Que voir à Basse terre
À Basse-Terre, la ville-musée au pied du volcan
À Basse-Terre, la ville-musée au pied du volcan
Chef-lieu de la Guadeloupe, Basse-Terre est une petite ville d’Art et d’Histoire serrée entre la mer Caraïbe et la Soufrière. Le fort Delgrès et sa mémoire de 1802, la cathédrale en pierre volcanique, les palais d’Ali Tur reconstruits après le cyclone de 1928, le marché et son horloge : tout se visite à pied, dans un décor de rues colorées et de relief.
Et si chaque pierre racontait une histoire ? Si chaque détail architectural cachait une signification profonde, témoignant du courage et du sacrifice de ceux qui ont forgé notre liberté ? Le Monument aux morts de Basse-Terre, situé au cœur de la place du Champ d’Arbaud, n’est pas qu’un simple monume...
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À Basse-Terre, la ville-musée au pied du volcan
Chef-lieu de la Guadeloupe, Basse-Terre est une petite ville d’Art et d’Histoire serrée entre la mer Caraïbe et la Soufrière. Le fort Delgrès et sa mémoire de 1802, la cathédrale en pierre volcanique, les palais d’Ali Tur reconstruits après le cyclone de 1928, le marché et son horloge : tout se visite à pied, dans un décor de rues colorées et de relief.
À l’entrée sud de la ville, sur la rive droite de la rivière du Galion, le fort Delgrès domine la mer des Caraïbes. Construit à partir de 1649 par le gouverneur Charles Hoüel, agrandi par ses successeurs, il a changé plusieurs fois de nom au gré des occupations — fort Saint-Charles, fort Richepance — avant de prendre, en 1989, celui de Louis Delgrès. Car c’est ici qu’en 1802, Delgrès commandait la place lorsqu’il choisit de résister au rétablissement de l’esclavage décidé par Napoléon, avant le sacrifice final de Matouba. Le fort, classé Monument Historique depuis 1977, abrite un mémorial en hommage à ce héros et des expositions sur l’esclavage, la guerre de 1802 et l’éruption de la Soufrière de 1976. Louis Delgrès et ses compagnons, plutôt que de se rendre aux troupes venues rétablir l’esclavage, choisirent la mort — un acte de résistance devenu l’un des symboles les plus forts de la mémoire guadeloupéenne. Comprendre cette histoire sur les lieux mêmes où elle s’est jouée donne à la visite une intensité particulière.
La visite du fort se fait dans le respect que mérite ce haut lieu de la mémoire guadeloupéenne : ce n’est pas une attraction, mais un lieu où s’est jouée une page tragique du combat pour la liberté. Par une ironie de l’histoire, le général Richepance, chargé par Napoléon de mater la résistance, est enterré dans l’enceinte même du fort. Au-delà de cette mémoire, les remparts offrent une vue panoramique remarquable sur la ville, la mer et la Soufrière, et le vaste site se prête à la promenade. L’accès est libre et gratuit, généralement du mardi au dimanche en journée ; c’est l’incontournable absolu de Basse-Terre. La forteresse, bâtie pour défendre la rade contre les attaques anglaises, fut maintes fois prise et reprise au fil des siècles ; transformée dès le début du XVIIIe siècle, occupée un temps par les Anglais, elle abrita ensuite une importante caserne. Le site est vaste — remparts, bâtiments militaires, tombes de généraux — et se parcourt librement, ce qui en fait autant un lieu de mémoire qu’un belvédère sur la ville et le large.
Dans le quartier Saint-François, au cœur de la vieille ville, la cathédrale Notre-Dame-de-Guadeloupe se reconnaît à sa façade en pierre de taille volcanique, de style baroque jésuite. Elle est née de l’église Saint-François, bâtie par les capucins en 1736, devenue cathédrale après la création de l’évêché en 1850, et classée Monument Historique depuis 1975. Sa tour-clocher, légèrement à l’écart de l’édifice, et la tour du diocèse voisine complètent ce petit ensemble religieux. Particularité de l’édifice, ce clocher est lui aussi inscrit aux Monuments Historiques et se dresse à l’arrière de la cathédrale, séparé du bâtiment principal — un détail qui intrigue souvent les visiteurs. Comme tout lieu de culte, la cathédrale se visite avec respect, hors des offices.
