On vient sur la Riviera pour le lagon. On y reste pour les pierres. Sur cette côte sud-est de la Grande-Terre, là où Le Gosier, Sainte-Anne et Saint-François s'alignent face au levant, le sable blanc cache une autre histoire : celle des monuments qui ont vu passer les guerres, les marins et les cyclones. Un fort du XVIIIe siècle aux souterrains mystérieux, un phare planté sur un îlet, une pointe chargée de mémoire à l'extrémité de l'île, des églises Art déco sorties des décombres d'un ouragan. Le patrimoine bâti du levant raconte une Guadeloupe qui s'est défendue, repérée, reconstruite. Pour qui vit ici, le connaître, c'est habiter sa côte autrement. Voici les monuments qui font tenir debout la Riviera.
Monuments

Et si vous pouviez remonter le temps tout en profitant d’un cadre enchanteur ? Le Fort Fleur d’Épée, véritable joyau historique de la Guadeloupe, vous...
Imaginez un lieu où la mer turquoise caresse des plages de sable blanc, où un phare majestueux veille sur un îlot protégé par une nature luxuriante. B...
Il y a un malentendu tenace au sujet de cette plage, et autant le dissiper tout de suite : si vous arrivez à la Pointe de la Saline avec une bouée can...
Fort Fleur d'Épée et ses souterrains
C'est le monument-roi de la Riviera. Au Gosier, sur les hauteurs qui dominent la baie, Fort Fleur d'Épée déploie ses murailles depuis la seconde moitié du XVIIIe siècle. Ce bastion polygonal, d'inspiration Vauban, mesure environ 150 mètres de long sur 45 de large. Sa mission d'origine : défendre Pointe-à-Pitre contre les attaques anglaises, en verrouillant la baie. Sa position dominante n'a rien d'un hasard : depuis ces hauteurs, on contrôle d'un seul regard toute l'approche maritime du Gosier et de la rade. Sa pierre a vu l'Histoire en face. En 1794, le fort fut violemment disputé entre les Britanniques et les troupes républicaines de Victor Hugues, dans la période où l'abolition de l'esclavage venait d'être proclamée et où d'anciens esclaves prirent les armes.
Ce qui fascine, ce sont les entrailles du fort. Sous l'esplanade court tout un réseau de galeries souterraines voûtées, qui relient les différentes parties de l'ouvrage. La poudrière, le four à pain et ces passages obscurs sont ouverts à la visite. On y descend pour mesurer l'ingéniosité défensive d'un autre temps, puis on remonte sur l'esplanade plantée de flamboyants : de là, la vue embrasse la baie du Gosier, la marina, et par temps clair la Basse-Terre, Marie-Galante et les Saintes. Classé monument historique, le site est ouvert au public, et ses souterrains accueillent même des expositions. C'est, à dix minutes du bourg, le grand monument du levant.
Prenez la mesure de l'ouvrage en le parcourant : un bastion de cette ampleur ne se construit pas pour rien. Il fallait du temps, des moyens et une main-d'œuvre considérable pour élever ces murailles destinées à verrouiller la baie. Chaque détail, l'épaisseur des murs, l'orientation des meurtrières, la disposition des poudrières à l'abri des bombardements, raconte une science militaire héritée de Vauban et adaptée au climat tropical. Et puis il y a cette sensation, dans les souterrains, de toucher du doigt une époque révolue : la fraîcheur soudaine, le silence, l'écho des pas sous les voûtes. Peu de monuments en Guadeloupe offrent une telle immersion. Fort Fleur d'Épée n'est pas une ruine que l'on regarde de loin; c'est un monument que l'on traverse, dans lequel on entre, et dont on ressort transformé.
Le phare de l'îlet du Gosier
Posé sur un îlet corallien face à la plage du Gosier, le phare est l'autre grand repère bâti de la côte. Sa tour blanche, haute d'une vingtaine de mètres, domine la baie depuis les années 1930. Mais ce phare a une généalogie : il est le troisième du genre sur l'îlet. Le premier remonte au milieu du XIXe siècle, le second à la fin de ce même siècle. Chaque génération a remplacé la précédente pour mieux guider les navires entrant dans la rade de Pointe-à-Pitre, à mesure que les techniques évoluaient et que les ouvrages anciens vieillissaient.
