Que voir Nord Basse-Terre

Que voir Nord Basse-Terre

Que voir Nord Basse-Terre

La forêt, le cœur vert qui les rassemble

S'il y a un dénominateur commun à ces six communes, c'est la forêt. Le massif de Basse-Terre déverse sa pluie sur leurs hauteurs, et le Parc national de la Guadeloupe en occupe une bonne part. La porte d'entrée la plus connue est à cheval entre Petit-Bourg et Goyave : la Cascade aux Écrevisses, sur la route de la Traversée. C'est la cascade la plus visitée de l'île, près de deux cent mille personnes par an, et on comprend pourquoi : un sentier de deux cents mètres, plat, accessible y compris aux personnes à mobilité réduite, et au bout une chute qui tombe dans un bassin clair où l'on se baigne. C'est presque trop facile, et c'est justement ce qui en fait une porte d'entrée idéale vers le reste.

Car la route de la Traversée, qui relie Petit-Bourg à Pointe-Noire en franchissant le massif, est une leçon de géographie à elle seule. Elle grimpe, s'enfonce sous la canopée, passe les Deux-Mamelles, et redescend de l'autre côté vers la Côte-sous-le-Vent. En une heure de route vous changez de versant, de climat, de lumière. Côté Sainte-Rose, la forêt prend un autre visage avec la montée vers Sofaïa, plateau forestier qui ouvre sur des panoramas vers le Grand Cul-de-Sac Marin. Partout, la même densité végétale, la même humidité, le même chant de rivière. Le nord Basse-Terre, c'est d'abord cette muraille verte que les six communes se partagent.

Cette forêt n'est pas un décor neutre : c'est une banque de fraîcheur, un réservoir d'eau, un refuge de biodiversité. Les rivières qui en descendent, la rivière aux Écrevisses, la Petite Plaine, le Bras David et tant d'autres, irriguent les communes et nourrissent l'agriculture de la plaine. Les hauteurs de Petit-Bourg et de Goyave, drainées par ces cours d'eau, comptent parmi les plus arrosées des Petites Antilles. Pour le résident, comprendre le nord, c'est saisir cette logique : la montagne fabrique l'eau, l'eau descend vers la mer, et tout, de la cascade au jardin créole, en découle. C'est un territoire pensé du haut vers le bas, du sommet forestier au rivage. Et c'est ce qui explique sa profusion : nulle part ailleurs en Guadeloupe le vert n'est aussi insistant, aussi total.

Les eaux chaudes, signature géologique du nord

Le massif ne fait pas que de la pluie : il fait de l'eau chaude. C'est une signature du territoire, et elle se décline d'une commune à l'autre. À Lamentin, l'espace thermoludique René-Toribio de Ravine Chaude capte une source qui jaillit à 33 °C des profondeurs volcaniques, chargée de calcium, de magnésium et de silice, réputée contre les rhumatismes et la fatigue. C'est l'équipement le plus aménagé, avec bassins et structure thermale.

Plus haut, dans les bois de Sainte-Rose, la source sulfureuse de Sofaïa offre tout l'inverse : une eau à 31 °C, apparue semble-t-il après le séisme de 1843, qui coule sous une simple douche en pleine forêt. Pas de bassin chic, pas de barrière : on s'y baigne gratuitement, et c'est un rendez-vous de résidents bien plus que de touristes. Entre Lamentin et Sainte-Rose se dessine ainsi tout l'éventail du thermalisme guadeloupéen, du plus équipé au plus sauvage. Voilà une journée toute trouvée : la douche de soufre le matin dans la forêt, les bassins de Ravine Chaude l'après-midi.

Les plages de la côte ouest, de Sainte-Rose à Deshaies

Quand le nord bascule vers le couchant, il offre ses plages. Et pas n'importe lesquelles : la côte de Deshaies abrite la Grande Anse, ce long ruban de sable doré adossé à la montagne que beaucoup tiennent pour la plus belle plage de l'île. Le fond y descend vite, ce n'est pas la crique pour les tout-petits, mais le tableau est inoubliable, surtout quand le soleil tombe droit dans le canal. Plus au nord, du côté de Sainte-Rose, le littoral se fait plus discret avec des anses comme Cluny ou la plage des Amandiers, fréquentées des familles du coin.

