À l’entrée du port de Terre-de-Bas, discrètement postée au-dessus de l’Anse des Mûriers, la batterie du Fer-à-Cheval veille encore sur la baie. Longtemps oubliée sous la végétation, cette ancienne fortification a retrouvé une seconde vie depuis sa restauration en 2019. Elle raconte un pan méconnu de l’histoire des Saintes : celui des guerres franco-anglaises, des canons tournés vers la mer et d’une île que l’on dut défendre. Cette page vous emmène sur ses traces et, plus largement, à la découverte des vestiges qui jalonnent Terre-de-Bas — témoins d’un passé militaire, sucrier et agricole d’une richesse insoupçonnée.
La Batterie du Fer-à-Cheval et les vestiges de Terre-de-Bas

La batterie du Fer-à-Cheval
La batterie militaire du Fer-à-Cheval se dresse à la pointe est de l’Anse des Mûriers, le port historique de Terre-de-Bas, là où accostent aujourd’hui les navettes venues de Terre-de-Haut et de la Guadeloupe. Monument historique longtemps laissé à l’abandon, enfoui sous une abondante végétation, ce site a été restauré avec l’appui du Conservatoire du littoral et inauguré en 2019. Il offre désormais aux visiteurs un témoignage rare du passé défensif de l’archipel. Construite au XVIIIe siècle, la batterie appartenait à la ligne de défense qui protégeait les Saintes des incursions britanniques. Tournée vers la mer, elle permettait de surveiller l’arrivée des ennemis, principalement les Anglais venus de la Dominique toute proche. Équipée à l’origine de deux canons, elle surplombe d’une quinzaine de mètres l’entrée du port. Aujourd’hui, un canon en bronze figure parmi les vestiges encore visibles — un élément émouvant, témoin direct de cette époque de tensions et de guerres maritimes.
Un panorama qui n’est pas un hasard
Si la batterie offre aujourd’hui une vue à couper le souffle sur la baie, ce n’est pas pour le plaisir des visiteurs : c’est précisément ce qui justifiait son emplacement. Une batterie côtière devait voir loin et tirer juste ; on la plaçait donc là où le regard porte le plus loin. En montant au Fer-à-Cheval, on épouse le point de vue des artilleurs d’autrefois, qui scrutaient l’horizon à l’affût des voiles anglaises. Le site, qui surplombe l’entrée du port, dévoile un panorama superbe sur l’Anse des Mûriers et la baie. C’est l’un des charmes de la visite : elle conjugue l’émotion historique et le plaisir du paysage. On comprend, en regardant la mer depuis ce promontoire, pourquoi les Saintes ont été si convoitées — leur baie, l’une des plus belles du monde, était aussi un mouillage stratégique de premier ordre. Cette double lecture — esthétique et militaire — fait toute la richesse du lieu. Là où le visiteur d’aujourd’hui voit un décor de carte postale, le soldat d’hier voyait un champ de tir et une ligne d’horizon à surveiller. Cette tension entre la beauté du site et sa fonction guerrière donne à la visite une saveur particulière : on ne regarde plus la baie tout à fait de la même façon après avoir compris ce qu’elle a représenté. C’est aussi l’occasion d’évoquer, avec les enfants, ce que signifiait défendre une île à l’époque de la marine à voile.
