Il y a quelque chose d'un peu fou à frapper une balle entre les cocotiers, le lagon turquoise dans le dos et Marie-Galante à l'horizon. C'est pourtant le quotidien du Golf International de Saint-François : le seul 18 trous de la Guadeloupe, dessiné en 1978 par Robert Trent Jones Sr, la plus grande signature mondiale de l'architecture de golf. Que vous soyez golfeur aguerri, débutant curieux ou simple promeneur, voici comment en profiter — et les pièges à éviter.
Golf de Saint-François

La star, c'est l'architecte (et ça se sent)
On ne va pas se mentir : ce qui distingue ce parcours, ce n'est pas seulement la mer en toile de fond, c'est sa signature. Robert Trent Jones Sr, c'est le « maître » : près de 400 parcours construits ou retracés dans 45 États américains et 35 pays, dont des monstres qui ont accueilli les plus grands championnats (Baltusrol, Spyglass Hill, Oak Hill…). Sa philosophie tient en une formule devenue célèbre dans le milieu : « un par difficile, mais un bogey facile ». Traduction pour le commun des mortels : le parcours vous tend des pièges si vous visez l'exploit, mais vous laisse vous en sortir honorablement si vous jouez prudent. C'est exactement ce que vous ressentirez ici.
Le vrai adversaire : le vent
Sur le papier, le parcours est plat, large, presque débonnaire — 18 trous, par 71, environ 6000 mètres. Ne vous y fiez pas. Le piège, ce sont les 71 bunkers savamment placés et, surtout, les alizés qui balaient le tracé quasiment en permanence. Ici, le vent n'est pas un détail météo, c'est un joueur supplémentaire : il rallonge un trou, en raccourcit un autre, dévie un drive impeccable et transforme un green « rarement plat » en casse-tête. Les habitués le résument bien : les 6 premiers trous sont accrocheurs, mordants ; les 12 suivants, plus cléments, vous laissent respirer. Sachez-le avant de noter votre carte, ça évite la déprime au trou 4.
Le trou à ne pas rater : le n°5
Si vous ne deviez retenir qu'un moment, ce serait le trou numéro 5. Depuis les départs arrière (les back tees), le panorama s'ouvre d'un coup : Marie-Galante, la Désirade, les Saintes posées sur la mer des Caraïbes. C'est le genre de vue qui vous fait poser le club dix secondes pour sortir le téléphone. Beaucoup de golfeurs de passage en gardent un souvenir plus net que de leur score — et c'est tant mieux.
Pas golfeur ? Le golf vous concerne quand même
Détail que beaucoup ignorent : à Saint-François, le golf n'est pas un club fermé planté à l'écart, c'est le cœur névralgique de la station. La marina, le casino, les restaurants, les boutiques et les hôtels se sont organisés tout autour, comme un village dont le green serait la place centrale. Résultat : même sans tenir un fer de votre vie, vous passerez sans doute par là pour dîner au bord de l'eau, tenter une heure au casino ou flâner sur la marina. Et si l'envie vous prend, l'école de golf et les deux pros sur place proposent des initiations — une première leçon face au lagon, il y a pire souvenir de vacances.
Et si vous tentiez votre premier swing ?
Soyons honnêtes : beaucoup de gens passent toute leur vie à côté du golf en se disant « c'est pas pour moi, c'est snob, c'est compliqué ». En vacances, loin du regard des habitués, c'est le moment ou jamais de crever cette idée reçue. Pas besoin de réserver un parcours complet ni d'investir dans du matériel : on commence au practice, balles en libre frappe face au lagon, club prêté, à taper tranquillement sans enjeu. Une heure de cours avec l'un des pros maison suffit à comprendre la mécanique de base et à toucher ses premières balles « pour de vrai » — l'instant où la balle part droit et loin est étonnamment satisfaisant. C'est une activité parfaite pour un couple, une famille avec ados, ou un jour où la mer est trop agitée pour la plage. Et même si vous ne devenez jamais golfeur, vous aurez frappé vos premières balles avec Marie-Galante à l'horizon : pas le pire endroit de la planète pour s'y mettre.
Les conseils qui changent la journée
Quelques réflexes qui vous éviteront les erreurs classiques des visiteurs :
Jouez tôt. C'est LE conseil. À 10h-14h, la chaleur tropicale est écrasante sur un parcours peu ombragé : viser un départ matinal (dès l'ouverture, vers 7h30-8h) change tout. La fin d'après-midi est le second bon créneau.
Vérifiez que c'est ouvert. Le parcours ferme parfois pour entretien ou compétition, et l'info ne remonte pas toujours clairement en ligne. Un coup de fil la veille vous évitera de débarquer porte close — la mésaventure revient régulièrement dans les avis.
