Au-dessus de Saint-Claude, là où la route s’arrête aux Bains Jaunes, commence un sentier de gros pavés qui s’enfonce dans la forêt tropicale : la Trace du Pas du Roy. Construite par l’armée à la fin du XIXe siècle, c’est aujourd’hui la porte d’entrée de la Soufrière — et une balade magnifique en elle-même, accessible à tous, au cœur d’une forêt humide d’une richesse rare. Cette page vous fait découvrir ce chemin historique : son tracé, son histoire, ce que l’on y voit, les fameux Bains Jaunes au départ, et les précautions à connaître pour en profiter pleinement.
La Trace du Pas du Roy

Un chemin pavé dans la forêt tropicale
La Trace du Pas du Roy est un sentier pavé, fait de gros pavés en pierre, qui traverse la forêt tropicale humide sur les contreforts de la Soufrière, le volcan de la Guadeloupe. Il débute juste derrière les Bains Jaunes, au-dessus de Saint-Claude, et monte jusqu’à la Savane à Mulets, l’ancien parking situé au pied du dôme, vers 1 140 mètres d’altitude. On parcourt cette portion en 30 à 40 minutes de montée. C’est par endroits assez raide, mais le cheminement pavé rend la marche sûre et agréable, même pour des marcheurs peu aguerris. Surtout, ce sentier permet d’apprécier sans danger une richesse végétale exceptionnelle : on chemine dans un sous-bois dense, humide et verdoyant, qui est l’un des plus beaux de l’île. Pour beaucoup, l’ascension du Pas du Roy est déjà un bonheur en soi, indépendamment de la suite vers le sommet.
Une trace chargée d’histoire
Le nom et les pavés ne trompent pas : on marche ici sur un ouvrage historique. La Trace du Pas du Roy a été construite en 1887 par les soldats du 2e régiment d’infanterie de marine, en même temps que les Bains Jaunes. À cette époque, c’était le seul passage pour atteindre les contreforts du volcan. Cette construction s’inscrit dans une histoire plus ancienne. Dès 1885, un premier sentier convenable avait été ouvert à travers les bois des Bains Jaunes, à l’initiative du maire de Saint-Claude de l’époque, pour conduire des personnalités à la Soufrière. Les militaires, envoyés aux Bains Jaunes pour « s’acclimater » en altitude, aménagèrent le secteur : on leur doit, en 1887, le bassin en pierre des Bains Jaunes, encore en place aujourd’hui. Tout ce secteur fut longtemps une halte sur le chemin du volcan, fréquenté bien avant, dès l’époque amérindienne. Il y a quelque chose d’émouvant à fouler ces pavés posés il y a plus d’un siècle, dans un effort considérable, pour dompter la montagne. Le sentier, un temps un peu oublié, a retrouvé toute son importance après 2004 — nous y reviendrons.
Un lieu habité de mémoires
Le secteur des Bains Jaunes et du Pas du Roy a toujours été fréquenté, bien avant les militaires. Les premiers occupants furent les Amérindiens — d’abord les Igneris, puis les Caraïbes — qui y établirent des abris. Le lieu fut ensuite une halte sur le chemin de la Soufrière. À la fin du XIXe siècle, les militaires de Saint-Claude y édifièrent une maison de convalescence et un champ de tir. Au XXe siècle, la montagne attire les amoureux de la nature : vers 1910, le célèbre Club des Montagnards installe un abri, et en 1947 une association construit un refuge pour les randonneurs et les baigneurs — ce bâtiment deviendra la Maison du Volcan, aujourd’hui fermée. Plus haut sur le chemin, un énorme bloc rocheux porte une statue de Notre-Dame de Guadeloupe, installée après l’éruption de 1956 et restaurée en 2016 : les paroissiens de Saint-Claude y renouvellent régulièrement fleurs et cierges, pour remercier le volcan de sa clémence. Marcher sur le Pas du Roy, c’est donc traverser des siècles de présence humaine face à la « Vieille Dame ».
La seule voie vers le sommet
La Trace du Pas du Roy a aujourd’hui un statut particulier : c’est devenu la seule voie permettant de rejoindre à pied le dôme de la Soufrière. Cela tient à un événement précis : le séisme du 21 novembre 2004, qui a ébranlé l’archipel et provoqué l’effondrement d’une partie du Piton Tarade sur la route D11 qui montait jusqu’à la Savane à Mulets. Depuis, la route s’arrête aux Bains Jaunes, et l’ancien parking de la Savane à Mulets (une soixantaine de places) n’est plus accessible en voiture. Dans les mois qui ont suivi le séisme, les services du Parc national ont rouvert et réaménagé ce sentier quelque peu oublié, qui est redevenu l’accès incontournable au volcan. La portion du Pas du Roy est donc désormais une étape obligée — et c’est tant mieux, car elle est superbe.
