Que voir Grand Sud Caraïbes

Que voir Grand Sud Caraïbes

Que voir Grand Sud Caraïbes

Le volcan, point de départ de tout

Tout commence à Saint-Claude. C'est par là qu'on monte vers la Soufrière, ce volcan actif de 1 467 mètres, le plus haut sommet des Petites Antilles, qui attire chaque année plus de cent mille personnes vers son sommet minéral aux allures lunaires. La route forestière de Bains-Jaunes, étroite et grimpante, traverse l'une des plus belles forêts de l'archipel avant de vous lâcher au pied du géant. C'est une montagne qui fume, qui gronde parfois, qui sent le soufre, et qui rappelle à chacun que cette île est née du feu. Le volcan appartient au Parc national de la Guadeloupe, classé réserve de biosphère, et il commande tout le reste : c'est lui qui donne aux pierres leur couleur sombre, à la terre sa fertilité, aux rivières leur fougue.

De ce massif descendent les eaux qui font la richesse du Grand Sud. Les chutes du Carbet, joyaux naturels de la Basse-Terre, plongent dans la forêt tropicale dense, sur le versant de Capesterre-Belle-Eau. Partout, des bassins, des cascades, des sources chaudes où l'eau jaillit déjà tiède du sol. C'est une nature qui ne se contemple pas seulement : elle se marche, elle se baigne, elle se vit. Pour le résident, le volcan n'est pas une carte postale : c'est le fond de décor permanent, celui qu'on finit par ne plus voir et qu'il faut réapprendre à regarder.

Cette présence du volcan déborde largement Saint-Claude. Elle marque Gourbeyre, accrochée à ses contreforts, dont les hauteurs offrent l'une des plus belles vues sur la rade de Basse-Terre et l'archipel des Saintes. Elle marque Baillif, sur la côte, et Vieux-Habitants, dont les vallées doivent au volcan leur sol noir et fertile. Le sud de la Basse-Terre forme ainsi un seul système : la montagne au centre, les rivières qui en descendent comme les rayons d'une roue, les bourgs posés sur la côte ou dans les vallées. Comprendre le Grand Sud, c'est d'abord comprendre cette géographie du feu et de l'eau, qui relie toutes les communes entre elles.

La Réserve Cousteau, la nature passe sous la mer

Le Grand Sud ne s'arrête pas au rivage : il continue sous l'eau. À Bouillante, face à la plage de Malendure, la Réserve Cousteau protège près de 400 hectares de fonds marins autour des îlets Pigeon. C'est l'un des plus beaux spots de plongée des Caraïbes, et l'un des plus accessibles : la beauté des fonds y est admirable dès le premier mètre de profondeur. Coraux, poissons, tortues, on n'a pas besoin d'être plongeur confirmé pour en prendre plein les yeux; un masque et un tuba suffisent.

Bouillante porte bien son nom : la commune est aussi le pays des sources chaudes, où la chaleur volcanique remonte jusqu'à la surface et alimente même une centrale géothermique, unique en France. Ici, le feu du volcan et la fraîcheur de la mer se touchent presque. Pour qui vit dans le sud, la Réserve Cousteau est la preuve que le territoire se prolonge sous les vagues, et que la mer des Caraïbes, du côté ouest, est aussi un patrimoine à protéger.

Cette côte ouest, dite côte sous-le-vent, a son caractère propre. Plus calme, plus abritée que la façade atlantique, elle déroule des plages de sable noir volcanique, des criques discrètes, des villages de pêcheurs où la vie suit encore le rythme de la mer. De Baillif à Bouillante, en remontant la côte, on longe un littoral où la montagne tombe presque dans l'eau. C'est l'un des visages les plus authentiques du Grand Sud, loin des grandes plages dorées du nord de l'île, et c'est précisément ce qui en fait le prix pour celles et ceux qui vivent ici.

Les Roches gravées, mille ans d'histoire amérindienne

Avant la canne, avant le café, avant les colons, il y avait les Amérindiens. À Trois-Rivières, le Parc archéologique des Roches Gravées garde la mémoire des premiers habitants de l'île. Sur vingt-deux roches, plus de deux cents pétroglyphes ont été tracés entre 300 et 800 après Jésus-Christ par les peuples arawak puis kalinago. Ces gravures représentent vraisemblablement des ancêtres, des personnages mythiques, des êtres surnaturels : elles inscrivent dans la pierre une pensée symbolique, dans des lieux privilégiés de communication avec les esprits qui régissaient l'ordre du monde.

