Perchée sur une éminence naturelle qui domine le bourg de Petit-Canal et le Grand Cul-de-Sac Marin, l'église Saint-Philippe-et-Saint-Jacques ne se contente pas d'être un beau monument. Elle se dresse au sommet d'un escalier monumental, les Marches des Esclaves, qui relie le port à son parvis — et ce parvis fut, dans les heures les plus sombres de l'histoire guadeloupéenne, le lieu où l'on vendait les hommes et les femmes débarqués des navires négriers. Ravagée par le séisme de 1843, reconstruite, puis réhabilitée en 1930 par le célèbre architecte Ali Tur après le cyclone de 1928, l'église est aujourd'hui un témoin à la fois spirituel, architectural et mémoriel. La visiter, c'est embrasser d'un même regard la foi, l'art et la mémoire de l'esclavage.
Église Saint-Philippe-et-Saint-Jacques

L'édifice en bref
L'église Saint-Philippe-et-Saint-Jacques se situe dans le haut du bourg de Petit-Canal, commune de la côte ouest de la Grande-Terre, entre Port-Louis et Morne-à-l'Eau. Dédiée aux saints Philippe et Jacques, elle est bâtie sur une éminence qui surplombe les Marches aux Esclaves et le port de pêche. Construite au XVIIIe siècle, détruite par le tremblement de terre de 1843 puis reconstruite au milieu du XIXe siècle, elle doit sa physionomie actuelle à la réhabilitation menée par Ali Tur vers 1930. C'est un lieu de culte en activité, emblématique du patrimoine local.
| Information | Détail |
|---|---|
| Localisation | Haut du bourg de Petit-Canal (97131), sur une éminence |
| Saints patrons | Philippe et Jacques |
| Construction initiale | XVIIIe siècle |
| Reconstructions | Après le séisme de 1843 (vers 1856) ; réhabilitation Ali Tur vers 1930 |
| Plan | Croix latine orientée, avec transept ; nef à deux niveaux |
| Éléments remarquables | Clocher, vitraux, autel en maçonnerie, presbytère voisin |
| Particularité | Surplombe les Marches des Esclaves |
| Statut | Église catholique en activité |
Une histoire de séismes, de cyclones et de reconstructions
Comme beaucoup d'édifices guadeloupéens, l'église de Petit-Canal a une histoire faite de destructions et de relèvements. Une première église existe dès le XVIIIe siècle. Mais le terrible tremblement de terre de 1843, qui ébranla toute la région, la ravage. Elle est alors reconstruite au milieu du XIXe siècle, vers 1856. Le sort s'acharne pourtant : le grand cyclone de 1928, qui dévasta la Guadeloupe, l'endommage de nouveau.
C'est ici qu'intervient une figure majeure de l'architecture antillaise : Ali Tur. Nommé « architecte des colonies » par le gouvernement français et missionné par le gouverneur Tellier pour reconstruire les bâtiments publics de la Guadeloupe après le cyclone de 1928, Ali Tur se voit confier la réfection de nombreuses églises et mairies. À Petit-Canal, il réhabilite l'église vers 1930. Son œuvre guadeloupéenne est colossale : on lui doit quelque 120 édifices à travers l'île, dont la moitié subsiste aujourd'hui en bon état ou réhabilitable. L'église de Petit-Canal s'inscrit ainsi dans ce vaste mouvement de reconstruction moderniste, en béton, qui a redessiné le visage architectural de la Guadeloupe au XXe siècle.
| Date | Événement |
|---|---|
| XVIIIe siècle | Construction de la première église |
| 1843 | Destruction par le tremblement de terre |
| Vers 1856 | Reconstruction |
| 1928 | Dégâts causés par le grand cyclone |
| Vers 1930 | Réhabilitation par l'architecte Ali Tur |
L'architecture : sobre et majestueuse
L'église se distingue par une architecture à la fois sobre et imposante, posée sur son éminence. Son plan en croix latine, orienté, comporte un transept, et la nef présente une élévation à deux niveaux. Le chevet est flanqué d'un clocher et d'une petite sacristie ajoutée ultérieurement. Le clocher, de plan carré, s'organise en plusieurs registres : un rez-de-chaussée, un niveau des cloches dont les étroites baies cintrées sont équipées d'abat-sons, et un belvédère couronné d'une croix.
La façade-pignon, à l'ouest, est juchée au-dessus d'un emmarchement et encadrée de doubles pilastres. Elle s'ouvre par trois portes rectangulaires surmontées d'un oculus central, composition équilibrée qui donne à l'ensemble une allure digne. À l'intérieur, les éléments les plus remarquables sont le bel autel en maçonnerie et les vitraux. Juste à côté, le presbytère, lui aussi de belle facture, complète l'ensemble paroissial. Depuis le promontoire de l'église, la vue plonge sur le pittoresque port de pêche et le Grand Cul-de-Sac Marin — l'un des plus beaux panoramas du bourg.