Évitez le lendemain de grosse pluie. Le drainage n'est pas le point fort du parcours : après de fortes averses, ça devient lourd et désagréable à jouer.
Anticipez le budget. C'est le seul 18 trous de l'île, sans concurrence : le green-fee est en conséquence. Renseignez-vous sur les formules (location de clubs incluse ou non) avant de venir, et n'espérez pas trop de forfaits multi-parcours « vacances ».
Réservez votre départ. Les départs s'enchaînent toutes les 10 minutes ; en saison, mieux vaut caler son créneau à l'avance.
Le combo gagnant de la journée
Le golf se prête à merveille à une journée « Pointe des Châteaux ». Le matin, 18 trous (ou 9, ou une simple initiation) tant qu'il fait frais. Déjeuner sur la marina, les pieds presque dans l'eau. L'après-midi, cap sur la mythique Pointe des Châteaux, à dix minutes : le bout sauvage de la Grande-Terre, ses falaises, sa croix au sommet et son panorama à 360°. Et au retour, baignade tranquille à la plage des Raisins Clairs ou à l'anse à la Gourde. Vous aurez condensé sport, gastronomie, nature spectaculaire et farniente en une seule journée — la définition d'un bon plan à Saint-François.
Saint-François, la station qui ne dort pas
Pour bien situer : Saint-François, à l'est de la Grande-Terre, est l'une des stations les plus animées de l'île, et le golf en est l'un des marqueurs. Là où l'ouest de la Guadeloupe joue la carte nature et tranquillité, ici on assume le côté « resort » : marina pleine de voiliers, casino, soirées, restaurants de bord de mer, boutiques. C'est la base idéale si vous aimez avoir tout sous la main et de l'ambiance le soir. Et c'est aussi le point de départ pour deux des plus belles excursions de l'île : la Pointe des Châteaux à l'est, et surtout les îlets de Petite-Terre, cette réserve naturelle à une heure de bateau, royaume des iguanes et des requins-citrons inoffensifs, où l'on snorkele dans un lagon irréel. Beaucoup réservent cette sortie depuis la marina, à deux pas du golf. Autrement dit, le golf n'est pas une fin en soi : c'est une porte d'entrée sur tout un secteur à explorer.
Pour le golfeur : la fiche en bref
Pour ceux qui viennent clubs en main, l'essentiel : 18 trous, par 71, ~6000 m, signé Robert Trent Jones Sr (1978, rénové fin 2010), étalé sur 54 hectares entre lagon et cocotiers. Ouvert tous les jours sauf le 1er mai, généralement de 7h30-8h à 18h-18h30 selon la saison, départs toutes les 10 minutes. Practice, putting green, location de clubs, école de golf et deux enseignants disponibles. Parcours jouable à tous les niveaux mais où le vent corse sérieusement l'affaire : un beau terrain de jeu autant pour le touriste que pour le compétiteur.
Résident ou de passage ?
Pour un résident golfeur, c'est tout simplement « le » parcours de l'île, celui où l'on progresse, où l'on enchaîne les compétitions de l'association sportive et où l'on emmène les copains de passage frimer devant la vue du 5. Pour un visiteur, c'est une expérience rare : jouer un Trent Jones face aux Saintes, ou simplement profiter de l'écrin (marina, casino, restos) sans toucher un club. Dans les deux cas, le mot d'ordre est le même : tôt le matin, et un coup de fil avant pour vérifier que c'est bien ouvert.
Questions fréquentes
Faut-il être golfeur pour venir ?
Non. Le golf est le centre d'un véritable « village » avec marina, casino, restaurants et boutiques : on peut profiter du lieu sans jouer. Et pour les curieux, l'école propose des initiations avec un pro.
Quel niveau faut-il avoir ?
Tous les niveaux : le tracé est plat et plutôt large, jouable par les débutants comme par les confirmés. La vraie difficulté vient du vent, présent quasiment en permanence, et des nombreux bunkers.
Quand jouer pour être au mieux ?
Tôt le matin, sans hésiter : la chaleur devient pénible en milieu de journée sur ce parcours peu ombragé. La fin d'après-midi est la seconde bonne option. Évitez les lendemains de fortes pluies (drainage limité).
Faut-il réserver, et c'est cher ?
Mieux vaut réserver son départ en saison (créneaux toutes les 10 min). C'est le seul 18 trous de Guadeloupe, donc le green-fee est relativement élevé : renseignez-vous sur les tarifs et la location de matériel avant de venir.
Quel est le plus beau trou ?
Le n°5 : depuis les départs arrière, la vue porte sur Marie-Galante, la Désirade et les Saintes. Le moment carte postale du parcours.
Que faire juste à côté ?
La marina et ses restaurants, le casino, et surtout la Pointe des Châteaux à une dizaine de minutes, plus les plages de Saint-François (Raisins Clairs, anse à la Gourde) pour une baignade.