Classé au titre des monuments historiques dès 1974, le parc est l'un des plus beaux sites d'art rupestre des Antilles. La visite se fait dans un jardin où poussent les plantes qui faisaient partie de la vie amérindienne : calebassier, cacao, roucou, manioc, châtaigne péyi. C'est un lieu rare, et un rappel salutaire : l'histoire de la Guadeloupe ne commence pas avec la colonisation. Elle commence ici, dans ces pierres, mille ans plus tôt. Pour un habitant du sud, c'est une racine à connaître.

Le patrimoine sucrier et caféier, dans les vallées

Le relief du Grand Sud a façonné une agriculture d'altitude. Dans les vallées humides de Vieux-Habitants, le café a fait la fortune des habitations. La plus célèbre, La Grivelière, est nichée au cœur du Parc national : ancienne « Caféière Saint-Joseph » des Frères Jacobins en 1761, devenue La Grivelière en 1843, classée Monument Historique en 1987. C'est l'une des dernières habitations caféières complètes des Antilles, avec sa grande maison, ses bâtiments agricoles, son jardin créole, ses procédés de séchage et de transformation du café conservés.

Mais derrière la beauté du site, il y a une mémoire lourde. Ces habitations furent des lieux d'esclavage. Le café, le cacao, la canne qui faisaient la richesse de ces vallées étaient cultivés par des hommes et des femmes réduits en servitude, arrachés à l'Afrique. Visiter La Grivelière, c'est marcher dans un décor magnifique sans jamais oublier ce qu'il a coûté. Le sud de la Basse-Terre garde partout ces traces : moulins, vestiges, terres qui ont bu le travail forcé. C'est un patrimoine qu'on regarde les yeux ouverts.

Basse-Terre, l'ancienne capitale chargée d'histoire

Au pied du volcan, Basse-Terre fut longtemps la capitale de la Guadeloupe, et elle en garde l'allure. C'est une ville d'histoire, classée Ville d'art et d'histoire, où chaque rue raconte quelque chose. Le Fort Delgrès, ancien Fort Saint-Charles, domine la cité : né d'une maison fortifiée en 1650, agrandi au fil des siècles, classé monument historique en 1977. Il fut rebaptisé en 1989 en hommage à Louis Delgrès, héros de la lutte contre le rétablissement de l'esclavage, qui s'y battit et préféra la mort à la chaîne en 1802.

La cathédrale Notre-Dame de Guadeloupe, ancienne église Saint-François, dresse sa façade baroque de « style jésuite » en pierres de taille volcaniques, érigée au XVIIIe siècle. La ville s'est développée autour d'elle, depuis le quartier du Carmel jusqu'au quartier Saint-François, de part et d'autre de la Rivière aux Herbes. On y trouve aussi le Couvent des Dominicaines, la Maison du Patrimoine, des rues coloniales bordées de maisons à étage en pierre volcanique. Pour le résident, Basse-Terre n'est pas une ville musée : c'est une capitale vivante, qui porte sur ses murs la mémoire de toute l'île.

La pointe sud et le phare, là où les mers se séparent

À l'extrême sud de la Basse-Terre, la commune de Vieux-Fort marque la fin des terres. Là, sur sa pointe rocheuse, se dresse le phare de Vieux-Fort, gardien du partage des eaux : c'est ici que la mer des Caraïbes et l'océan Atlantique se rencontrent et se séparent. La tour de maçonnerie, haute de vingt mètres, en tronc de cône pour résister aux vagues et au vent, fut construite en 1953 et inaugurée en 1955. Son nom vient de l'ancien fort, le « Fort Royal » bâti par les colons français vers 1635-1640, dont il ne reste que des ruines.

Le panorama, depuis la pointe, embrasse les Saintes, la Dominique au loin, et l'immense bleu où deux mers se mêlent. C'est un point de vue qui dit tout du territoire : un sud tourné vers la mer, ouvert sur l'arc caraïbe, posé à la limite des mondes. Avant l'arrivée des Français, ce mouillage était déjà convoité par les flottes espagnoles. La géographie a toujours fait du Grand Sud un carrefour.

Capesterre-Belle-Eau, l'allée royale et les saveurs

Vers l'est, sur le versant atlantique, Capesterre-Belle-Eau ferme la boucle du Grand Sud. C'est la commune de l'Allée Dumanoir, cette avenue majestueuse de 1 200 mètres bordée de plus de quatre cents palmiers royaux, plantée vers 1850 par la famille Pinel-Dumanoir. Replantée après les cyclones, déviée de la circulation en 2008 pour devenir un espace de promenade, elle est l'un des paysages les plus photographiés de l'île, un patrimoine à la fois historique et naturel.

