À l’entrée du bourg de Sainte-Anne se dresse une œuvre qui interpelle chaque jour les passants : le Mémorial du Nèg Mawon. Inauguré en 2002, il rend hommage à celles et ceux qui, au temps de l’esclavage, choisirent la fuite et la résistance au péril de leur vie. Bien plus qu’une statue, c’est un lieu de mémoire et de transmission, qui invite au recueillement et à la connaissance d’un pan essentiel de l’histoire de la Guadeloupe.
Le Mémorial du Nèg Mawon : hommage au marronnage

Un hommage à la résistance
Le Mémorial du Nèg Mawon a été érigé à l’initiative de la municipalité de Sainte-Anne et du comité 94, le comité guadeloupéen pour la commémoration des abolitions de l’esclavage. Il a été inauguré en 2002, à l’occasion du bicentenaire des événements de 1802, qui virent des Guadeloupéens se soulever contre le rétablissement de l’esclavage. L’œuvre, conçue et réalisée par le sculpteur guadeloupéen Jocelyn Pezeron avec la collaboration des jeunes de la commune, rend hommage aux « Nègs Mawons », ces esclaves qui refusaient de se soumettre au système esclavagiste, au risque de leur vie. Le terme de « nègre marron » désignait les esclaves qui s’évadaient des plantations pour fuir leur condition et tenter de vivre libres, souvent dans des régions reculées et difficiles d’accès. Ce choix de la fuite était un acte de courage et de résistance, lourd de conséquences. Le marronnage, individuel ou collectif, représentait l’une des formes les plus fortes du refus de l’asservissement. En plaçant cette figure au cœur du mémorial, l’œuvre célèbre non pas la souffrance subie, mais la dignité et la volonté de liberté de ces femmes et de ces hommes, devenus le symbole d’une résistance qui a traversé les siècles et nourri la mémoire collective guadeloupéenne.
En pratique
| Critère | À retenir |
|---|---|
| Où | À l’entrée du bourg de Sainte-Anne, sur un rond-point |
| Type | Mémorial / lieu de mémoire de l’esclavage |
| Inauguration | 2002, bicentenaire de la révolte de 1802 |
| Auteur | Jocelyn Pezeron, sculpteur guadeloupéen |
| Accès | Libre, en extérieur; visible depuis la voie publique |
| Tarif | Gratuit |
| À proximité | Village Artisanal, bourg et plage de Sainte-Anne |
Lire l’œuvre et ses symboles
Le Mémorial du Nèg Mawon est une œuvre dense, dont chaque élément porte un sens précis. Le sculpteur a choisi de situer le contexte historique en plaçant, en arrière-plan, un pan de moulin, évocation directe des plantations sucrières où les esclaves étaient contraints au travail et à la souffrance. Autour de la figure centrale se déploient les attributs de la condition servile et de la résistance. Les chaînes et le fouet rappellent les sévices et les traitements infligés par les maîtres. La conque de lambi, dont le son portait loin, évoque le moyen de communiquer d’un morne à l’autre, tandis que les chaltonés, sortes de flambeaux, renvoient à ces déplacements nocturnes par lesquels les fugitifs cherchaient à échapper à leurs poursuivants. Le tambour, le Ka, occupe une place centrale dans cette symbolique. Il accompagnait les esclaves dans leurs chants et permettait de perpétuer la mémoire et la musique venues d’Afrique. Cette musique, le Gwoka, est aujourd’hui reconnue bien au-delà de l’archipel : elle est inscrite depuis 2014 au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO. Quant à la figure du Nèg Mawon lui-même, le sculpteur l’a représentée mutilée — une jambe, une main et les oreilles coupées —, témoignage des châtiments subis, mais le personnage demeure debout et valeureux, animé d’une volonté de fuir et de résister que rien ne semble pouvoir bri ser. Cette tension entre la souffrance et l’énergie de la révolte est au cœur du message porté par l’œuvre.
Le Code Noir et le prix de la liberté
Comprendre le Mémorial, c’est aussi connaître la réalité implacable à laquelle les Nègs Mawons s’exposaient. La vie des esclaves dans les îles françaises était régie par le Code Noir, un ensemble de textes juridiques qui réglementait notamment les châtiments infligés à ceux qui tentaient de fuir. Ces peines, d’une cruauté extrême, étaient graduées : à la première tentative de fuite, l’esclave repris pouvait être marqué au fer et amputé d’une oreille; à la deuxième, on lui tranchait le jarret pour l’empêcher de recommencer; à la troisième, il était condamné à mort. La représentation mutilée du Nèg Mawon prend, à la lumière de ces faits, toute sa signification : elle dit, sans détour, le prix que beaucoup payèrent pour avoir voulu être libres. Face à ces risques, les esclaves qui choisissaient la fuite faisaient preuve d’un courage immense. Certains s’organisaient, préparaient leur évasion, formaient des groupes; d’autres, désespérés, préféraient la mort à l’asservissement. Le marronnage n’était pas une simple évasion : c’était un acte de résistance face à un système qui niait leur humanité. En honorant ces figures, le Mémorial de Sainte-Anne rend hommage à cette quête de liberté, et rappelle que la dignité humaine ne se laisse jamais totalement réduire en esclavage. C’est un message universel, qui dépasse le cadre de la Guadeloupe et résonne partout où des hommes se sont levés contre l’oppression.