Les Marches des Esclaves : un lieu de mémoire
On ne peut parler de cette église sans évoquer ce qui se trouve à ses pieds. L'escalier monumental qui relie le port à l'esplanade de l'église — entre 49 et 54 marches en pierre de taille selon les sources — porte un nom lourd de sens : les Marches des Esclaves. Devant l'église, à leur sommet, se tenaient les ventes d'esclaves à leur descente des bateaux. Cet escalier est aujourd'hui un haut lieu de recueillement et de mémoire, jalonné de monuments.
| Monument du site | Signification |
|---|---|
| Marches des Esclaves | Escalier (49-54 marches) menant à l'église ; lieu des ventes d'esclaves |
| Le Tronc des Âmes (1849) | Monument célébrant la libération des esclaves (abolition de 1848) |
| Buste de Louis Delgrès | Hommage au héros de la lutte contre le rétablissement de l'esclavage (1802) |
| Flamme éternelle à l'Esclave inconnu | Tambour ka surmonté d'une torche, inauguré le 28 mai 1994 |
| Plaques commémoratives | Mémoire des ethnies africaines déportées |
Au sommet de l'escalier, le Tronc des Âmes, daté de 1849, célèbre la libération définitive des esclaves proclamée en 1848. En bas, près du buste de l'abolitionniste Louis Delgrès, se dresse la Flamme éternelle à l'Esclave inconnu : un tambour ka surmonté d'une torche, inauguré le 28 mai 1994 pour le bicentenaire de la première abolition. Des plaques rappellent les ethnies africaines déportées sur l'île. L'ensemble fait de l'esplanade de l'église l'un des sites mémoriels les plus puissants de la Guadeloupe.
Petit-Canal, haut lieu d'histoire
L'église s'inscrit dans une commune entièrement marquée par son passé. Petit-Canal, environ 8 200 habitants, doit son nom au chenal creusé au XVIIIe siècle pour relier le bourg à la mer, facilitant le transport des marchandises sucrières et, tragiquement, le débarquement des captifs. Ancien centre sucrier, la commune s'est tournée vers l'agriculture, la pêche et le tourisme, avec une politique environnementale active (excursions en mangrove, Maison de l'environnement). Le bourg conserve plusieurs bâtiments signés Ali Tur — outre l'église, la mairie et des écoles — ce qui en fait une véritable vitrine de cet architecte. Tout près de l'église, les ruines de l'ancienne prison, envahies par les racines d'un figuier maudit, ajoutent au caractère historique du lieu. Petit-Canal fut aussi, dit-on, en mai 1802, le lieu d'embarquement des troupes d'Ignace, combattant de la lutte anti-esclavagiste.
Informations pratiques et accès
| Information | Détail |
|---|---|
| Localisation | Haut du bourg de Petit-Canal (97131), accès par la N6 |
| Accès | En voiture depuis Pointe-à-Pitre ou Morne-à-l'Eau ; à pied par les Marches |
| Durée de visite | 30 à 45 minutes (avec le site mémoriel) |
| Tarif | Gratuit |
| Intérêt | Patrimoine religieux, architecture Ali Tur, mémoire de l'esclavage, panorama |
L'église se rejoint facilement par la N6, qui mène au bourg de Petit-Canal. On peut accéder à l'esplanade par la route ou, plus symboliquement, en gravissant les Marches des Esclaves depuis le port. S'agissant d'un lieu de culte en activité, la visite intérieure dépend des horaires et des offices, et l'on adopte une tenue respectueuse. Le site mémoriel, en accès libre, mérite qu'on lui consacre du temps.
Pour les résidents, ce lieu est un repère identitaire fort, où se croisent foi paroissiale et mémoire de l'esclavage — une mémoire ravivée chaque 27 mai, journée de commémoration de l'abolition en Guadeloupe. Pour les visiteurs de passage, l'ensemble église–Marches des Esclaves est une étape majeure pour comprendre l'histoire de l'île, à combiner avec les autres sites de Petit-Canal (l'ancienne prison toute proche, le port de pêche) et, plus largement, avec le Mémorial ACTe de Pointe-à-Pitre. Du haut de son éminence, face au Grand Cul-de-Sac Marin, l'église Saint-Philippe-et-Saint-Jacques offre l'un de ces moments rares où la beauté d'un panorama et la gravité d'un lieu de mémoire se confondent.
Questions fréquentes
À qui est dédiée l'église de Petit-Canal ?
Aux saints Philippe et Jacques. C'est l'église Saint-Philippe-et-Saint-Jacques, qui domine le bourg sur une éminence naturelle.
Quelle est son histoire ?
Construite au XVIIIe siècle, détruite par le séisme de 1843, reconstruite vers 1856, endommagée par le cyclone de 1928 puis réhabilitée vers 1930 par l'architecte Ali Tur.
Que sont les Marches des Esclaves ?
Un escalier monumental en pierre de taille (49 à 54 marches) reliant le port à l'esplanade de l'église, où se tenaient les ventes d'esclaves. C'est aujourd'hui un lieu de mémoire jalonné de monuments.
Qui était Ali Tur ?
L'« architecte des colonies » chargé de reconstruire la Guadeloupe après le cyclone de 1928 ; il a édifié quelque 120 bâtiments dans l'île, dont l'église de Petit-Canal.
Que voir sur le site mémoriel ?
Le Tronc des Âmes (1849), le buste de Louis Delgrès, la Flamme éternelle à l'Esclave inconnu (tambour ka surmonté d'une torche, 1994) et des plaques commémorant les ethnies déportées.
Que voir aux alentours ?
Les ruines de l'ancienne prison au figuier maudit, le port de pêche, et les nombreux édifices d'Ali Tur du bourg.

