Il suffit parfois d'un virage. Sur la route nationale qui longe la côte sous-le-vent, entre Pointe-Noire et Deshaies, la mer des Caraïbes surgit soudain entre deux mornes, étalée jusqu'à l'horizon, et l'on comprend en une seconde pourquoi le nord de la Basse-Terre est l'une des régions les plus photogéniques de Guadeloupe. À l'autre bout, côté est, la Pointe de Goyave ouvre un tout autre panorama, plus doux, tourné vers les îlets et l'agglomération au loin. Entre ces deux extrémités, c'est toute une géographie du regard qui se déploie. Le nord ne se contente pas d'être beau : il offre des points de vue, des belvédères naturels, des fronts de mer où l'œil porte loin. Pour le résident, ces panoramas sont une richesse quotidienne qu'on oublie trop souvent d'aller chercher.
Points de vue

Goyave n’est pas une commune de plages — elle l’assume, tournée vers ses rivières et sa forêt. Mais son front de mer cache un balcon discret sur l’un ...
Deux mers, deux lumières
Avant de parler des points de vue, il faut comprendre ce que l'on regarde. Le nord de la Basse-Terre est bordé par deux façades maritimes radicalement différentes, et c'est cette dualité qui fait la diversité de ses panoramas. À l'ouest, la côte sous-le-vent donne sur la mer des Caraïbes. Le nom lui-même est une promesse : « sous le vent » signifie à l'abri des alizés. Cette côte, de Deshaies à Pointe-Noire, est plus calme, plus sèche, baignée d'une lumière dorée surtout en fin de journée, quand le soleil plonge droit dans la mer.
À l'est, la côte de Petit-Bourg, Goyave et Sainte-Rose s'ouvre sur l'Atlantique adouci des lagons et des culs-de-sac marins. La lumière y est différente, plus matinale, et l'horizon n'est pas vide : il est ponctué d'îlets, de barrières de corail, de la silhouette lointaine de la Grande-Terre et de l'agglomération de Pointe-à-Pitre. C'est un panorama habité, structuré, là où l'ouest offre l'immensité nue de la Caraïbe.
Cette opposition est fondamentale pour le résident amateur de points de vue. Selon l'heure, l'envie, le versant, on n'admire pas le même spectacle. Le coucher de soleil flamboyant se cherche à l'ouest. Le panorama sur les îlets et la baie se savoure à l'est, de préférence le matin. Le nord offre ainsi une palette complète : il suffit de savoir où se placer et à quel moment.
À cette dualité côtière s'ajoute le relief. Le nord de la Basse-Terre n'est pas une plaine bordée de mer : c'est une succession de mornes qui montent vite, parfois à pic, depuis le rivage. Cette topographie est une bénédiction pour qui aime les panoramas, car elle crée des points hauts naturels d'où le regard porte loin. Là où une côte plate n'offrirait qu'une ligne d'horizon, le nord multiplie les belvédères, les promontoires, les virages perchés. C'est cette combinaison de la mer et du relief qui fait du territoire un véritable observatoire à ciel ouvert, où l'on change de perspective à chaque kilomètre.
La Pointe de Goyave, fenêtre sur le lagon
Commençons par l'est, avec la Pointe de Goyave, ou Pointe de la Rivière à Goyave. Située au sud du bourg, là où la côte s'ouvre sur le Petit Cul-de-Sac Marin, elle constitue un point de vue caractéristique du versant atlantique du nord. Le site marie une belle forêt littorale, en milieu sableux et humide, et l'ouverture sur la mer abritée semée d'îlets.
Ce qui rend ce point de vue particulier, c'est sa douceur. On n'est pas ici dans le spectaculaire vertical des falaises, mais dans un panorama horizontal, paisible, où le regard glisse de la végétation du rivage vers l'eau calme, puis vers les petites terres émergées au large et, plus loin encore, la silhouette de l'agglomération. La plage principale de la commune, au sable gris d'origine volcanique, protégée par une barrière de corail, complète ce tableau et offre un point d'observation idéal sur l'horizon.