1802 : le contexte historique
Le Mémorial a été inauguré pour le bicentenaire d’un épisode majeur de l’histoire guadeloupéenne. Une première abolition de l’esclavage avait été proclamée en 1794, dans le sillage de la Révolution française. Mais en 1802, le pouvoir napoléonien décida de rétablir l’esclavage. Une expédition militaire, commandée par le général Richepance, fut envoyée en Guadeloupe pour imposer ce retour en arrière. Face à cette décision, des hommes se dressèrent, parmi lesquels Louis Delgrès et Joseph Ignace, officiers guadeloupéens de l’armée française, qui prirent la tête de la résistance armée. Le combat fut inégal et tragique. Joseph Ignace trouva la mort lors des affrontements à Baimbridge. Quant à Louis Delgrès, assiégé et refusant de se rendre, il choisit, le 28 mai 1802, de se faire exploser à Matouba avec quelque trois cents de ses compagnons, préférant la mort à la soumission. La figure de Solitude, engagée dans la lutte, demeure elle aussi un symbole puissant de cette résistance. L’esclavage ne sera définitivement aboli en Guadeloupe qu’en 1848. En évoquant ces événements, le Mémorial du Nèg Mawon s’inscrit dans une mémoire collective que la Guadeloupe entretient avec ferveur, notamment lors des commémorations annuelles de l’abolition. Il dialogue ainsi avec d’autres lieux de mémoire de l’archipel, comme le Monument à la mémoire des esclaves de Saint-François ou les Marches des Esclaves de Petit-Canal.
Un monument dans la vie de la cité
Depuis son inauguration, le Mémorial du Nèg Mawon occupe une place particulière dans le quotidien de Sainte-Anne. Installé à l’entrée du bourg, il a été déplacé et restauré en 2014, lors de l’aménagement d’un rond-point destiné à améliorer la circulation. Il continue, jour après jour, d’interpeller les nombreux conducteurs et piétons qui passent à ses côtés. Cette présence dans l’espace public, au cœur de la vie de la commune, fait du Mémorial bien plus qu’un monument que l’on visite : c’est un repère familier, un rappel permanent de l’histoire et un support de transmission entre les générations. En 2017, le Mémorial fut la cible d’un acte de vandalisme : une croix gammée et des inscriptions furent peintes sur le monument. Cet acte, profondément choquant, fut immédiatement dénoncé et condamné par la municipalité, qui y vit une insulte à la mémoire des victimes de l’esclavage comme à celles de la barbarie nazie. Les inscriptions furent effacées dès le lendemain matin, afin de respecter la mémoire collective et de rendre au lieu sa dignité. Cet épisode douloureux a rappelé, s’il en était besoin, combien ces lieux de mémoire demeurent sensibles et précieux, et combien il importe de les protéger. Certains habitants souhaitent d’ailleurs que des panneaux explicatifs viennent compléter l’œuvre, afin d’en éclairer plus largement la symbolique et l’histoire pour les visiteurs comme pour les jeunes générations.
Note pour les visiteurs de passage
Le Mémorial du Nèg Mawon se découvre librement, en extérieur, à l’entrée du bourg de Sainte-Anne, à proximité du Village Artisanal. On peut s’y arrêter le temps d’un recueillement et d’une lecture attentive de ses symboles, en gardant à l’esprit qu’il s’agit d’un lieu de mémoire à aborder avec respect. Étant situé sur un rond-point, il convient d’être prudent dans ses déplacements et de stationner en sécurité à proximité avant de l’approcher à pied. La visite peut se prolonger par la découverte du bourg de Sainte-Anne, de son marché et de son front de mer. Pour qui souhaite approfondir la connaissance de cette histoire, il est précieux de relier ce mémorial aux autres lieux de mémoire de la Guadeloupe, afin de saisir l’ampleur de la lutte contre l’esclavage et l’héritage qu’elle a laissé. Prendre quelques minutes devant cette œuvre, c’est honorer la mémoire de celles et ceux qui ont payé de leur liberté, et parfois de leur vie, leur refus de l’asservissement.
Questions fréquentes
Où se trouve le Mémorial du Nèg Mawon ?
À l’entrée du bourg de Sainte-Anne, sur un rond-point situé à proximité du Village Artisanal. Il est visible depuis la voie publique et accessible librement, en extérieur et gratuitement.
Que représente-t-il ?
Il rend hommage aux Nègs Mawons, les esclaves qui fuyaient les plantations pour échapper à l’esclavage, au risque de leur vie. C’est un lieu de mémoire dédié à la résistance et à la quête de liberté.
Qui en est l’auteur et de quand date-t-il ?
L’œuvre est du sculpteur guadeloupéen Jocelyn Pezeron, réalisée avec la collaboration des jeunes de Sainte-Anne. Le Mémorial a été inauguré en 2002, pour le bicentenaire de la révolte de 1802.
Que symbolisent les différents éléments ?
Le moulin évoque le travail forcé, les chaînes et le fouet les sévices, la conque de lambi et les chaltonés la communication et la fuite nocturne, le tambour Ka la mémoire africaine. Le Nèg Mawon, mutilé mais debout, incarne la résistance.
Quel événement le Mémorial commémore-t-il ?
La révolte de 1802 contre le rétablissement de l’esclavage décidé sous Napoléon, menée notamment par Louis Delgrès et Joseph Ignace. L’esclavage, une première fois aboli en 1794, ne le sera définitivement qu’en 1848.
Peut-on le visiter avec des enfants ?
Oui, c’est même un support de transmission précieux. Il invite à expliquer, avec les mots justes, cette page d’histoire. Le site étant sur un rond-point, veillez à la sécurité des plus jeunes à proximité de la circulation.