La ville compte un autre lieu de dévotion singulier, l’église Notre-Dame-du-Mont-Carmel, surnommée le « petit Lourdes ». On y vénère une vierge en bois polychrome et, sur le côté de l’édifice, une grotte aménagée en 1917 à l’image de celle de Lourdes abrite une source où des fidèles viennent se recueillir. C’est un témoignage vivant de la dévotion populaire à Basse-Terre, à visiter, là encore, avec la discrétion qui convient à un lieu de prière.
Le quartier Saint-François, au pied du fort, concentre une partie du patrimoine ancien de la ville : maisons créoles, bâtisses des XVIIIe et XIXe siècles, dont plusieurs sont classées. C’est aussi là que se trouve la Maison du Patrimoine, installée dans une demeure du début du XIXe siècle, qui propose expositions et visites guidées de la ville. Fait remarquable, les fouilles menées autour de la cathédrale ont révélé les traces d’un vaste village amérindien, antérieur de plus de mille ans à la ville coloniale : installé entre la rivière aux Herbes et le bord de mer, il s’étendait sur plusieurs hectares et compte parmi les plus vastes connus de cette époque en Guadeloupe. Le quartier abrite aussi le musée Gerty-Archimède, installé depuis les années 1980 dans la maison de cette avocate et femme politique guadeloupéenne, et labellisé Maison des illustres : il retrace le parcours d’une figure marquante de l’histoire locale du XXe siècle.
Une grande partie des monuments publics de Basse-Terre porte la signature d’un seul homme : l’architecte Ali Tur, chargé de reconstruire les édifices officiels de la Guadeloupe après le cyclone dévastateur de 1928. À Basse-Terre, on lui doit la préfecture — l’ancien palais du Gouverneur, bâti entre 1932 et 1935 dans un vaste parc — ainsi que le palais du Conseil général et le palais de Justice, conçus pour se répondre. Ces bâtiments en béton, aux colonnades, patios et escaliers monumentaux, illustrent une architecture des années 1930 adaptée au climat tropical, avec leurs cours intérieures rafraîchies par des jets d’eau. La préfecture, inaugurée en 1935 pour le tricentenaire du rattachement de la Guadeloupe à la France, s’organise autour d’un vaste hall et d’un escalier d’honneur. Le palais du Conseil général et le palais de Justice, symétriques, jouent des colonnades, des cariatides créoles en façade et des patios à jet d’eau ; à l’intérieur, jusqu’au mobilier, tout avait été dessiné par l’architecte, dans un souci d’ensemble.
Ce patrimoine du XXe siècle se repère dans toute la ville et fait de Basse-Terre un lieu de référence pour l’architecture d’Ali Tur. Même le beffroi du marché, orné d’une horloge des années 1930 et classé Monument Historique, est de sa main — seul vestige conservé du marché qu’il avait reconstruit après 1928, le reste de la halle ayant été rénové depuis ; cette horloge est devenue l’un des emblèmes de la ville. Pour qui s’intéresse à l’architecture, parcourir la ville à la recherche de ces édifices officiels, souvent visibles de l’extérieur, est une façon originale de la découvrir, en complément du patrimoine colonial plus ancien.