Pour le résident, la Pointe de Goyave est un belvédère discret, loin de l'agitation. C'est un endroit où l'on vient respirer, regarder le large, prendre la mesure de ce littoral est si différent de la côte sous-le-vent. Il dit quelque chose d'essentiel sur Goyave et le sud du nord : une Guadeloupe intime, verte, tournée vers ses lagons, à l'écart du tourisme de masse. Un point de vue qui ne crie pas, mais qui reste longtemps en mémoire.
La côte sous-le-vent, théâtre des couchers de soleil
Passons à l'ouest, et changeons complètement de registre. La côte sous-le-vent, de Pointe-Noire à Deshaies, est le grand théâtre des panoramas du nord. Ici, la route nationale épouse le relief, monte, descend, contourne les mornes, et à chaque hauteur la mer des Caraïbes réapparaît, immense et lumineuse. Ce n'est pas un point de vue, c'est une succession de points de vue, un chapelet de belvédères que l'on enchaîne au fil de la route.
Le secteur de Deshaies est particulièrement réputé. En arrivant par les hauteurs, certains promontoires offrent une vue plongeante sur la grande courbe d'une plage dorée qui s'ouvre doucement sur la Caraïbe, encadrée de mornes verts. C'est un spectacle qui résume tout le charme de la côte sous-le-vent : le contraste entre le vert dense de la montagne et le bleu profond de la mer, la rondeur des anses, la pureté de la lumière. Plus au sud, Pointe-Noire et sa côte boisée offrent à leur tour de superbes panoramas, dans une ambiance plus sauvage et plus secrète.
Mais la véritable signature de l'ouest, c'est le coucher de soleil. Comme la côte regarde plein ouest, le soleil y plonge directement dans la mer, embrasant le ciel et l'eau de teintes orangées et roses. C'est un rendez-vous que les résidents du nord connaissent bien et qui ne lasse jamais. Choisir un point haut sur la route, ou descendre sur une anse, et regarder le jour s'éteindre dans la Caraïbe : voilà l'un des plus beaux gestes que le nord puisse offrir, gratuitement, presque chaque soir.
Les panoramas de l'intérieur
Le nord ne se regarde pas seulement depuis ses côtes. Le relief, qui monte vite vers l'intérieur, multiplie les belvédères en altitude. Dès qu'on quitte le bord de mer pour grimper vers les mornes, le regard se renverse : on domine alors le littoral, on embrasse d'un coup la côte, les anses, la mer au loin. Ces points de vue de hauteur ajoutent une troisième dimension à la palette des panoramas du nord.
Sur la côte sous-le-vent, les sentiers qui montent dans les mornes, autour de Deshaies notamment, ouvrent des perspectives spectaculaires sur les baies en contrebas. On y découvre la côte vue d'en haut, avec ses courbes, son écume, sa frange de cocotiers. Côté est, les hauteurs de Petit-Bourg et de Goyave, couvertes de forêt tropicale, offrent d'autres points de vue, plongeant cette fois vers les lagons et les îlets.
Pour le résident, ces belvédères d'altitude sont une invitation à la randonnée. Un point de vue ne se mérite pas toujours, mais les plus beaux supposent souvent un peu de marche, une montée, un effort récompensé au sommet par un panorama dégagé. C'est là une autre manière de vivre le nord : non plus depuis la voiture qui longe la côte, mais à pied, en gagnant de la hauteur, jusqu'à ce que le territoire tout entier se déploie sous les yeux. Le nord récompense ceux qui prennent de l'altitude.
Apprendre à regarder son territoire
Il y a, dans le fait d'aller chercher un point de vue, quelque chose qui dépasse le simple plaisir esthétique. Pour qui vit dans le nord toute l'année, ces panoramas sont une manière de reprendre la mesure de son territoire, de le voir dans son ensemble, de comprendre comment s'articulent la montagne, la côte, les lagons, les îlets. On habite souvent un point précis, une commune, une rue; un belvédère, lui, rend la géographie lisible d'un seul regard.
C'est aussi une question de rythme. Dans le quotidien, on traverse ces paysages sans les voir, pressé par les trajets et les obligations. S'arrêter à un point de vue, c'est rompre cette routine, accorder du temps au regard, retrouver l'émerveillement qu'un visiteur de passage ressent et que l'habitude finit par émousser. Le nord est d'une beauté qu'on ne devrait jamais tenir pour acquise, et ses points de vue sont précisément les endroits où cette beauté se rappelle à nous.
