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On la traverse sans la voir : un pont, un caniveau de pierre, et c’est déjà l’autre rive. Pourtant, ce mince cours d’eau canalisé en plein centre de Basse-Terre n’est pas un détail urbain — c’est la ligne qui a structuré la capitale depuis le XVIIe siècle. D’un côté le Carmel et son fort ; de l’autre Saint-François, sa cathédrale et son marché. La Rivière aux Herbes n’est pas un spot de baignade (on l’oublie tout de suite), c’est un fil rouge — ou plutôt bleu — pour comprendre et arpenter le vieux Basse-Terre. Cette page vous propose une balade urbaine à pied le long de ce tracé, du Fort Delgrès au marché aux épices, en lisant la ville comme un livre ouvert.

Mettons les choses au clair : une rivière urbaine

Si vous êtes venu chercher un bassin turquoise ou une cascade, ce n’est pas ici. La Rivière aux Herbes est une rivière de ville : sur sa partie basse, en plein bourg, elle est canalisée entre des murs de pierre. En 2004, la Région a financé un aménagement pour limiter les dégâts des crues dans le centre, en canalisant environ 140 mètres du cours d’eau à l’aval. Car cette rivière, comme toutes celles qui descendent du volcan, peut enfler vite et fort lors des fortes pluies. Longue d’environ 6,3 km, elle naît pourtant en pleine nature, sur les flancs sud de la Soufrière, au-dessus du Morne Table, sur le territoire de Saint-Claude, entre les lieux-dits de Choisy et de Parnasse. Elle dévale ensuite vers la mer des Caraïbes, qu’elle rejoint en plein cœur de Basse-Terre, juste à côté du marché aux épices. Son intérêt, pour le promeneur, est donc moins dans son eau que dans ce qu’elle a façonné : la ville elle-même.

La rivière qui a fondé la ville

Pour saisir Basse-Terre, il faut comprendre une chose simple : la ville est née de ses rivières. Le site a été choisi au milieu du XVIIe siècle précisément pour son eau douce — trois rivières (le Galion, la Rivière aux Herbes et la rivière des Pères) et une dizaine de ravines — et pour son relief de mornes, difficile à envahir par la terre. Bien avant les Français, cette abondance d’eau avait déjà attiré les Amérindiens : des fouilles au centre-ville ont révélé un village autochtone occupé dès les premiers siècles de notre ère. La Rivière aux Herbes, elle, a joué un rôle bien précis : elle a séparé les deux noyaux fondateurs de la ville. Sur sa rive sud s’est d’abord développé le quartier du Carmel, autour du fort qui protégeait la rade. Puis, vers 1680, des Capucins ont bâti sur la rive nord une chapelle dédiée à saint François — à l’emplacement de l’actuelle cathédrale — et un second foyer de peuplement est né, le quartier Saint-François, organisé plus tard en plan quadrillé pour le commerce et le port. La rivière est ainsi devenue la frontière interne de la ville, matérialisée par son pont, un élément si emblématique qu’il figurait déjà sur les cartes postales du début du XXe siècle.

La balade : suivre le fil de l’eau, du fort au marché

Le plus simple est de partir du sud et de descendre vers la rivière, en suivant l’ordre dans lequel la ville s’est construite. Comptez une demi-journée tranquille pour l’ensemble.

  1. Le Fort Delgrès (quartier du Carmel) On commence par le commencement : le fort, perché au sud de la ville, là où la cité est née. Bâti à partir de 1650 sous le nom de Fort Saint-Charles, plusieurs fois rebaptisé au gré des occupations, il porte aujourd’hui le nom de Louis Delgrès, héros de la résistance de 1802 contre le rétablissement de l’esclavage. Classé Monument historique, il se visite gratuitement, en général du mardi au dimanche de 9h à 16h30, et offre un panorama superbe sur la mer, la ville et la Soufrière. C’est aussi un musée à ciel ouvert : mémorial Delgrès, expositions, galeries d’art aménagées dans les souterrains.
  2. L’église du Mont-Carmel et le vieux quartier En redescendant, on traverse le quartier du Carmel, le plus ancien, avec ses maisons créoles à balcons de bois et toits de tôle. L’église Notre-Dame-du-Mont-Carmel, élevée par les premiers colons au XVIIe siècle et classée Monument historique, en est le repère.
  3. Le pont et la traversée de la rivière On arrive à la Rivière aux Herbes elle-même. C’est le moment de s’arrêter sur le pont : sous vos pieds, la frontière historique entre les deux Basse-Terre. D’un côté le fort et le pouvoir militaire, de l’autre le négoce et la vie marchande qui se déployait autour du port.
  4. La cathédrale Notre-Dame-de-Guadeloupe (quartier Saint-François) Sur l’autre rive, la cathédrale, bâtie au XVIIIe siècle, affiche une façade en pierre de taille volcanique de style baroque jésuite. Particularité : son clocher (1837), également classé, est séparé du bâtiment principal et planté à l’arrière. À deux pas, la Maison du Patrimoine et de l’Architecture, installée dans une demeure du début du XIXe siècle, propose expositions et visites guidées — utile pour creuser ce que la balade donne à voir.
  5. Le marché aux épices, là où la rivière rejoint la mer La rivière finit sa course près du marché couvert, le plus pittoresque de l’île. Reconstruit par l’architecte Ali Tur après le cyclone de 1928 autour d’un beffroi-horloge aux formes orientales (1932, classé Monument historique), il s’anime dès 6h du matin : épices, fruits, légumes, rhums arrangés, plantes médicinales, poissons. C’est le point d’orgue gourmand et vivant de la balade, ouvert du lundi au samedi matin.