Le marché de Basse-Terre, sous son horloge emblématique, est le cœur vivant de la ville. Coloré et animé, il se tient tous les matins sauf le dimanche, particulièrement le samedi, et propose épices, fruits et légumes pays, rhum et plats à emporter, dans une ambiance très locale et peu touristique. C’est l’un des marchés les plus authentiques de l’île, à deux pas du nouveau marché aux poissons et du front de mer. Pour le visiteur, c’est l’endroit où sentir le pouls de la ville et goûter aux produits du terroir. Le grand marché s’étend jusqu’au boulevard du front de mer, et l’on y trouve, sur des stands colorés, de quoi composer un repas à petit prix — plats créoles à emporter, fruits tropicaux, épices. Un panneau à l’intérieur de la halle renseigne sur les fruits et légumes pays. Une politesse à retenir : on demande gentiment aux marchandes avant de les photographier.
Autour du marché, la vieille ville se parcourt à pied : la rue de la République, en partie piétonne, aligne boutiques colorées et bâtisses anciennes ; les quais et le boulevard Maritime longent la mer ; le monument aux morts, d’un blanc immaculé, se dresse sur une esplanade bordée de palmiers. Plusieurs maisons du centre, datant de la fin du XVIIIe et du XXe siècle, sont inscrites ou classées aux Monuments Historiques, témoins de l’architecture créole urbaine d’autrefois. L’ambiance, très locale et détendue, fait partie du charme : on apprécie les couleurs des façades, la faible affluence et la douceur de vivre d’une ville où l’on flâne sans presse. Vers la sortie de la ville, en direction de Baillif, le quartier populaire du Bas du bourg aligne cases et petits commerces, dans une atmosphère vivante qui dit une autre facette de Basse-Terre, plus quotidienne que patrimoniale. La ville, tout en relief, se découvre en montant et descendant ses rues, entre façades colorées de type colonial et points de vue sur la mer. Basse-Terre a aussi la particularité de s’être bâtie au confluent de trois rivières — le Galion au pied du fort, la rivière aux Herbes près du marché, la rivière des Pères — que l’on franchit en parcourant la ville, et qui rappellent combien l’eau descend ici directement du massif. Plus haut, sur les hauteurs, le jardin botanique — le plus ancien de l’île — mérite le détour pour qui dispose d’un peu de temps. Basse-Terre n’aligne pas les monuments spectaculaires, mais l’ensemble forme une ville attachante, à taille humaine, qui se savoure à pied. Chef-lieu et préfecture de la Guadeloupe, elle compte environ douze mille habitants et porte un nom hérité du vocabulaire marin : « basse terre » désignait une côte abritée du vent, ce qu’elle est en effet, lovée sur la façade sous le vent de l’île, au pied de la Soufrière.
| À voir | Ce que c’est |
|---|---|
| Fort Delgrès | Forteresse (1649), mémoire de 1802 ; vue, gratuit |
| Cathédrale N.-D. | Façade pierre volcanique, baroque jésuite ; MH |
| Palais d’Ali Tur | Préfecture, Conseil général, Justice (post-1928) |
| Marché & horloge | Tous les matins sauf dimanche ; épices, terroir |
| Quartier Saint-François | Maisons créoles, Maison du Patrimoine |
| Front de mer & rues | Rue de la République, boulevard Maritime |
Basse-Terre se visite à pied, sur une demi-journée à une journée. Garez-vous vers la place principale, à l’entrée de la ville (le centre est tout en relief), et partez à pied. Un parcours logique : la cathédrale et le quartier Saint-François, la rue de la République, le marché et son horloge, le front de mer, puis le fort Delgrès au sud (l’incontournable, pour la mémoire et la vue). Repérez en chemin les palais d’Ali Tur. Le marché se tient le matin (sauf dimanche) ; le fort est ouvert en journée, sauf le lundi. Abordez le fort et sa mémoire de 1802 avec respect, et la cathédrale hors des offices. Prévoyez de bonnes chaussures pour le relief et de quoi vous protéger du soleil. Si vous disposez de plus de temps, montez au jardin botanique sur les hauteurs, ou poussez jusqu’à la marina de Rivière-Sens, au sud, pour une pause en bord de mer. La page « ce qu’on peut y faire » détaille la flânerie, le marché et l’ascension de la Soufrière depuis la ville ; la page « séjour » s’adresse à qui envisage de s’y installer.