Soyons concrets pour finir. Profiter pleinement des panoramas du nord suppose un peu de méthode. Choisir le bon versant selon l'heure : l'est le matin pour les lagons, l'ouest le soir pour le coucher de soleil. Tenir compte de la météo, car un ciel chargé peut tout voiler comme il peut offrir des lumières dramatiques. Varier les hauteurs, alterner les belvédères de bord de mer et ceux d'altitude. Et surtout, y revenir, à différentes saisons, à différentes heures, car un même point de vue ne montre jamais exactement la même chose. Le nord de la Basse-Terre se contemple comme on lit un livre dont on ne se lasse pas : chaque relecture révèle un détail nouveau. Encore faut-il accepter de s'arrêter pour le regarder.
L'essentiel
Le nord de la Basse-Terre est l'une des régions les plus photogéniques de Guadeloupe, grâce à ses deux façades maritimes opposées. À l'est, la Pointe de Goyave, ou Pointe de la Rivière à Goyave, offre un panorama doux et paisible sur le Petit Cul-de-Sac Marin, ses îlets et l'agglomération au loin, à savourer de préférence le matin. À l'ouest, la côte sous-le-vent, de Pointe-Noire à Deshaies, déroule une succession de belvédères le long de la route nationale, avec des vues plongeantes sur des anses dorées et la mer des Caraïbes; c'est le grand théâtre des couchers de soleil, le soleil y plongeant droit dans la mer. À l'intérieur, le relief multiplie les points de vue d'altitude, accessibles par la randonnée, qui font basculer le regard sur le littoral. Pour le résident, ces panoramas sont une richesse quotidienne et une manière de reprendre la mesure de son territoire. La clé : choisir le bon versant selon l'heure, varier les hauteurs et accepter de s'arrêter pour regarder.
Questions fréquentes
Quel est le meilleur côté du nord pour admirer un coucher de soleil ?
La côte sous-le-vent, à l'ouest, de Pointe-Noire à Deshaies. Comme elle regarde plein ouest vers la mer des Caraïbes, le soleil y plonge directement dans l'eau, offrant des couchers de soleil flamboyants depuis les hauteurs de la route ou les anses.
Qu'offre la Pointe de Goyave comme panorama ?
Située au sud du bourg de Goyave, sur la côte est, elle ouvre une vue douce et paisible sur le Petit Cul-de-Sac Marin, avec sa forêt littorale, ses eaux abritées semées d'îlets et la silhouette de l'agglomération au loin. C'est un point de vue intime, idéal le matin.
Pourquoi les panoramas de l'est et de l'ouest sont-ils si différents ?
Parce que le nord a deux façades maritimes opposées. À l'ouest, la côte sous-le-vent donne sur la mer des Caraïbes, calme et baignée d'une lumière dorée le soir. À l'est, la côte atlantique des culs-de-sac marins offre un horizon habité d'îlets et de barrières de corail, plus lumineux le matin.
Y a-t-il des points de vue accessibles sans marcher ?
Oui. La route nationale qui longe la côte sous-le-vent, entre Pointe-Noire et Deshaies, offre de nombreux panoramas accessibles depuis des arrêts en bord de route. La Pointe de Goyave et les fronts de mer se découvrent également sans effort particulier.
Faut-il randonner pour profiter des plus beaux panoramas ?
Pas obligatoirement, mais les points de vue d'altitude, qui dominent la côte et révèlent la géographie d'ensemble, supposent souvent un peu de marche. Les sentiers qui montent dans les mornes, notamment autour de Deshaies, récompensent l'effort par des perspectives spectaculaires sur les baies en contrebas.
À quel moment de la journée admirer les points de vue du nord ?
Le matin de préférence pour la côte est et les lagons, lorsque la lumière est douce et l'horizon dégagé sur les îlets. La fin d'après-midi et le coucher de soleil pour la côte sous-le-vent à l'ouest. Varier les heures et les saisons permet de redécouvrir sans cesse les mêmes panoramas.