L'histoire du phare épouse celle de la côte. Automatisé dans les années 1970, il a perdu son dernier gardien après le passage du cyclone Hugo, à la fin des années 1980, puis a été équipé de panneaux solaires au début des années 1990. Il fonctionne toujours : c'est un monument vivant, pas une ruine. On ne visite pas l'intérieur, mais sa silhouette est indissociable de l'identité du Gosier, et l'îlet se rejoint en navette ou en kayak depuis la plage. À l'occasion des Journées du patrimoine, la commune lève parfois le voile sur ce trésor caché.
Ce qui rend ce phare émouvant, c'est qu'il incarne un métier et une époque disparus. Pendant des décennies, des gardiens ont vécu sur cet îlet minuscule, isolés face à la mer, pour entretenir la lumière qui guidait les navires. Le cyclone Hugo, en balayant la côte à la fin des années 1980, a précipité la fin de ce gardiennage. Aujourd'hui, le phare veille seul, alimenté par le soleil. Sa modeste tour blanche est sans doute le monument le plus photographié de la Riviera, et pourtant l'un des moins compris. Le voir comme un simple décor serait passer à côté de l'essentiel : c'est un témoin de la longue relation entre cette côte et la navigation, un repère qui a sauvé des bateaux et structuré la baie pendant près de deux siècles.
La Pointe des Salines, le bout du monde habité
À l'extrémité sud-est de la Grande-Terre, là où la Riviera s'achève avant la Pointe des Châteaux, la Pointe des Salines déroule ses marais et son cordon de sable. Le lieu n'est pas un monument au sens classique, mais c'est un site bâti par l'homme et par l'Histoire. Son nom vient des salines, ces marais où l'on récoltait le sel marin, activité qui marqua durablement la côte. La lagune, l'une des plus vastes du sud de la Grande-Terre, est nourrie par la mer et les eaux de ruissellement, et fait aujourd'hui l'objet d'une gestion attentive.
Le secteur porte aussi une mémoire forte : la côte sud est associée à l'annonce de l'abolition de l'esclavage, en 1794, événement commémoré sur le territoire. Marcher le long des Salines, entre lagune et océan, c'est emprunter un sentier littoral exposé aux embruns, où le travail des hommes et la liberté ont laissé leur empreinte. C'est le monument à ciel ouvert de la Riviera, là où le paysage lui-même fait mémoire.
Ce statut particulier mérite qu'on s'y arrête. Un monument, ce n'est pas toujours une pierre taillée ou une façade ornée. Aux Salines, le monument, c'est le paysage lui-même : la lagune façonnée par la récolte du sel, le cordon de sable, le marais où se mêlent eaux douces et eaux marines. Les hommes ont travaillé cette terre, en ont tiré le sel, et l'Histoire y a inscrit l'un de ses moments les plus importants. Aujourd'hui, le site fait l'objet d'une gestion attentive pour préserver sa biodiversité tout en restant accessible. S'y promener, c'est lire à livre ouvert plusieurs siècles de la vie de la côte. Sur la Riviera, le patrimoine ne s'arrête pas aux murs : il s'étend jusqu'aux marais et aux rivages.
Les églises, monuments de la reconstruction
Les monuments les plus discrets de la Riviera sont peut-être les plus émouvants. Dans les bourgs de Sainte-Anne et de Saint-François se dressent deux églises issues de la même histoire : celle de la reconstruction. Après le terrible cyclone de 1928, qui ravagea la Guadeloupe, l'architecte Ali Tur fut chargé de rebâtir nombre d'édifices publics et religieux. Les deux églises de la côte portent sa marque, élevées en béton armé dans les années 1930.
À Sainte-Anne, l'église de la place Schœlcher offre une façade rigoureusement symétrique, ornée d'une sculpture de sainte Anne et de l'enfant, avec des claustras de verre coloré, rouge, bleu, jaune, qui tamisent la lumière dans la nef. À Saint-François, l'église dédiée à saint François d'Assise, également marquée par Ali Tur pour sa sacristie et son clocher, ancre le vieux bourg face au port. Ces deux monuments, inscrits à l'inventaire du patrimoine, racontent comment la Guadeloupe a su réinventer son architecture après les ouragans. Du béton, mais une vraie beauté.