Cette façade ouest, la Côte-sous-le-Vent, est protégée des alizés : mer plus calme, couchers de soleil spectaculaires, et une succession de petites anses qu'on découvre en descendant la route. Deshaies et Pointe-Noire vivent à ce rythme-là, celui des villages de pêcheurs tournés vers une mer apaisée. C'est l'envers exact du Grand Cul-de-Sac Marin que Sainte-Rose regarde au nord, avec sa mangrove, ses îlets et son lagon. Deux mers pour un même territoire.

Cette double façade maritime est l'une des grandes singularités du nord. À l'ouest, le sable doré, l'eau profonde, les fonds qui plongent vite et les sorties de pêche au gros : c'est la mer du couchant, celle où l'on guette le rayon vert. Au nord, à l'inverse, un lagon peu profond, des herbiers, une barrière de corail et la plus grande mangrove des Petites Antilles : c'est la mer du matin, celle des kayaks qui se faufilent entre les palétuviers et des îlets où l'on accoste pour pique-niquer. Sainte-Rose, posée à la charnière, profite presque des deux mondes. Pour le résident, cette richesse est un luxe : selon l'humeur du jour, il peut choisir la houle franche de la Grande Anse ou le calme plat du Cul-de-Sac. Peu de territoires offrent un tel choix sur d'aussi courtes distances.

Le patrimoine bâti, de la reconstruction aux distilleries

Le nord Basse-Terre n'est pas qu'un décor naturel : c'est aussi une mémoire de pierre et de béton. Au cœur de Pointe-Noire se dresse la mairie dessinée par Ali Tur, architecte envoyé reconstruire la Guadeloupe après le cyclone de 1928. Construite en 1931, classée monument historique depuis 1992 avec ses jardins et sa colonne républicaine, elle est l'un des joyaux de l'Art déco antillais. Et l'on retrouve la patte du même homme à Petit-Bourg, dont l'église Notre-Dame de Bon-Port, achevée en 1932, porte la même signature avec son curieux goût pour les lignes mauresques. Tout un pan du nord raconte ainsi cette reconstruction des années 1930, quand le béton armé a remplacé le bois emporté par les vents.

L'autre versant du patrimoine, c'est celui de la terre cultivée. À Sainte-Rose, le Musée du Rhum, installé au cœur de la distillerie Reimonenq fondée en 1916, déroule toute la chaîne, de la coupe de la canne à la mise en bouteille. À Pointe-Noire, la Maison du Cacao, sur l'ancien domaine Pagesy, fait revivre une culture longtemps disparue de l'île et renaissante depuis les années 1990. Rhum et cacao, canne et fèves : deux récits de plantation, deux héritages où affleure aussi, en filigrane, la mémoire douloureuse de l'esclavage qui a fondé ces cultures. On y reviendra dans les sections dédiées, mais sachez d'emblée que voir le nord, c'est aussi accepter de regarder cette histoire en face.

À Deshaies enfin, le patrimoine prend des airs de défense : la Pointe Batterie y conserve quatre canons posés face à la mer, vestiges des fortifications qui protégeaient la rade au XVIIIe siècle contre les attaques anglaises venues d'Antigua ou de la Dominique. Réhabilité par l'Office national des forêts, le site offre aujourd'hui un panorama autant qu'une leçon d'histoire. D'une commune à l'autre, le nord aligne ainsi les époques : la défense coloniale à Deshaies, la reconstruction des années 1930 à Pointe-Noire et Petit-Bourg, l'industrie sucrière à Sainte-Rose. C'est un livre d'histoire à ciel ouvert, et chaque bourg en tourne une page différente.

Les jardins et la nature mise en scène

Au-delà de la forêt brute, le nord cultive l'art du jardin. Sur les hauteurs de Sainte-Rose, sur la route de Sofaïa, l'Écomusée de la Guadeloupe déploie un vaste jardin créole, conservatoire de la flore et de la pharmacopée de l'île, labellisé Jardin remarquable et reconnu par l'UNESCO. On y apprend les plantes médicinales, la route des épices, et un parcours présente même les trente-deux communes de la Guadeloupe à travers leurs spécificités. C'est un condensé de l'île entière, posé sur une seule colline du nord.

Cette mise en scène du végétal se retrouve d'un bout à l'autre du territoire, jusqu'à Deshaies où la nature est partout reine. Entre forêt sauvage, jardins savants et littoral préservé, le nord Basse-Terre offre toutes les nuances du vert. C'est un terrain d'apprentissage autant qu'un décor : on n'y vient pas seulement regarder, on y comprend comment cette île pousse, se soigne, se nourrit.

