À une vingtaine de minutes de bateau du sud de Basse-Terre, l'archipel des Saintes tient une promesse rare : une baie classée parmi les plus belles du monde, des villages de pêcheurs aux toits rouges, une eau turquoise et une identité créole sans équivalent dans la Caraïbe. Neuf îles et îlots, dont deux habitées — Terre-de-Haut, vivante et carte postale, et Terre-de-Bas, sauvage et confidentielle.

Les Saintes ne ressemblent à aucune autre île de Guadeloupe : ici, on n'a jamais vécu de la canne à sucre mais de la mer, et cela se sent dans le paysage, la cuisine et les visages. C'est une excursion à la journée pour beaucoup, mais celles et ceux qui y dorment découvrent une autre île, une fois les vedettes reparties.

Les Saintes en chiffres

Avant d'entrer dans le détail, quelques repères situent ce petit archipel à part, à la fois minuscule par la taille et immense par la réputation de sa baie.

DonnéeValeur
CompositionArchipel de 9 îles et îlots, 2 habitées : Terre-de-Haut et Terre-de-Bas
Superficie≈ 12,8 km² (Terre-de-Haut ≈ 6 km², Terre-de-Bas ≈ 6,8 km²)
Population≈ 2 600 habitants (Terre-de-Haut ≈ 1 530 ; Terre-de-Bas ≈ 1 050)
Point culminantMorne du Chameau (Terre-de-Haut), 309 m
BaieClassée parmi les plus belles baies du monde
Distance≈ 10 km au sud de Basse-Terre (canal des Saintes)
Accès le plus courtFerry depuis Trois-Rivières, 20 à 25 min
SpécificitéSeules îles des Petites Antilles françaises à n'avoir pas vécu de la canne

Particularité climatique : les Saintes sont arides — peu de pluie, pas de sources — ce qui leur vaut parfois le surnom de « désert des Caraïbes ». Cette sécheresse explique l'absence de plantations sucrières et l'orientation, dès l'origine, vers la pêche.

Lire la carte en cinq minutes

L'archipel s'organise autour de sa baie, vaste plan d'eau abrité que dominent les mornes des deux îles principales.

Terre-de-Haut (« terre au vent », la plus orientale) est le cœur touristique. Tout y tient à pied ou en navette : le bourg de Fond-du-Curé et son front de mer, le Fort Napoléon sur les hauteurs au nord, la presqu'île du Pain de Sucre à l'ouest, la plage de Pompierre à l'est, et le morne du Chameau (309 m) qui culmine au sud. Au large du bourg, l'îlet à Cabrit ferme la baie et abrite les ruines du Fort Joséphine. La circulation automobile y est réglementée : on se déplace en scooter, en voiturette électrique ou à pied, et les cabris (chèvres) déambulent en liberté.

Terre-de-Bas (« terre sous le vent ») est plus grande, plus verte et bien plus tranquille. Son chef-lieu, Petite-Anse, et le hameau de Grande-Anse concentrent la vie locale. On y vient pour l'authenticité, les sentiers et l'artisanat, pas pour l'animation. Une navette relie les deux îles.

Pour s'orienter : Terre-de-Haut pour les incontournables et l'ambiance, Terre-de-Bas pour le hors-des-sentiers. Une journée suffit pour l'essentiel de Terre-de-Haut ; deux jours permettent d'ajouter Terre-de-Bas et de profiter de l'île au calme.

Un peu d'histoire, pour comprendre le lieu

Christophe Colomb aperçoit l'archipel en novembre 1493, le jour de la Toussaint, et le baptise « Los Santos » — les Saints. L'établissement colonial date de 1648. Faute de terres et d'eau pour la canne, les Saintois se tournent vers la pêche : à Terre-de-Haut, une partie de la population descend de pêcheurs venus de Bretagne et de Normandie, ce qui donne à l'île une physionomie et une culture singulières au sein des Antilles.

L'archipel a aussi une place dans la grande histoire. Sa position stratégique en a fait le théâtre de combats navals franco-anglais, dont le plus célèbre est la bataille des Saintes (avril 1782), surnommée le « Trafalgar antillais ». La flotte française du comte de Grasse y est défaite par celle de l'amiral Rodney ; un an plus tard, le traité de Versailles (1783) reconnaît l'indépendance des États-Unis. Les forts qui couronnent les mornes (Fort Napoléon, Fort Joséphine) sont les témoins de ce passé militaire.

De cette histoire maritime, les Saintes ont gardé un patrimoine vivant : le salako, chapeau plat caractéristique bordé de madras encore fabriqué localement, et une cuisine tournée vers la mer dont l'emblème sucré est le « tourment d'amour », tartelette à la noix de coco vendue sur le port.

Les incontournables

Pour une première visite, cinq expériences résument l'archipel.

  • L'arrivée en bateau dans la baie des Saintes — le coup d'œil qui justifie à lui seul la traversée.
  • Le Fort Napoléon et son musée, pour la vue à 360° et l'histoire de l'île.
  • La plage de Pompierre, l'une des plus belles de Guadeloupe, en croissant bordé de cocotiers.
  • Le Pain de Sucre, presqu'île emblématique et l'un des meilleurs spots de snorkeling.
  • Une pause au bourg de Terre-de-Haut : ruelles colorées, tourment d'amour, ambiance de village de pêcheurs.

Ces cinq points tiennent dans une journée bien remplie ; les étaler sur deux jours, avec une nuit sur place, change tout.

