'est la plus belle porte d'entrée dans la culture de l'île pour un visiteur : on partage volontiers un coin de rivière et un accras.

Point de ralliement idéal : la Route de la Traversée (D23), qui franchit la Basse-Terre d'est en ouest à travers le Parc national. On y trouve la Maison de la Forêt (centre d'accueil et départs de sentiers d'interprétation), la Cascade aux Écrevisses, et plusieurs aires de pique-nique. C'est l'épine dorsale d'une journée nature réussie. Ailleurs, les Chutes Moreau (Goyave) ou le Bassin Bleu (Gourbeyre) offrent ces baignades en eau douce que les Guadeloupéens chérissent — souvent fraîches, parfois glaciales, toujours revigorantes après l'effort et la chaleur.

Les grandes traces : traverser la forêt

Pour qui veut plus que la rando-vedette, la Basse-Terre se traverse. La Trace Victor Hugues suit la ligne de crête centrale et relie le nord au sud du massif sur plusieurs jours : c'est une aventure réservée aux marcheurs aguerris, dans une forêt d'altitude trempée, où l'on progresse dans la boue et les racines. Plus accessibles, la Trace des Crêtes, la Trace Merwart, la montée au Morne à Louis ou les sentiers de la Maison de la Forêt permettent des boucles à la demi-journée. Les amateurs viseront aussi les sommets secondaires — Nez Cassé, Matéliane, La Découverte — pour des panoramas sans la foule de la Soufrière. Le maître-mot : un sentier « facile » sous les tropiques humides reste glissant, racineux et fatigant — sous-estimer la forêt est l'erreur classique du visiteur.

Le canyoning : la Basse-Terre en mode vertical

Avec ses rivières encaissées et ses cascades, la Basse-Terre est un terrain de canyoning réputé : on descend les gorges en enchaînant rappels, sauts dans les vasques et toboggans naturels. Des sites comme le Saut de la Lézarde, la Ravine Quiock, le secteur de la rivière du Carbet ou les gorges autour de Vernou (Petit-Bourg) sont des classiques. Ça ne s'improvise pas : combinaison, casque, baudrier et guide diplômé obligatoire — la roche volcanique est glissante et les crues, encore elles, sont mortelles. C'est l'une des activités les plus grisantes de l'île pour qui aime l'eau vive.

La Grande-Terre, autrement : marcher sur les falaises

Plate et calcaire, la Grande-Terre n'a ni volcan ni forêt humide — mais elle a la mer et le vent, et ça change tout. Ici, l'activité de terre, c'est la rando côtière. Trois incontournables :

  • La Pointe des Châteaux (Saint-François) : une courte montée jusqu'à la grande croix, et un panorama à 360° sur l'Atlantique déchaîné, la Désirade et les pointes de calcaire sculptées par les vagues. À faire au lever du soleil.
  • La Pointe de la Grande Vigie (Anse-Bertrand), pointe nord de l'île, et ses falaises vertigineuses balayées par les embruns.
  • La Porte d'Enfer (Anse-Bertrand) : un lagon turquoise enserré dans des falaises, et un sentier de falaise jusqu'au « trou de Madame Coco ».

À l'intérieur, les Grands Fonds, ce dédale de mornes verdoyants, se découvrent à pied, à VTT, à cheval ou en buggy — une Grande-Terre rurale et secrète que les touristes ne voient jamais.

À cheval, à vélo, dans les arbres

La diversité des reliefs autorise mille façons de bouger. L'équitation se pratique sur les plages (galops au bord de l'eau) et dans la campagne ; certaines balades mènent même en bord de mangrove. Le VTT va de la piste familiale au défi sportif — traverser la Basse-Terre par la Route de la Traversée à vélo est une épreuve de costauds. Pour les familles, les parcs d'accrobranche et de tyroliennes offrent l'aventure sécurisée en forêt. Et le quad ou le buggy ouvrent les chemins de campagne des Grands Fonds et des hauteurs.