En pratique
| Critère | À retenir |
|---|---|
| Type | Sentier pavé historique en forêt tropicale ; montée vers la Soufrière |
| Départ | Bains Jaunes, au-dessus de Saint-Claude (terminus de la D11, parking gratuit) |
| Durée | ~30-40 min jusqu’à la Savane à Mulets ; en partie raide |
| Balisage | Jaune ; balises de secours ONF déployées sur le sentier (2025) |
| À voir | Forêt humide, fougères arborescentes, figuier étrangleur ; Bains Jaunes ; bif. Chute du Galion |
| Climat | Très humide, souvent pluvieux et frais en altitude ; brume fréquente |
| À emporter | Chaussures de marche, vêtement imperméable, eau, coupe-vent ; maillot pour le bain |
| Prudence | Cœur de Parc national ; activité volcanique accrue depuis 2018, périmètre de sécurité au sommet |
Les Bains Jaunes, au départ
Impossible de parler du Pas du Roy sans évoquer les Bains Jaunes, qui en marquent le départ. C’est un bassin d’eau chaude sulfureuse, à une trentaine de degrés, aménagé dans un bassin de pierre construit en 1887. À environ 5 km de Saint-Claude par la D11, c’est un véritable spa naturel, gratuit, apprécié des Guadeloupéens comme des visiteurs depuis des générations. L’eau, aux propriétés délassantes, est idéale pour récupérer après la marche — ou pour se détendre avant. Le lieu est entretenu et nettoyé régulièrement par le personnel du Parc national. Attention toutefois : le parking et la baignade ne sont pas surveillés, et il faut se conformer aux informations sur la qualité de l’eau affichées sur place par les autorités sanitaires. Beaucoup de randonneurs gardent leur maillot à portée de main pour terminer la journée par ce bain chaud bien mérité.
Le rituel du bain chaud
Pour beaucoup de Guadeloupéens, le Pas du Roy et les Bains Jaunes forment un tout : on monte, on transpire dans la forêt humide, puis on vient délasser ses muscles dans l’eau chaude sulfureuse. Cette eau, naturellement chauffée par l’activité géothermique du volcan, est réputée revitalisante pour les muscles et la peau. C’est l’un des rares endroits de l’île où l’on bénéficie gratuitement d’un tel bienfait, en pleine nature. Quelques précautions de bon sens améliorent l’expérience. L’eau peut paraître fraîche ou tiède selon la météo et l’affluence ; sa température et sa couleur varient. On évite d’y mettre la tête sous l’eau, et l’on respecte les consignes sanitaires affichées sur place. Comme la baignade n’est pas surveillée, on reste prudent, surtout avec les enfants. Enfin, par respect pour le lieu et les autres usagers, on ne se savonne pas dans le bassin et on ne laisse aucun déchet. Bien utilisé, ce bain est la récompense parfaite d’une journée sur la trace — un moment de détente que les habitants ne manquent jamais.
Une forêt d’une richesse rare
Ce qui frappe sur le Pas du Roy, c’est la luxuriance de la forêt. On évolue dans une forêt tropicale humide, l’un des milieux les plus riches du Parc national de la Guadeloupe. Le sentier est bordé d’une végétation dense : fougères arborescentes, mousses, et de nombreuses espèces remarquables. Parmi les arbres à repérer, le figuier étrangleur est l’un des plus spectaculaires : il peut pousser sur un autre arbre (on dit qu’il est épiphyte), développant des racines aériennes qui descendent et grossissent jusqu’à, parfois, étouffer son hôte. On croise aussi le « bois-bandé » (la marbri), qui domine la forêt humide du secteur. Toute cette végétation prospère grâce à l’humidité quasi permanente : le taux d’humidité est toujours élevé ici, ce qui explique la beauté du lieu — mais impose aussi de bons vêtements imperméables.
Quand y aller
La Soufrière est l’un des endroits les plus arrosés de la Guadeloupe : il peut y pleuvoir à tout moment, et la brume enveloppe souvent les hauteurs. Pour mettre toutes les chances de son côté, mieux vaut partir tôt le matin : la météo est généralement plus clémente, la lumière plus belle, et l’on trouve plus facilement une place au parking des Bains Jaunes, vite saturé en saison. Il fait aussi sensiblement plus frais qu’au bord de mer : à plus de 1 000 mètres, on est loin de la chaleur des plages, ce qui rend la marche agréable mais surprend ceux qui arrivent en tenue légère. Le sentier est très fréquenté, surtout en période touristique et le week-end : pour plus de tranquillité, privilégiez la semaine. Et gardez en tête que par mauvais temps, la vue depuis le sommet peut être totalement bouchée — raison de plus pour apprécier la forêt du Pas du Roy, magnifique par tous les temps, même quand les hauteurs se cachent dans les nuages.
