Que voir La Riviera
Que voir La Riviera
Que voir La Riviera
Commençons par l'évidence, celle qu'on ne regarde plus. La grande force de la Riviera, c'est sa chaîne de lagons protégés par la barrière de corail. De la baie du Gosier jusqu'aux Salines de Saint-François, la mer y est calme, peu profonde, d'un bleu qui passe du vert d'eau au turquoise selon l'heure. À Sainte-Anne, la plage du bourg et la plage de la Caravelle déroulent ce sable blanc qui a fait la réputation de la commune. À Saint-François, l'anse des Salines, plus confidentielle, garde des allures de bout du monde avant la Pointe des Châteaux. Le récif au large casse la houle : c'est ce qui rend ces eaux si paisibles, idéales pour nager les yeux ouverts.
Ce qu'il faut voir, vraiment, c'est ce que la barrière abrite. Posez un masque et un tuba à quelques mètres du bord et vous tombez sur un autre monde : poissons-perroquets, oursins, herbiers, parfois une tortue venue brouter. Soyons honnêtes : les lagons ne sont pas un aquarium garanti, la richesse varie d'une plage à l'autre et les coraux ont souffert ces dernières années. Mais l'expérience reste à portée de tous, sans bateau ni équipement compliqué. C'est le grand luxe de la Riviera : un récif accessible à la nage.
Et puis il y a la lumière. Si vous ne deviez retenir qu'une chose de ces lagons, ce serait peut-être la manière dont ils changent de couleur au fil de la journée. Au petit matin, l'eau est laiteuse, presque immobile; à midi, le turquoise éclate sous le soleil vertical; au crépuscule, la baie vire au rose et à l'or. Pour un résident, c'est une raison suffisante de varier les heures de baignade et les plages : la plage du bourg de Sainte-Anne au lever du jour n'a rien à voir avec les Salines de Saint-François en fin d'après-midi. Cette palette mouvante, on ne la trouve nulle part ailleurs sur la côte, et c'est elle qui fait la signature visuelle du levant.
Au-dessus de la baie du Gosier, un fort veille. Fort Fleur d'Épée est sans doute le site historique le plus impressionnant de toute la Riviera, et pourtant beaucoup d'habitants n'y sont jamais montés. Édifié dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, ce bastion polygonal d'inspiration Vauban devait protéger Pointe-à-Pitre des assauts anglais. Ses murailles ont vu passer l'Histoire : en 1794, le fort fut âprement disputé entre Britanniques et troupes républicaines menées par Victor Hugues, dans une période où l'abolition de l'esclavage venait d'être proclamée et où d'anciens esclaves prirent les armes.
Aujourd'hui, le site est classé monument historique et ouvert au public. On y déambule entre les remparts, les poudrières, les galeries souterraines voûtées. Et il y a la vue : depuis l'esplanade plantée de flamboyants, le regard embrasse la baie, la marina de Bas-du-Fort, et par temps clair la silhouette de la Basse-Terre, de Marie-Galante et des Saintes. C'est gratuit, c'est à dix minutes du centre du Gosier, et ça remet les idées en place sur ce qu'est vraiment cette côte.
Ce qui frappe, quand on y monte avec un regard d'habitant, c'est l'échelle. Le bastion s'étire sur près de 150 mètres de long : ce n'est pas une simple tour de guet, mais un véritable ouvrage militaire pensé pour tenir un siège. On imagine sans peine les guetteurs scrutant l'horizon, les manœuvres dans la cour, la tension d'une époque où la baie pouvait voir surgir une flotte ennemie. Les souterrains, frais et silencieux même en plein cagnard, ajoutent à l'impression de plonger dans une autre temporalité. Emmenez-y des enfants, et le fort devient un terrain d'aventure et d'histoire en même temps. C'est exactement le genre de site dont on se prive à tort quand on habite à côté.
Face à la plage du Gosier, posé sur l'eau, un petit îlot corallien coiffé d'un phare blanc. L'îlet du Gosier est l'image-totem de la commune, celle qu'on retrouve sur toutes les photos. Une navette en fait l'aller-retour depuis le ponton plusieurs fois par jour, mais beaucoup de résidents préfèrent y aller en kayak ou en paddle, ce qui est largement faisable par mer calme.