Capesterre, c'est aussi le temple hindou de Changy, le plus grand de Guadeloupe, témoignage de l'engagisme indien après l'abolition; c'est la Maison de la kassaverie à l'îlet Pérou, où l'on fabrique encore la kassav à la mode traditionnelle, du manioc râpé jusqu'à la galette cuite sur la platine; ce sont les bananeraies à perte de vue. Ici, le patrimoine n'est pas que dans les pierres : il est dans les gestes, les recettes, les croyances apportées par toutes les vagues de population qui ont fait la Guadeloupe.

Et c'est bien là le fil qui relie tout le Grand Sud Caraïbes. D'une commune à l'autre, on passe du volcan amérindien aux habitations de l'esclavage, des forts coloniaux aux temples de l'engagisme indien, des musées du café aux kassaveries héritées des premiers habitants. Chaque site, pris isolément, est déjà fort; mais c'est leur ensemble qui dit la vérité du territoire. Le sud de la Basse-Terre est une mémoire à ciel ouvert, faite de toutes les populations qui s'y sont succédé et croisées, dans la beauté comme dans la douleur. Le voir en grand, commune par commune, c'est se réapproprier cette histoire et la transmettre. Pour le résident, ce n'est pas du tourisme : c'est connaître la terre sous ses pieds.

L'essentiel

RepèreDétail
Cœur du territoireVolcan de la Soufrière (Saint-Claude), 1 467 m, plus haut des Petites Antilles
Sous la merRéserve Cousteau, îlets Pigeon, face à Malendure (Bouillante)
Mémoire amérindienneParc archéologique des Roches Gravées (Trois-Rivières), 230 pétroglyphes
Patrimoine caféierHabitation La Grivelière (Vieux-Habitants), classée 1987
Capitale historiqueBasse-Terre : Fort Delgrès, cathédrale, Ville d'art et d'histoire
Pointe sudPhare de Vieux-Fort, partage Caraïbes-Atlantique
Versant estAllée Dumanoir, temple de Changy, kassaverie (Capesterre-Belle-Eau)

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le Grand Sud Caraïbes exactement ?

C'est le sud de la Basse-Terre, qui rassemble Basse-Terre, Saint-Claude, Gourbeyre, Trois-Rivières, Vieux-Fort, Baillif, Vieux-Habitants, Bouillante et Capesterre-Belle-Eau. Un territoire structuré par le volcan de la Soufrière et tourné vers la mer des Caraïbes à l'ouest comme vers l'Atlantique à l'est.

Par où commencer la découverte du sud quand on y vit ?

Le volcan de la Soufrière est le point de départ naturel : il commande tout le paysage. De là, on rayonne vers les Roches gravées de Trois-Rivières, le café de Vieux-Habitants, la Réserve Cousteau à Bouillante et la vieille ville de Basse-Terre, selon l'envie du jour.

Faut-il être sportif pour profiter du Grand Sud ?

Pas du tout. Si la Soufrière demande de marcher, beaucoup de sites sont accessibles à tous : l'Allée Dumanoir se parcourt à pied tranquillement, le phare de Vieux-Fort se rejoint en voiture, les musées du café et de la banane se visitent calmement, et la Réserve Cousteau se découvre dès la surface avec un simple masque.

Pourquoi parle-t-on autant d'esclavage dans ce territoire ?

Parce que le sud de la Basse-Terre fut un cœur de l'économie de plantation. Les habitations caféières et sucrières reposaient sur le travail forcé d'hommes et de femmes réduits en esclavage. Le Fort Delgrès rappelle la résistance de 1802. Connaître ces lieux, c'est honorer cette mémoire.

Quelle est la part amérindienne dans le patrimoine du sud ?

Elle est essentielle et trop souvent oubliée. Les Roches gravées de Trois-Rivières témoignent d'une présence amérindienne mille ans avant la colonisation, avec plus de deux cents pétroglyphes. C'est la plus ancienne strate de l'histoire guadeloupéenne visible sur le territoire.

Peut-on tout voir en une journée ?

Non, et c'est tant mieux. Le Grand Sud se savoure sur plusieurs sorties : une journée volcan et chutes, une journée mer et plongée à Bouillante, une journée patrimoine à Basse-Terre, une journée saveurs et culture à Capesterre. Le territoire est riche : il invite à revenir.