Prolonger : la Chute du Galion et le sommet
La Trace du Pas du Roy n’est qu’un début pour qui veut aller plus loin. En chemin, une bifurcation sur la droite mène à la Chute du Galion, une cascade qui vaut le détour pour les marcheurs. Mais l’objectif le plus connu reste le sommet de la Soufrière, « la Vieille Dame », point culminant des Petites Antilles à 1 467 mètres. Après la Savane à Mulets, deux sentiers principaux mènent au sommet : le Chemin des Dames (le plus emprunté, ~1h15 de montée) et le passage par le col de l’Échelle (un peu plus long). Le plateau sommital offre un paysage quasi lunaire, des fumerolles et, par temps clair, un panorama sur les îles voisines — les Saintes, Marie-Galante, la Dominique. Mais ce prolongement est une vraie randonnée de montagne, soumise à la météo et à la réglementation volcanique : il se prépare sérieusement (voir ci-dessous).
Sécurité : un volcan vivant
Un rappel essentiel : tout ce secteur se trouve au cœur du Parc national de la Guadeloupe, et la Soufrière est un volcan actif. Depuis 2018, l’activité volcanique s’est accrue (fumerolles, micro-séismes), et le préfet a élargi le périmètre de sécurité au sommet. Il ne faut jamais franchir les barrières de protection : les émanations de gaz soufré sont fortement toxiques. Pour la Trace du Pas du Roy elle-même, la balade reste accessible et sûre, mais quelques règles s’imposent : de bonnes chaussures de marche (le pavé peut être glissant), un vêtement imperméable (il pleut souvent), de l’eau, et un coupe-vent si l’on monte plus haut. Renseignez-vous sur la météo et l’état des sentiers avant de partir (le Parc national et les sites de référence donnent des informations à jour), informez un proche de votre itinéraire, et respectez scrupuleusement le balisage. On ne quitte pas le sentier, on ne prend pas de raccourcis (cela dégrade la végétation), on ne ramasse rien et on remporte tous ses déchets : il n’y a aucune poubelle.
Note pour les visiteurs de passage
La Trace du Pas du Roy est l’une des plus belles mises en bouche de la randonnée guadeloupéenne : un sentier pavé historique, une forêt tropicale somptueuse, et les Bains Jaunes pour s’y détendre. Même sans viser le sommet, la simple montée jusqu’à la Savane à Mulets est une expérience marquante, accessible à la plupart des marcheurs. Si vous visez la Soufrière, partez tôt (pour la place au parking et la météo), prévoyez de vrais vêtements de pluie, et envisagez un guide : au-delà de la sécurité, il vous fera découvrir l’histoire, la géologie et la nature du volcan. Terminez par un bain chaud aux Bains Jaunes, et vous tiendrez là l’une des journées les plus complètes de la Basse-Terre — nature, histoire et bien-être réunis.
Questions fréquentes
La Trace du Pas du Roy est-elle difficile ?
La portion jusqu’à la Savane à Mulets (~30-40 min) est accessible à la plupart des marcheurs, même si elle est par endroits raide. Le sentier pavé rend la marche sûre. La suite vers le sommet est en revanche une vraie randonnée de montagne.
Où commence le sentier ?
Aux Bains Jaunes, au-dessus de Saint-Claude, terminus de la route D11 (parking gratuit). Le sentier débute juste derrière le bassin d’eau chaude.
Pourquoi ce sentier est-il devenu incontournable ?
Depuis le séisme de 2004 et l’effondrement du Piton Tarade sur la route, la voiture ne va plus jusqu’à la Savane à Mulets. La Trace du Pas du Roy est devenue la seule voie à pied vers le dôme de la Soufrière.
Que sont les Bains Jaunes ?
Un bassin d’eau chaude sulfureuse (~30°C), construit en pierre en 1887, au départ du sentier. Un spa naturel gratuit, idéal avant ou après la marche ; baignade non surveillée.
Faut-il un équipement particulier ?
De bonnes chaussures de marche et surtout un vêtement imperméable, car l’humidité est très élevée et la pluie fréquente. De l’eau, un coupe-vent si l’on monte, et un maillot pour le bain.
Peut-on monter au sommet librement ?
Le sommet est soumis à une réglementation liée à l’activité volcanique (accrue depuis 2018). Il ne faut jamais franchir les barrières de sécurité ni s’approcher des émanations de gaz. Se renseigner avant de partir est indispensable.