Le patrimoine bâti du levant en perspective
Mis bout à bout, ces monuments dessinent un récit cohérent. Fort Fleur d'Épée raconte la guerre et la défense coloniale du XVIIIe siècle. Le phare de l'îlet du Gosier raconte la navigation et la sécurité maritime du XIXe et du XXe. La Pointe des Salines raconte le travail du sel et la mémoire de la liberté. Les églises de Sainte-Anne et Saint-François racontent la reconstruction du XXe siècle après les cyclones. Quatre époques, quatre fonctions, une même côte.
C'est cette épaisseur qui distingue la Riviera d'une simple destination balnéaire. Le patrimoine du levant n'est pas un décor; c'est la trace concrète de tout ce que la côte a traversé. Pour le résident, en faire le tour, c'est se réapproprier un territoire qu'on croit connaître. Du fort au phare, des Salines aux églises, ces monuments tiennent ensemble la mémoire de trois communes qui partagent bien plus que leurs plages.
Et tout cela se relie facilement. En suivant la côte du Gosier vers Saint-François, on enchaîne Fort Fleur d'Épée, la silhouette du phare sur son îlet, les églises Art déco des bourgs et la Pointe des Salines, sans jamais s'éloigner du littoral. Une seule sortie suffit pour saisir la cohérence de ce patrimoine, et pour comprendre que les monuments du levant ne sont pas des curiosités isolées, mais les chapitres d'un même récit. La défense d'hier, la navigation, le travail du sel, la reconstruction : autant de façons dont les hommes ont marqué cette côte de leur empreinte. La prochaine fois que vous longerez la baie ou que vous traverserez Sainte-Anne, regardez les pierres autrement. Elles ont beaucoup à raconter, à qui veut bien s'arrêter.
L'essentiel
| Repère | Détail |
|---|---|
| Fort Fleur d'Épée | Le Gosier, bastion XVIIIe d'inspiration Vauban, souterrains visitables, classé |
| Phare de l'îlet | Îlet du Gosier, 3e phare du site, en service, automatisé, panneaux solaires |
| Pointe des Salines | Marais salants, mémoire du sel et de l'abolition de 1794, sentier littoral |
| Église de Sainte-Anne | Reconstruction Ali Tur années 1930, façade Art déco, claustras colorés |
| Église de Saint-François | Église Saint-François-d'Assise, clocher et sacristie d'Ali Tur, vieux bourg |
| Fil rouge | Quatre époques de la côte : défense, navigation, travail, reconstruction |
Questions fréquentes
Quel est le monument à ne pas manquer sur la Riviera ?
Fort Fleur d'Épée, au Gosier, est le monument phare de la côte. Ce bastion du XVIIIe siècle, classé monument historique, se visite librement, souterrains compris, et offre un panorama exceptionnel sur la baie. C'est le point de départ idéal pour comprendre le patrimoine du levant.
Peut-on entrer dans les souterrains de Fort Fleur d'Épée ?
Oui. Le fort possède un réseau de galeries souterraines voûtées, ainsi qu'une poudrière et un four à pain, ouverts à la visite. Ces passages relient les différentes parties de l'ouvrage et témoignent de l'ingéniosité défensive de l'époque.
Le phare de l'îlet du Gosier se visite-t-il ?
L'intérieur du phare ne se visite pas : il est automatisé et sans gardien depuis des décennies. Sa silhouette reste cependant un monument à part entière de la baie du Gosier, et l'îlet se rejoint en navette ou en kayak depuis la plage.
Pourquoi les églises de Sainte-Anne et Saint-François se ressemblent-elles ?
Parce qu'elles ont été reconstruites dans les années 1930 par le même architecte, Ali Tur, après le cyclone de 1928. Toutes deux en béton armé, elles partagent ce style Art déco caractéristique de la reconstruction guadeloupéenne de l'époque.
Qu'a de particulier la Pointe des Salines ?
C'est un site naturel et historique à l'extrémité sud-est de la Grande-Terre. Son nom vient de la récolte du sel marin, et la côte sud est associée à l'annonce de l'abolition de l'esclavage de 1794. Un sentier littoral permet de la longer entre lagune et océan.
Peut-on relier ces monuments en une seule sortie ?
Oui. En suivant la côte du Gosier vers Saint-François, on enchaîne Fort Fleur d'Épée, la vue sur le phare de l'îlet, les églises des bourgs et la Pointe des Salines. Une journée suffit pour un premier tour, deux pour prendre son temps.