En pratique
| Critère | À retenir |
|---|---|
| Le lieu | Batterie du Fer-à-Cheval, pointe est de l’Anse des Mûriers (port de Terre-de-Bas) |
| Nature | Ancienne batterie côtière (XVIIIe s.), monument historique restauré en 2019 |
| À voir | Canon en bronze, vestiges de la fortification, panorama sur la baie |
| Accès | Près du débarcadère ; à pied ; site qui surplombe l’entrée du port |
| Autour | Poterie Fidelin, Grande Baie, église Saint-Nicolas, Anse à Chaux |
| Effort | Courte montée ; bonnes chaussures conseillées (terrain naturel) |
| Intérêt | Histoire militaire des Saintes, mémoire coloniale, point de vue |
| À emporter | Eau, chapeau, appareil photo ; chaussures fermées |
Les Saintes, un verrou stratégique
Pour comprendre pourquoi une si petite île fut hérissée de fortifications, il faut se souvenir de la place des Saintes dans l’histoire militaire des Antilles. Leur baie, abritée et profonde, constituait un mouillage idéal pour les flottes de guerre. Aussi l’archipel fut-il, tout au long du XVIIIe siècle, un enjeu majeur entre la France et l’Angleterre. C’est au large des Saintes que se déroula, en 1782, la fameuse « bataille des Saintes », qui opposa une trentaine de navires français à une flotte anglaise supérieure en nombre. Cette défaite française ouvrit une vingtaine d’années de domination britannique sur le territoire. C’est dans ce contexte de guerres incessantes que furent édifiées les batteries et redoutes qui parsemaient l’archipel — sur Terre-de-Haut comme sur Terre-de-Bas. La batterie du Fer-à-Cheval est l’un des maillons survivants de ce dispositif, et la visiter, c’est toucher du doigt cette histoire mouvementée où les Saintes changeaient de mains au gré des traités.
L’Anse des Mûriers, porte de l’île
La batterie ne se comprend pas sans son écrin : l’Anse des Mûriers, qui abrite le seul port de voyageurs de Terre-de-Bas. C’est ici que l’on débarque quand on arrive sur l’île, et le lieu a une vraie présence. À l’entrée de l’anse, deux statues veillent depuis les promontoires qui l’encadrent : la Vierge d’un côté, Neptune de l’autre — le sacré et le profane, la foi des marins et la mythologie de la mer, gardant ensemble l’entrée du port. Ce détail dit beaucoup de l’identité saintoise, intimement liée à la mer. Le port de l’Anse des Mûriers a toujours été le cordon ombilical de Terre-de-Bas : c’est par lui que transitaient hommes, marchandises et, autrefois, les célèbres poteries. Aujourd’hui encore, c’est le point d’arrivée des navettes et le cœur battant des échanges de l’île. La batterie qui le surplombe en était, en quelque sorte, le gardien armé.
L’Anse à Chaux et la mémoire des fours
Le nom même de certains lieux de Terre-de-Bas raconte son passé industrieux. Au nord de l’île, l’Anse à Chaux — littéralement la « crique de la chaux » — garde dans son toponyme le souvenir d’une activité ancienne : la production de chaux, obtenue en calcinant le calcaire ou les coraux dans des fours. Cette chaux servait à la construction, aux enduits et à l’agriculture, et constituait un savoir-faire précieux dans les îles. C’est aussi du côté de l’Anse à Chaux que subsistent des vestiges d’anciennes habitations, comme celle dite Houëlche, témoins de l’époque où l’île vivait de ses cultures. Un sentier de découverte longe d’ailleurs ce littoral nord, reliant l’Anse à Chaux à la Pointe Noire et à Grande Anse, à travers une nature préservée. Pour qui s’intéresse au patrimoine, c’est une belle façon de relier les vestiges entre eux, en marchant dans les pas de ceux qui firent vivre l’île. Ces traces discrètes, souvent envahies par la végétation, demandent un œil attentif — mais elles donnent toute son épaisseur à la promenade.
Les autres vestiges de Terre-de-Bas
L’île est, en réalité, un petit livre d’histoire à ciel ouvert. Au fil des chemins, on croise les traces de plusieurs époques :
- Les vestiges amérindiens : des fouilles archéologiques ont révélé à Grande-Anse la présence d’un village amérindien daté du XIIIe siècle — preuve d’un peuplement bien antérieur à la colonisation.
- Les anciennes habitations : les ruines de plusieurs domaines agricoles (L’Étang, Leroy Prudent, Lasserre à Case Cap, Houëlche à l’Anse à Chaux) rappellent la prospérité passée des plantations d’indigo, de café et de cacao.
- La poterie Fidelin : à Grande Baie, les vestiges de la plus grande poterie de l’île, monument historique classé, qui employa jusqu’à un quart des habitants de Terre-de-Bas.
- Le patrimoine religieux : l’église Saint-Nicolas de Myre, dédiée au saint patron des marins, et son cimetière marin aux tombes parfois cerclées de conques de lambis. Cette densité de vestiges sur une si petite île a de quoi surprendre. Elle s’explique par l’histoire même de Terre-de-Bas, longtemps plus peuplée et plus active que sa voisine, et qui fut un temps le chef de canton de l’archipel.