Sur place, le décor tient ses promesses : sable blanc, eau translucide, ombre de raisiniers. Le phare, lui, ponctue l'îlet de sa verticale rassurante. À savoir avant d'y aller : l'îlet est minuscule, il se remplit vite le week-end et n'offre aucun service permanent. C'est précisément sa fragilité qui fait son charme. On y vient pour une demi-journée hors du monde, à quelques centaines de mètres du continent.
L'îlet a aussi une histoire, qu'on devine à peine sous les raisiniers. Habité depuis très longtemps, il portait au début du XIXe siècle une petite habitation, et son phare actuel n'est que le dernier d'une lignée d'ouvrages qui ont guidé les marins entrant dans la rade. Cette épaisseur historique donne du relief à ce qui ressemble, de loin, à un simple banc de sable. Le conseil du résident : privilégiez un jour de semaine, partez tôt, emportez de quoi vous protéger du soleil, et repartez en laissant l'endroit aussi propre que vous l'avez trouvé. L'îlet du Gosier est un bien commun fragile, et c'est à nous, qui vivons en face, d'en prendre soin.
Tout le monde n'a pas envie de mettre la tête sous l'eau, et tous les jours ne sont pas au beau fixe. À la marina de Bas-du-Fort, au Gosier, l'Aquarium de la Guadeloupe propose une plongée à sec dans les écosystèmes de l'archipel. Créé au milieu des années 1980, c'est l'un des équipements culturels les plus fréquentés de l'île. Une cinquantaine de bassins reconstituent le récif corallien, la mangrove, les fonds sableux et les abysses, avec les poissons, les invertébrés et les coraux qui les peuplent.
C'est une visite qui parle aux familles et qui éclaire, mine de rien, tout le reste de la Riviera : on comprend mieux ce qu'on a sous les yeux en allant nager dans les lagons. L'aquarium participe aussi au sauvetage des tortues marines, un volet qui touche directement au patrimoine vivant de la côte. Voilà un site à voir quand le ciel boude, ou simplement pour donner du sens à la mer qu'on côtoie.
La Riviera ne se résume pas à ses plages : ses trois bourgs ont une vraie matière à voir, pour qui prend le temps de lever les yeux. À Sainte-Anne, l'église paroissiale, reconstruite dans les années 1930 par l'architecte Ali Tur après le cyclone de 1928, dresse sur la place sa façade Art déco en béton, avec ses claustras de verre coloré qui filtrent la lumière. À Saint-François, une église du même registre, également marquée par Ali Tur, ancre le vieux bourg face au port de pêche.
Ce patrimoine bâti raconte la reconstruction de la Guadeloupe au XXe siècle, sa manière de réinventer une architecture après les cyclones. Et tout autour, les bourgs eux-mêmes valent la flânerie : le front de mer animé de Sainte-Anne et son marché coloré, le port et la marina de Saint-François, les ruelles du Gosier. C'est là que bat le cœur de la côte, entre kassav grillé, lolos et terrasses face au couchant.
À Sainte-Anne, prenez le temps d'entrer dans l'église : ses claustras de verre coloré filtrent une lumière qui surprend toujours, et sa façade ornée d'une sculpture de sainte Anne et de l'enfant mérite mieux qu'un coup d'œil pressé. À Saint-François, le contraste fait tout le sel du lieu : d'un côté la marina élégante et ses voiliers, de l'autre le port de pêche où l'on vend la prise du jour, et au milieu une église ancienne qui rappelle que la commune ne date pas du tourisme. Quant au Gosier, c'est la commune de la vie nocturne du levant, mais c'est aussi, le matin, un bourg de pêcheurs et de marché. Voir la Riviera, c'est aussi voir ces bourgs vivants, pas seulement leurs plages.
Pour qui veut voir au-delà du décor de plage, Saint-François réserve un lieu à part : Kreol West Indies, vaste espace muséal et galerie d'art dédié au patrimoine créole. On y traverse les époques, des civilisations précolombiennes au XXe siècle, à travers une collection d'objets parmi les plus importantes de son genre, et on y découvre des œuvres de peintres caribéens, locaux et haïtiens. C'est, sur la Riviera, le grand rendez-vous avec la mémoire et la création antillaises.