Que voir : patrimoine et paysages

Le Fort Napoléon

Bâti au XIXᵉ siècle sur les hauteurs de Terre-de-Haut, le Fort Napoléon n'a jamais servi à combattre : il abrite aujourd'hui un musée (histoire de l'archipel, bataille des Saintes, traditions saintoises) et un jardin de cactus et plantes grasses adapté à l'aridité de l'île. Depuis ses remparts, le panorama embrasse toute la baie, l'îlet à Cabrit et Terre-de-Bas. Il est généralement ouvert le matin.

L'îlet à Cabrit et le Fort Joséphine

Au milieu de la baie, l'îlet à Cabrit se rejoint en kayak ou en navette. On y grimpe jusqu'aux ruines du Fort Joséphine pour la vue, et ses fonds offrent un beau spot de plongée et de mouillage.

Le Pain de Sucre

Cette presqu'île arrondie, mini-réplique de celle de Rio, ferme la baie à l'ouest. En contrebas, une petite plage abritée donne accès à des fonds coralliens parmi les plus riches de l'île : c'est le rendez-vous du snorkeling.

Le morne du Chameau

Point culminant de l'archipel (309 m), il se gravit par un sentier exigeant mais court, récompensé par une vue complète sur les Saintes et, par temps clair, sur Basse-Terre, Marie-Galante et la Dominique.

Le bourg et les cases créoles

À Terre-de-Haut, flâner est une activité à part entière : cases de bois aux couleurs vives coiffées de tôles rouges, ruelles où se croisent influences caribéennes et européennes, front de mer animé par les retours de pêche.

Terre-de-Bas, l'autre versant

Plus sauvage, Terre-de-Bas se découvre à pied : l'église de Petite-Anse, les ateliers d'artisanat et de poterie, les sentiers vers les anses. Sa Grande Anse est la seule plage de sable de l'île, au pied d'une montagne verdoyante. La baignade y est souvent déconseillée, voire interdite, en raison de forts courants : renseignez-vous sur place.

Que faire : plages, mer et art de vivre

Les plages de Terre-de-Haut

  • Pompierre : longue plage en croissant, sable doré, cocotiers, eau généralement calme — la plus emblématique, idéale en famille.
  • Plage du Pain de Sucre : petite, abritée, parfaite pour le snorkeling.
  • Anse Crawen : crique tranquille au sud-ouest, prisée pour le calme (fréquentation naturiste).
  • Baie de Marigot et anses du bourg : baignades faciles à deux pas du village.

Activités nautiques

La baie se prête au kayak, au paddle, à la plongée et au snorkeling (Pain de Sucre, îlet à Cabrit). Plusieurs clubs et loueurs opèrent depuis le bourg de Terre-de-Haut. Mieux vaut réserver en haute saison et vérifier les conditions de mer.

Randonnée et découverte

Le morne du Chameau (Terre-de-Haut) et les sentiers de Terre-de-Bas offrent de belles marches panoramiques. Louer un scooter ou une voiturette à Terre-de-Haut permet de relier facilement bourg, Pompierre, Pain de Sucre et les points de vue.

Saveurs et souvenirs

Sur le port, le tourment d'amour (tartelette coco) est l'en-cas signature. Côté table, place au poisson et aux fruits de mer, souvent avec vue sur la baie. À rapporter : un salako, le chapeau traditionnel encore fabriqué sur place.

Infos pratiques

Voici les repères d'accès et de séjour pour organiser votre venue, sachant que les rotations de ferry varient selon la saison et la météo.

SujetDétail
Ferry le plus courtTrois-Rivières → Terre-de-Haut, 20 à 25 min (opérateurs CTM Deher, Karu'Ferry, Val'Ferry, navette Béatrix)
Depuis Pointe-à-PitreGare maritime de Bergevin, 50 min à 1 h 15, rotations moins fréquentes
Depuis Saint-FrançoisLiaisons possibles depuis le port local, moins de monde
Tarif indicatifÀ partir d'environ 25 € l'aller-retour piéton, réservé à l'avance
Terre-de-Haut ↔ Terre-de-BasNavette inter-îles
Se déplacerTerre-de-Haut : scooter, voiturette électrique, vélo ou à pied (voiture réglementée)
Durée conseillée1 jour pour l'essentiel de Terre-de-Haut ; 2 jours avec une nuit pour profiter pleinement
Période idéaleSaison sèche (décembre à avril), mer plus maniable

Bon à savoir : Trois-Rivières est le port le plus proche et le plus régulier — privilégiez un départ matinal (le parking se remplit vite et la traversée est plus calme). Pensez à réserver le retour, surtout hors haute saison, où les rotations se raréfient.

Pour qui — et pour qui pas

Les Saintes sont faites pour vous si vous aimez les beaux paysages marins, le snorkeling, les villages authentiques, l'histoire et une certaine douceur de vivre — et si vous acceptez le rythme des ferries. Terre-de-Bas séduira en plus les amateurs de tranquillité absolue.

Elles le sont moins si vous cherchez de grands complexes hôteliers, une vie nocturne intense, de longues plages désertes à perte de vue (l'archipel est petit) ou un accès en voiture sans contrainte sur Terre-de-Haut.

Le bon plan

Prenez le premier ferry depuis Trois-Rivières, montez au Fort Napoléon le matin (avant la chaleur et pour la lumière sur la baie), déjeunez au bourg, puis consacrez l'après-midi à Pompierre et au Pain de Sucre. Si vous le pouvez, dormez une nuit : quand les vedettes du jour repartent vers 16 h, Terre-de-Haut retrouve son âme de village et les couchers de soleil sur la baie valent le détour.

L'erreur à éviter

Tout vouloir caser dans une demi-journée d'excursion. Entre la traversée, la montée au fort et les plages, le temps file ; beaucoup repartent en ayant « vu » les Saintes sans les avoir vécues. Une journée pleine est un minimum, deux jours l'idéal.