Petites-Anses et Grande-Anse, les deux bourgs
Les vestiges de Terre-de-Bas s’éclairent quand on connaît l’organisation de l’île, structurée autour de deux bourgs au caractère bien distinct. À l’ouest, Petites-Anses est le centre administratif : niché dans une cuvette entourée de mornes — une ancienne cuvette volcanique — il rassemble la mairie, la poste, les écoles et le collège. C’est le cœur institutionnel de la commune, fondé dès 1817 en même temps que sa première église. À l’est, Grande-Anse borde la grande plage du même nom. Ce bourg a une histoire particulière : il prit son essor après l’abolition de l’esclavage, lorsque les nouveaux-libres — en particulier ceux qui travaillaient à la poterie Fidelin toute proche — vinrent s’y établir. Connaître cette géographie humaine change le regard : chaque bourg, chaque quartier de Terre-de-Bas porte la trace d’un moment de son histoire. L’île est devenue commune autonome le 9 août 1882, date inscrite sur la place de la mairie de Petites-Anses. Flâner dans ces villages, c’est lire à ciel ouvert le récit d’une communauté insulaire.
Une île de mémoire servile
Comme partout aux Antilles, le patrimoine de Terre-de-Bas porte aussi la trace douloureuse de l’esclavage. Le peuplement de l’île se distingue de celui de Terre-de-Haut par sa plus grande diversité, en grande partie liée à la main-d’œuvre noire servile utilisée jadis dans l’agriculture et l’artisanat. La présence de descendants africains y est donc relativement plus marquée. Avant l’abolition définitive de 1848, cette population asservie était nécessaire pour faire fructifier les petites propriétés vivrières et cotonnières de l’île, ainsi que la grande poterie. C’est après l’abolition que le bourg de Grande-Anse prit son essor : les nouveaux-libres, et notamment ceux qui travaillaient à la poterie, s’y établirent. Visiter les vestiges de Terre-de-Bas, ce n’est donc pas seulement admirer de vieilles pierres : c’est se souvenir de celles et ceux dont le travail forcé a façonné ces lieux. La batterie défendait l’île ; les habitations et la poterie la faisaient vivre — et, derrière elles, il y a des destins humains qu’il importe de ne pas oublier.
Un relief qui a modelé l’histoire
Le patrimoine de Terre-de-Bas est indissociable de sa géographie. D’origine volcanique, l’île dresse un relief accidenté de collines verdoyantes, dominé par plusieurs mornes : le morne Abymes (293 m) au nord-ouest, le morne Paquette (274 m) au sud-est, le morne Sec et le morne Déjel au centre. Ce relief escarpé explique bien des choses : le littoral, majoritairement falaisé, laisse peu de place aux plages, et concentre les rares anses abritées qui ont servi de débarcadères — Petites-Anses à l’ouest, l’Anse des Mûriers au sud-est. C’est précisément cette configuration qui a dicté l’emplacement des fortifications : on plaçait les batteries là où elles pouvaient surveiller et protéger ces points d’accostage vitaux. Le Fer-à-Cheval, gardien de l’Anse des Mûriers, en est l’illustration parfaite. Comprendre le relief, c’est comprendre pourquoi l’île s’est organisée ainsi — et pourquoi ses vestiges se trouvent là où ils sont. Aujourd’hui, ce même relief fait le bonheur des randonneurs, qui empruntent les Traces à travers une nature préservée, ponctuée d’iguanes et de points de vue.
À combiner avec la visite
La batterie du Fer-à-Cheval se trouve juste à côté du port, ce qui en fait un excellent point de départ ou de fin de journée à Terre-de-Bas. On peut facilement l’associer à d’autres découvertes pour composer une visite riche :
- La poterie Fidelin et la plage de Grande Baie, toutes proches, pour prolonger la plongée dans l’histoire sucrière et profiter du snorkeling.
- Le bourg de Petites-Anses et son église Saint-Nicolas, cœur administratif et spirituel de l’île.