Et ce goût du jardin n'est pas réservé aux sites aménagés. Il se prolonge dans les jardins créoles des particuliers, dans les vergers de la plaine, dans les plantations de bananes et de canne qui structurent encore le paysage de Petit-Bourg, Goyave ou Lamentin. Le nord est une terre agricole vivante, où l'on cultive l'igname, la banane, la canne, le cacao renaissant. Pour le résident, le végétal n'est pas un spectacle lointain : c'est le quotidien, le jardin derrière la maison, le marché du bourg, l'arbre à pain et le manguier. Les jardins remarquables ne font que magnifier ce que tout le territoire pratique au naturel.

La spiritualité accrochée aux mornes

Enfin, il faut lever les yeux vers les hauteurs de Pointe-Noire, là où la Petite Plaine rejoint la rivière de l'Îlet, au lieu-dit l'Espérance. C'est là que se niche le sanctuaire de Notre-Dame des Larmes, oratoire bâti sur des rochers au milieu de l'eau claire et de la végétation, lié à deux apparitions mariales de 1977. Lieu de recueillement, de fraîcheur et de silence, il dit quelque chose de l'âme du nord : un territoire où la foi populaire s'enracine dans le paysage lui-même, dans la rivière et la pierre.

De Goyave à Deshaies, le nord Basse-Terre tient donc dans une promesse simple : tout y est, en plus dense et en plus discret. La forêt la plus profonde, les eaux les plus chaudes, les plages les plus belles, le patrimoine le plus fort. Reste à le parcourir lentement, en reliant les communes plutôt qu'en les survolant.

L'essentiel

RepèreDétail
CommunesGoyave, Petit-Bourg, Lamentin, Sainte-Rose, Deshaies, Pointe-Noire
Cascade phareCascade aux Écrevisses, route de la Traversée (Petit-Bourg)
Eaux chaudesRavine Chaude (Lamentin), source de Sofaïa (Sainte-Rose)
Plage emblèmeGrande Anse de Deshaies
Patrimoine bâtiMairie Ali Tur (Pointe-Noire), église Ali Tur (Petit-Bourg)
PlantationsMusée du Rhum (Sainte-Rose), Maison du Cacao (Pointe-Noire)
JardinÉcomusée de la Guadeloupe (Sainte-Rose)

Questions fréquentes

Par où commencer la visite du nord Basse-Terre ?

La route de la Traversée, entre Petit-Bourg et Pointe-Noire, est l'épine dorsale du territoire : elle franchit le massif forestier et dessert la Cascade aux Écrevisses. C'est une excellente première approche avant de bifurquer vers la côte ou les sources chaudes.

Peut-on tout voir en une journée ?

Difficilement, et ce serait dommage. Comptez au moins deux ou trois sorties : une journée forêt et cascades, une journée eaux chaudes et jardins, une journée côte ouest et plages. Le nord se savoure lentement.

Quelles sont les deux mers du nord Basse-Terre ?

La Côte-sous-le-Vent à l'ouest, abritée des alizés, avec les plages de Deshaies et Pointe-Noire et de splendides couchers de soleil; et le Grand Cul-de-Sac Marin au nord, que regarde Sainte-Rose, avec sa mangrove, ses îlets et son lagon.

Les sources chaudes sont-elles payantes ?

Cela dépend. La source de Sofaïa, en forêt à Sainte-Rose, se baigne gratuitement sous une douche aménagée. L'espace thermoludique de Ravine Chaude à Lamentin est un équipement structuré avec bassins, dont l'accès est organisé.

Quel patrimoine bâti voir absolument ?

La mairie de Pointe-Noire signée Ali Tur, chef-d'œuvre Art déco classé monument historique, et l'église Notre-Dame de Bon-Port de Petit-Bourg, due au même architecte. Deux témoins de la reconstruction d'après le cyclone de 1928.

Le nord convient-il aux familles avec enfants ?

Oui, à condition de choisir. La Cascade aux Écrevisses est accessible et son bassin est sûr; Ravine Chaude est aménagée. En revanche la Grande Anse de Deshaies, magnifique, a un fond qui descend vite et se surveille de près avec de jeunes enfants.