Selon vos envies

Vous êtes…On vous conseillePourquoi
En familleCascade aux Écrevisses, La Citerne, accrobranche, Pointe des ChâteauxAccessible, ludique, sans danger majeur
Sportif / aguerriSoufrière + La Citerne, 1ʳᵉ chute du Carbet, Trace Victor HuguesDu dénivelé et de l'engagement
SensationsCanyoning (Lézarde, Vernou), saut au Saut d'AcomatEau vive et adrénaline
ContemplatifFalaises de la Grande Vigie, Porte d'Enfer au lever du jourPanoramas et solitude
Curieux d'authentiqueLes Grands Fonds à cheval ou en VTTLa Guadeloupe rurale méconnue

Une journée type (côté Basse-Terre)

6 h 30 : départ pour la Savane à Mulets, café avalé dans la voiture. 7 h : début de l'ascension de la Soufrière, avant les nuages. 9 h 30 : retour au parking, jambes en coton. 10 h : trempette réparatrice et chaude aux Bains Jaunes. Midi : pique-nique ou lolo du côté de Saint-Claude. Après-midi : Cascade aux Écrevisses sur la Route de la Traversée (avant la foule du week-end) et baignade dans un bassin. Fin de journée : ti-punch mérité en regardant la mer. Voilà un dimanche guadeloupéen comme on les aime.

Sécurité : la nature tropicale ne pardonne pas

  • Crues subites : le danger n°1. Jamais de bivouac ni de baignade dans un lit de rivière par temps de pluie en amont. On surveille la couleur et le niveau de l'eau, on sort au moindre doute.
  • Météo de montagne : au sommet de la Soufrière, prévoyez froid, vent et pluie même par grand soleil en bas. Coupe-vent, eau, chaussures crantées.
  • Sol glissant : la boue volcanique et les racines transforment chaque sentier en patinoire ; bâtons utiles.
  • Partez tôt, prévenez quelqu'un de votre itinéraire, et renoncez sans état d'âme si les conditions tournent.
  • Canyoning et eau vive : uniquement avec un guide diplômé.
  • Sur le littoral de la Grande-Terre : attention aux mancenilliers (arbres toxiques) près des plages sauvages, et aux vagues sur les pointes exposées (la mer y est traîtresse).

Infos pratiques

Quand y aller. La saison sèche (le « carême », ~décembre à avril) est la plus favorable : sentiers moins boueux, rivières plus calmes, meilleure visibilité au sommet. En hivernage (juin à novembre), la pluie et le risque de crue augmentent fortement.

Ce qu'on emporte. Chaussures de rando crantées, eau en quantité, coupe-vent (oui, même ici), maillot, anti-moustiques, et de quoi remporter ses déchets.

Accès. La plupart des départs de Basse-Terre se font en voiture par la route de la Soufrière (au-dessus de Saint-Claude) ou la Route de la Traversée (D23). Beaucoup de sites sont gratuits ; certains parkings et aires d'accueil peuvent être payants.

Niveau. Ne vous fiez pas aux distances : sous les tropiques humides, le dénivelé, la chaleur et l'humidité doublent l'effort ressenti.

Questions fréquentes

Combien de temps pour monter la Soufrière ?

Environ 2 heures de montée depuis la Savane à Mulets, autant pour profiter et redescendre. Partez avant 8 h pour éviter les nuages.

Fait-il vraiment froid au sommet ?

Oui : 10 à 15 °C, vent et pluie fréquents. Un coupe-vent est indispensable, même par beau temps en bas.

Quelle chute du Carbet voir ?

La 2ᵉ chute (~110 m) pour le meilleur rapport spectacle/effort (20-30 min de marche), sous réserve qu'elle soit ouverte.

Quelle est la cascade la plus facile ?

La Cascade aux Écrevisses, à 5 minutes de la Route de la Traversée — à voir tôt le matin, car elle est très fréquentée.

Le canyoning est-il accessible aux débutants ?

Oui, avec un guide diplômé et sur des parcours adaptés ; jamais seul, et jamais par temps de pluie.

Que faire à terre en Grande-Terre ?

Les randos côtières : Pointe des Châteaux, Pointe de la Grande Vigie, Porte d'Enfer, et les Grands Fonds à VTT ou à cheval.

Y a-t-il un vrai danger en randonnée ?

Oui : les crues subites des rivières. C'est la principale cause d'accidents graves ; prudence absolue par temps de pluie.

Quelle est la meilleure saison ?

Le carême (décembre à avril) : sentiers plus secs, rivières plus sûres, meilleure visibilité.

Peut-on tout faire en famille ?

Beaucoup, oui : cascades faciles, La Citerne, accrobranche, falaises de Grande-Terre. On réserve la Soufrière par mauvais temps et le canyoning aux plus grands.