En pratique

CritèreLe bon réflexe
Type de sortieBalade urbaine patrimoniale à pied (pas de baignade)
DuréeUne demi-journée tranquille ; ~3,5–4 km au total
ItinéraireFort Delgrès → quartier du Carmel → pont → cathédrale → marché
Fort DelgrèsGratuit, en général mar.–dim. 9h–16h30 ; compter 30 min à 1h
MarchéLun.–sam. matin, dès 6h ; le matin pour l’ambiance et les produits
Point de départPlace du Champ d’Arbaud (esplanade, stationnement) ou le fort
À éviterChercher à se baigner dans la rivière : elle est canalisée et sujette aux crues

Pourquoi cette balade vaut le coup pour un résident

Beaucoup de Guadeloupéens « font » Basse-Terre pour une démarche administrative — c’est la capitale, la préfecture, les tribunaux — sans jamais prendre le temps de la regarder. Or la ville est classée « Ville d’art et d’histoire », et c’est l’une des plus anciennes fondées par les Français dans l’archipel. Suivre la Rivière aux Herbes, c’est une façon de transformer un passage obligatoire en vraie sortie : comprendre pourquoi la ville est là, comment elle s’est organisée, et profiter d’un centre coloré, aéré, à l’ambiance décontractée. À caler par exemple un samedi matin pour combiner démarches, marché et balade. C’est aussi une sortie économique et facile : le fort est gratuit, le marché permet de manger local pour pas cher, et tout se fait à pied sur un périmètre réduit. Idéal avec des enfants à qui l’on veut raconter, sur place, l’histoire de Delgrès et des débuts de la Guadeloupe.

Prolonger la sortie

Le centre de Basse-Terre se combine avec plusieurs prolongements naturels :

  • La place du Champ d’Arbaud et le front de mer, pour une promenade plus aérée, bordée de palmiers, avec le monument aux morts.
  • Les échappées nature toutes proches : c’est ici que commencent les routes vers la Soufrière, les Bains Jaunes et les chutes du Carbet — la vraie nature et les vraies rivières de baignade sont à moins d’une demi-heure.
  • La distillerie Bologne, à quelques minutes vers Baillif, pour une visite et une dégustation de rhum agricole.

Note pour les visiteurs de passage

Beaucoup de voyageurs zappent Basse-Terre Ville, jugée « moins touristique ». C’est une erreur : sans être spectaculaire, c’est l’une des villes les plus authentiques et les plus sûres de l’île, et la seule qui raconte aussi clairement la naissance de la Guadeloupe française. La balade le long de la Rivière aux Herbes — fort, cathédrale, marché — se fait en une demi-journée et s’insère parfaitement avant ou après une sortie à la Soufrière, juste au-dessus. Pour la baignade, vous trouverez les rivières et cascades dans les hauteurs voisines.

Questions fréquentes

Peut-on se baigner dans la Rivière aux Herbes ?

Non : dans la ville, elle est canalisée entre des murs de pierre, et elle est sujette aux crues. Pour la baignade en rivière, direction les cours d’eau des hauteurs voisines (secteur Soufrière, chutes du Carbet).

Quel est l’intérêt de cette rivière, alors ?

Historique et urbain : depuis le XVIIe siècle, elle sépare les deux quartiers fondateurs de Basse-Terre — le Carmel (autour du Fort Delgrès) et Saint-François (autour de la cathédrale et du marché). Elle sert de fil conducteur à une belle balade dans le vieux centre.

Combien de temps prévoir ?

Une demi-journée suffit pour l’itinéraire complet (environ 3,5 à 4 km), en incluant la visite du Fort Delgrès et un passage au marché.

Le Fort Delgrès est-il payant ?

L’accès est généralement gratuit, du mardi au dimanche de 9h à 16h30. Des visites guidées peuvent être proposées ; vérifiez les horaires, qui peuvent varier lors des commémorations (notamment le 27 mai).

Quand aller au marché ?

Le matin, du lundi au samedi : il s’anime dès 6h et bat son plein en début de matinée. On y trouve épices, fruits, rhums arrangés et de quoi manger local à petit prix.

Comment venir et se garer ?

La ville s’atteint facilement par la N2. On peut se garer vers la place du Champ d’Arbaud ou près du fort, puis tout faire à pied : le centre est compact.