- Les Traces de randonnée qui mènent aux points de vue (Belvédère, Morne à Coq) et aux vestiges du littoral nord. En une journée bien organisée, on peut ainsi enchaîner patrimoine militaire, mémoire sucrière, baignade et panoramas — un condensé de tout ce que Terre-de-Bas a à offrir. L’île étant petite, les distances restent courtes, même si le relief et les moyens de transport limités invitent à anticiper un peu ses déplacements.
Patrimoine vivant : Salako et tourment d’amour
Le patrimoine de Terre-de-Bas n’est pas que de pierre : il est aussi fait de savoir-faire bien vivants, que l’on peut goûter et admirer aujourd’hui. Le plus emblématique est le Salako, ce chapeau plat à larges bords, tressé à partir de fines lamelles de bambou et habillé de tissu madras coloré. Longtemps porté par les pêcheurs de l’île, on lui prête des origines asiatiques ; il est aujourd’hui confectionné uniquement à Terre-de-Bas, par quelques artisans de Petite-Anse. Leur demander d’assister à sa fabrication, c’est découvrir une technique étonnante et soutenir un patrimoine fragile. Côté saveurs, l’archipel des Saintes est réputé pour le « tourment d’amour », une délicieuse tartelette sucrée fourrée à la confiture (coco, goyave, banane…) et surmontée d’un biscuit moelleux. La recette, jalousement gardée de génération en génération, raconte une jolie histoire : ces gâteaux étaient autrefois préparés par les Saintoises qui attendaient le retour de leur homme parti en mer. Déguster un tourment d’amour après avoir visité la batterie et les vestiges, c’est prolonger la découverte du patrimoine par les papilles — et rappeler que l’histoire d’une île se transmet aussi par ses gestes, ses recettes et ses traditions. Ce patrimoine immatériel est, à sa façon, aussi précieux que les vieilles pierres du Fer-à-Cheval.
Note pour les visiteurs de passage
La batterie du Fer-à-Cheval est une belle porte d’entrée vers l’histoire de Terre-de-Bas. À deux pas du débarcadère, elle se visite vite et offre, en prime, un panorama splendide sur la baie. Prenez le temps de lire le paysage depuis ce promontoire, d’imaginer les canons tournés vers la Dominique, et de mesurer combien cette île paisible fut autrefois un enjeu stratégique. Prolongez la découverte par la poterie Fidelin, l’église Saint-Nicolas et, si vous aimez marcher, les vestiges du littoral nord vers l’Anse à Chaux. Portez de bonnes chaussures, emportez de l’eau et un chapeau, et gardez à l’esprit la mémoire qui imprègne ces lieux. Vous repartirez avec une image plus profonde de Terre-de-Bas : non plus seulement une île de plages, mais un territoire chargé d’histoire et d’âme.
Questions fréquentes
Où se trouve la batterie du Fer-à-Cheval ?
À la pointe est de l’Anse des Mûriers, le port de Terre-de-Bas, là où arrivent les navettes. Elle surplombe l’entrée du port.
Qu’est-ce que c’est exactement ?
Une ancienne batterie côtière du XVIIIe siècle, élément de la ligne de défense des Saintes contre les Anglais. Monument historique, elle a été restaurée et inaugurée en 2019. On y voit notamment un canon en bronze.
La visite est-elle payante ?
C’est un site patrimonial en plein air, surplombant le port. Renseignez-vous localement sur les conditions d’accès du moment ; prévoyez de bonnes chaussures pour le terrain naturel.
Que peut-on voir d’autre à proximité ?
La poterie Fidelin et la plage de Grande Baie, le bourg de Petites-Anses et son église Saint-Nicolas, ainsi que les vestiges d’habitations et la mémoire des fours à chaux vers l’Anse à Chaux.
Pourquoi tant de fortifications aux Saintes ?
Parce que leur baie était un mouillage stratégique, disputé entre la France et l’Angleterre. La « bataille des Saintes » de 1782 s’est d’ailleurs déroulée au large de l’archipel.
La visite convient-elle aux enfants ?
Oui, c’est une sortie courte et pédagogique, avec un canon et un beau point de vue. Restez vigilant près des bords, le site étant en hauteur au-dessus du port.

