Au cœur du bourg de Beauséjour, sur une placette qui porte un nom magnifique — la « Place du Maire mendiant » — se dresse la plus ancienne église de La Désirade. Notre-Dame-du-Bon-Secours, c'est bien plus qu'un édifice religieux : c'est la mémoire vivante d'une île qui a tout encaissé (cyclones, lèpre, isolement) et qui s'est relevée à chaque fois, parfois grâce à un maire prêt à mendier de porte en porte. Et à l'intérieur, un autel et un tabernacle taillés dans les bois et les roches de l'île racontent, mieux qu'un long discours, le lien charnel entre cette communauté de pêcheurs et sa terre. Voici quoi y voir, et pourquoi cette petite église dit tant.
Église Notre-Dame-du-Bon-Secours

L'essentiel en un coup d'œil
Voici les repères essentiels en un coup d’œil.
| Nom | Église Notre-Dame-du-Bon-Secours |
|---|---|
| Où | Place du Maire mendiant, bourg de Beauséjour |
| Fondation | 1754 — première paroisse de l'île |
| À voir | Autel en poirier pays, tabernacle en gaïac, Vierge classée MH |
| Autour | Buste de Schœlcher, monument aux marins, hôtel de ville |
| Fête | Fête des marins-pêcheurs, le 16 août (procession) |
| Accès | Au bourg de Beauséjour, dès l'arrivée du ferry |
| Visite | Libre et gratuite, ~15-20 min |
1754 : la première église d'une île longtemps oubliée
Pour comprendre cette église, il faut un peu d'histoire désiradienne. La Désirade — première terre aperçue par Christophe Colomb le 2 novembre 1493, d'où son nom (« la désirée ») — fut longtemps une île de relégation : on y exilait les lépreux dès le début du XVIIIe siècle, et les Galets, à l'ouest, servaient à reléguer délinquants et nobles indésirables. C'est dire si la vie y était rude et l'isolement total.
En 1754, sous l'impulsion du prêtre Archange de Sedan, naît la paroisse de Notre-Dame-du-Bon-Secours : c'est le premier lieu de culte de l'île. L'événement est plus important qu'il n'y paraît. Jusque-là, les Désiradiens devaient traverser la mer pour se marier, baptiser leurs enfants ou enterrer leurs morts. Avec cette église, ces actes essentiels de la vie peuvent enfin se célébrer sur place, et le premier registre d'état civil de l'île voit le jour. Pour une communauté isolée, c'est une forme d'existence officielle qui commence.
Une histoire de destructions et de renaissances
L'église que vous voyez n'est pas celle de 1754 : elle a été détruite et reconstruite plusieurs fois, et ce récit-là est passionnant.
Le cyclone de 1899 rase l'édifice — il n'en reste que le clocher. Le maire et les notables implorent l'aide de l'archevêché, qui leur cède la chapelle en bois de l'hospice du Camp-Jacob de Saint-Claude. Monseigneur Jean Maston, ancien prêtre de l'île, finance de sa poche l'acheminement des matériaux. La reconstruction est inaugurée en 1904.
Puis vient le terrible cyclone de 1928 (l'ouragan Okeechobee, qui dévasta toute la Guadeloupe et fit près de 1 200 morts). L'église est de nouveau ravagée. Et c'est là qu'entre en scène le personnage qui a donné son nom à la place.
Le « Maire mendiant » : l'homme qui a quêté pour son île
Voici l'anecdote qui rend la visite inoubliable. Après 1928, pour financer la reconstruction de son île ruinée, le maire Joseph Daney de Marcillac fit une chose extraordinaire : il parcourut inlassablement toute la Guadeloupe pour quêter, mendier des fonds porte à porte, auprès de qui voulait bien donner. Cette humilité et cette ténacité lui valurent le surnom de « Maire mendiant » — un titre devenu un honneur, au point que la place centrale de Beauséjour porte aujourd'hui son nom.
C'est tout le caractère de La Désirade qui tient dans cette histoire : une île pauvre, frappée, oubliée, mais debout, où l'on reconstruit avec ce qu'on a et le courage qu'on trouve. L'église Notre-Dame-du-Bon-Secours est le monument de cette obstination.
L'intérieur : une église taillée dans l'île elle-même
C'est le détail le plus émouvant, et il mérite qu'on entre. Lors de la réforme liturgique des années 1950-1960, le chœur de l'église fut refait — et entièrement avec les matières de l'île et de ses voisines :
L'autel est taillé dans du bois de poirier pays de Baie-Mahault.
La porte du tabernacle est sculptée dans du gaïac trouvé sur l'île de Petite-Terre (un bois précieux et rare).
Le mur de l'autel est édifié en roches volcaniques rouges de La Désirade — ces fameuses pierres de la réserve géologique.
