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À La Désirade, le bout du monde tant désiré
À La Désirade, le bout du monde tant désiré
Première terre aperçue par Colomb, longue échine calcaire posée à l’extrémité est de l’archipel, La Désirade est la plus discrète et la plus sauvage des îles guadeloupéennes. Réserve géologique, falaises battues par l’océan, plages dorées et iguanes par centaines : un bout du monde resté à l’écart du temps.
Au sud-est de Grande-Terre, les îles de Petite-Terre sont une destination unique en Guadeloupe qui offre un cadre naturel exceptionnel. Composé de deux îles principales, Terre-de-Bas et Terre-de-Haut, cet archipel inhabité est une réserve naturelle nationale depuis 1998. Avec ses plages de sable bla...
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À La Désirade, le bout du monde tant désiré
Première terre aperçue par Colomb, longue échine calcaire posée à l’extrémité est de l’archipel, La Désirade est la plus discrète et la plus sauvage des îles guadeloupéennes. Réserve géologique, falaises battues par l’océan, plages dorées et iguanes par centaines : un bout du monde resté à l’écart du temps.
La Désirade est l’île la plus orientale de l’arc des Petites Antilles, posée à une dizaine de kilomètres au large de Saint-François, à la pointe est de la Grande-Terre. Longue d’environ onze kilomètres pour deux de large, elle ressemble, vue de la côte, à un long plateau allongé — une épine dorsale calcaire qui culmine à la Grande-Montagne, vers 275 mètres. Avec quelque 1 500 habitants, les Désiradiens, dont une forte communauté de pêcheurs, c’est l’une des îles les plus préservées et les moins fréquentées de l’archipel.
Son nom raconte déjà une histoire : en 1493, lors de son second voyage, Christophe Colomb en fit la première terre aperçue après la traversée de l’Atlantique — d’où ce nom d’« île tant désirée », soulagement des marins. Bien avant eux, les Amérindiens l’avaient nommée Oüaliri et y avaient laissé de nombreux sites archéologiques. L’île se rejoint aujourd’hui en bateau depuis Saint-François, en quarante-cinq minutes, ou par une courte liaison aérienne. On y débarque à Beauséjour, le bourg principal, et l’on entre aussitôt dans un monde miniature et hors du temps.
Le grand trésor de La Désirade est sous nos pieds : l’île est la première terre émergée de l’arc antillais, et ses roches comptent parmi les plus anciennes des Petites Antilles, vieilles de quelque cent cinquante millions d’années. À la pointe est, la réserve naturelle nationale géologique, classée en 2011, protège ce patrimoine exceptionnel sur une soixantaine d’hectares — c’est la première réserve géologique d’Outre-Mer. Le paysage y est sec et minéral, hérissé de cactus, dont l’étonnant « Têt a langlé », et de gaïacs.
La Désirade est surtout le royaume des iguanes. On y croise l’iguane des Petites Antilles, espèce endémique et protégée, qui a quasiment disparu ailleurs : ils sont partout, sur les routes, dans les arbres, sur les plages. À leurs côtés vivent agoutis dorés, scinques et une multitude d’oiseaux marins — frégates, pélicans, phaétons. C’est une île où la nature, généreuse et protégée, donne le sentiment d’être revenu aux origines. On l’observe avec respect, sans la déranger (voir notre page « ce qu’on peut y faire »).
La vie de La Désirade se concentre sur le versant sud, plus doux, le long de l’unique route côtière. À Beauséjour et à Grande-Anse, les cases créoles colorées, l’église Notre-Dame-du-Bon-Secours, qui remonte au XVIIIe siècle, et la petite église de l’Assomption composent un décor paisible, rythmé par la pêche. Sur les hauteurs de Beauséjour, la chapelle Notre-Dame-du-Calvaire, bâtie en 1905 au bout d’un chemin de croix, dresse sa silhouette bleu et blanc aux allures méditerranéennes : de son parvis, doté d’une table d’orientation, le panorama à 360 degrés sur l’océan, le bourg et les îles voisines est prodigieux — magnifique au coucher du soleil. On la visite avec respect, hors des offices.
L’île garde aussi la mémoire de pages plus sombres. Dès 1728, sous Louis XV, une léproserie y fut ouverte pour isoler les malades de la lèpre, et l’île servit longtemps de lieu de relégation pour les « indésirables » ; il en subsiste des vestiges et un émouvant cimetière marin. Sur le plateau, l’ancienne station météorologique, bâtiment des années 1930 dû à l’architecte Ali Tur — celui qui reconstruisit la Guadeloupe après le cyclone de 1928 —, dresse sa silhouette insolite au milieu des rochers et des iguanes. Une ancienne cotonnerie rappelle, elle, le passé agricole de l’île.
La Désirade n’est pas d’abord une « destination plages », mais le sud de l’île en aligne de fort belles, parmi les moins fréquentées de Guadeloupe. La plage du Souffleur, la plus connue, étire son sable fin devant un alignement de cocotiers, propice au farniente, à la baignade et au snorkeling sur ses coraux. À Beauséjour, la plage à Fifi, ombragée, et la plage à Fanfan, plantée de palmiers où les pêcheurs confectionnent leurs nasses, invitent à la détente. Plus à l’est, la plage de Petite-Rivière, protégée en permanence par la barrière de corail, offre une eau calme et limpide, idéale pour la baignade.
Au-delà des plages, c’est tout le contraste de l’île qui frappe. Au sud, la douceur des anses ; au nord, des falaises abruptes et désertes qui plongent dans l’Atlantique, dans un paysage parfois hostile et très peu fréquenté. À la pointe des Colibris, tout au sud, les falaises fouettées par les vagues offrent une belle vue sur la Guadeloupe, et l’Anse des Galets déroule ses paysages tantôt verdoyants, tantôt désertiques. Depuis la Grande-Montagne et le chemin de crête, enfin, la vue embrasse l’île entière et les barrières de corail qui la cernent.
| À voir | Ce que c’est |
|---|---|
| Réserve géologique | Roches + anciennes des Petites Antilles ; iguanes |
| Grande-Montagne | Plateau ~275 m ; chemin de crête, panoramas |
| Chapelle du Calvaire | 1905, hauteurs ; vue 360°, table d’orientation |
| Plage du Souffleur | Sable fin, cocotiers, snorkeling |
| Mémoire | Léproserie, cimetière marin, station météo (Ali Tur) |
| Pointe des Colibris | Falaises sud, iguanes, vue Guadeloupe |
La Désirade se découvre le long de son unique route côtière : on loue une voiture, un scooter, un quad ou un vélo à l’arrivée du bateau, ou l’on réserve une visite guidée. À contempler : la réserve géologique et ses iguanes, la Grande-Montagne, la chapelle du Calvaire et son panorama, le bourg de Beauséjour, les plages du sud et les falaises de la pointe des Colibris. Roulez au pas : iguanes et cabris traversent souvent. Évitez les pistes escarpées par temps de pluie, prévoyez chapeau, eau et espèces. Abordez la chapelle et le cimetière avec respect. La page « ce qu’on peut y faire » détaille les randonnées, le snorkeling et l’escapade vers Petite-Terre ; la page « séjour » s’adresse à qui veut s’installer. Île du bout du monde, La Désirade se vit lentement — et c’est là toute sa magie.