Plus loin, vers Sainte-Anne et Saint-François, la Pointe des Salines et ses marais salants rappellent une autre histoire de la côte : celle du sel récolté, des lagunes vivantes, et même de l'abolition, dont l'annonce toucha ces rivages en 1794. La Riviera n'est pas qu'une vitrine ensoleillée; c'est un territoire chargé, qui mêle nature, histoire et art créole. C'est tout cela qu'il faut voir.
La beauté de la Riviera, c'est qu'on peut en voir l'essentiel sans rouler des heures. Imaginez une journée type : on commence au Gosier par la montée à Fort Fleur d'Épée, au frais du matin, pour embrasser la baie d'un seul regard. On redescend longer la plage et, par mer calme, on pousse jusqu'à l'îlet et son phare. À l'heure du déjeuner, cap sur Sainte-Anne, son marché, son front de mer et son église Art déco. L'après-midi, on file vers Saint-François, on traverse Kreol West Indies pour la mémoire créole, puis on termine à la Pointe des Salines, face au couchant, là où la côte s'efface vers la Pointe des Châteaux.
En une journée, on aura relié les trois communes, vu un fort, un phare, un musée, des lagons, des marais et deux bourgs. C'est ça, la force du levant : une concentration rare de choses à voir sur quelques kilomètres de côte. Pour le résident, c'est une invitation permanente à ne pas se contenter de sa plage habituelle, mais à parcourir l'ensemble, à recoller les morceaux d'un territoire qu'on traverse trop souvent sans le regarder. La Riviera se mérite par les yeux ouverts. Tout ce qu'il faut voir est là, à portée de route.
| Repère | Détail |
|---|---|
| Territoire | Riviera du Levant : Le Gosier, Sainte-Anne, Saint-François (côte sud-est, Grande-Terre) |
| Signature | Chaîne de lagons turquoise protégés par la barrière de corail, sable blanc |
| Site fort | Fort Fleur d'Épée (Le Gosier), bastion XVIIIe classé, panorama sur la baie |
| Icône | Îlet du Gosier et son phare, navette ou kayak depuis la plage |
| Sans se mouiller | Aquarium de la Guadeloupe, marina de Bas-du-Fort, Le Gosier |
| Culture | Kreol West Indies (Saint-François), patrimoine créole et art antillais |
| Bourgs | Églises Art déco d'Ali Tur à Sainte-Anne et Saint-François, fronts de mer |
Le plus simple est de monter à Fort Fleur d'Épée au Gosier : la vue panoramique sur toute la baie donne d'un coup la mesure de la côte et de ses trois communes. C'est gratuit, rapide, et ça change le regard avant d'aller explorer plage par plage.
Non, c'est tout l'intérêt. La barrière de corail rend les eaux calmes et peu profondes le long de la côte. Un simple masque et un tuba depuis le bord, à Sainte-Anne ou Saint-François, suffisent pour découvrir poissons et fonds marins.
Une navette en bateau part régulièrement du ponton de la plage du Gosier dans la journée. Par mer calme, beaucoup y vont aussi en kayak ou en paddle. L'îlet est petit et sans services, prévoyez eau et ombre, et évitez les grosses affluences du week-end.
L'Aquarium de la Guadeloupe, à la marina de Bas-du-Fort au Gosier, est idéal : on y découvre le récif, la mangrove et les fonds marins à l'abri. C'est aussi une bonne mise en bouche avant d'aller nager dans les vrais lagons.
Oui. Les églises de Sainte-Anne et de Saint-François, reconstruites dans les années 1930 par l'architecte Ali Tur, valent le coup d'œil pour leur architecture Art déco en béton. Et les fronts de mer, marchés et ports animent agréablement la visite.
Les paysages, oui, sans réserve. Pour la vie sous-marine, il faut être honnête : la richesse varie selon les plages et les coraux ont souffert ces dernières années. On voit tout de même facilement des poissons depuis le bord, et l'expérience reste très accessible.