Et surtout : chaque habitant de l'île a contribué à cette transformation. Cet autel n'est pas une commande d'artiste, c'est une œuvre collective, faite de la terre et des arbres du pays par les mains de ceux qui y vivent. Difficile d'imaginer plus belle incarnation du lien entre une communauté et son sol.
Dans le chœur, ne manquez pas la statue de la Vierge à l'enfant, sculpture en bois classée aux Monuments historiques, qui proviendrait d'un navire — un trésor échoué devenu objet de dévotion.
| À voir dans l'église | Matière / origine |
|---|---|
| L'autel | Bois de poirier pays de Baie-Mahault |
| La porte du tabernacle | Gaïac de Petite-Terre |
| Le mur de l'autel | Roches volcaniques rouges de l'île |
| La Vierge à l'enfant | Bois, classée MH, proviendrait d'un navire |
| Le clocher / campanile | Seul rescapé du cyclone de 1899 |
La Place du Maire mendiant : tout un condensé d'île
Avant de repartir, prenez le temps de regarder la place elle-même : sur ces quelques mètres carrés se concentre toute l'identité désiradienne. Outre l'église et son campanile, on y trouve le coquet petit hôtel de ville, le buste de Victor Schœlcher (artisan de l'abolition de l'esclavage), des canons anciens, et un monument aux morts dédié aux marins-pêcheurs disparus. Ce dernier rappelle ce qui fait battre le cœur de l'île : la pêche, son économie et son âme.
D'ailleurs, chaque 16 août a lieu la fête des marins-pêcheurs, avec une procession très typique — l'un des grands rendez-vous de l'année désiradienne. Si vous y êtes à cette date, c'est l'occasion de voir la communauté dans toute sa ferveur.
Pour le résident, pour le visiteur
Pour un Désiradien, Notre-Dame-du-Bon-Secours est le cœur du bourg et de la mémoire : l'église des grandes étapes de la vie, le monument du courage collectif face aux cyclones, le lieu de la fête des pêcheurs. L'autel fait main par les ancêtres est une fierté intime.
Pour un visiteur, c'est une halte courte mais dense : quinze minutes pour entrer, voir l'autel de poirier et de gaïac, la Vierge classée, et entendre (via cette fiche ou un habitant) l'histoire du Maire mendiant. On en ressort avec une compréhension de l'île qu'aucune plage ne donne. À combiner avec le tour du bourg, le cimetière marin tout proche et la chapelle du Calvaire sur les hauteurs.
En deux phrases
Première église de La Désirade (1754), Notre-Dame-du-Bon-Secours raconte l'histoire d'une île qui s'est relevée de tous les cyclones — notamment grâce au « Maire mendiant » qui quêta dans toute la Guadeloupe pour la reconstruire. À l'intérieur, un autel de poirier pays, un tabernacle de gaïac et un mur de roches rouges de l'île, faits par les habitants eux-mêmes, en font l'un des lieux les plus émouvants de Guadeloupe.
Questions fréquentes
Quelle est l'histoire de cette église ?
C'est la première église de La Désirade, fondée en 1754. Détruite par les cyclones de 1899 et 1928, elle fut reconstruite à chaque fois — la dernière fois grâce au maire Joseph Daney de Marcillac, dit le « Maire mendiant », qui quêta dans toute la Guadeloupe pour la financer.
Qu'a-t-elle de particulier à l'intérieur ?
Son chœur est fait des matières de l'île : autel en bois de poirier pays, tabernacle en gaïac de Petite-Terre, mur d'autel en roches volcaniques rouges de La Désirade, le tout réalisé avec la contribution de chaque habitant. On y voit aussi une Vierge à l'enfant en bois classée Monuments historiques.
Pourquoi la place s'appelle-t-elle « Place du Maire mendiant » ?
En hommage à Joseph Daney de Marcillac, qui parcourut la Guadeloupe pour mendier les fonds nécessaires à la reconstruction de l'île après le cyclone de 1928. La place réunit l'église, l'hôtel de ville, le buste de Schœlcher et un monument aux marins disparus.
Peut-on la visiter ?
Oui, visite libre et gratuite en dehors des offices, comptez 15 à 20 minutes. C'est dans le bourg de Beauséjour, facilement accessible dès l'arrivée du ferry.
Quand a lieu la fête des pêcheurs ?
Le 16 août, avec une procession typique. C'est l'un des grands rendez-vous de l'année à La Désirade, où la pêche reste l'activité principale.
Que voir autour ?
La Place du Maire mendiant et ses monuments, le cimetière marin tout proche (tombes aux coquillages), la chapelle Notre-Dame du Calvaire sur les hauteurs, et le reste de l'île (Grande Montagne, Souffleur, phare, réserve géologique).

