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Sur la place centrale du Moule, ancienne capitale sucrière de la Grande-Terre, l'église Saint-Jean-Baptiste offre au regard un visage surprenant : une élégante façade néoclassique du XVIIe siècle, avec ses colonnes ioniques et son fronton triangulaire, surmontée d'un clocher en béton armé des années 1930. Trois siècles d'histoire architecturale se télescopent ainsi en un seul édifice, témoignant des séismes et des cyclones qui ont contraint la Guadeloupe à se réinventer sans cesse. À l'intérieur, une voûte de bois en forme de coque de navire renversée, des tableaux contant la vie de saint Jean-Baptiste, des vitraux du chemin de croix et un autel de marbre richement orné. Et chaque 24 juin, un rituel rare : la bénédiction du Feu de la Saint-Jean, célébrée ici et dans une seule autre église de toute la Guadeloupe. Cette page raconte l'édifice, son histoire et ses trésors.

L'édifice en bref

L'église Saint-Jean-Baptiste se dresse rue Jeanne-d'Arc, sur la place centrale du Moule, commune de l'est de la Grande-Terre. Son originalité tient à la coexistence d'une façade néoclassique du XVIIe siècle, préservée des reconstructions, et d'éléments du XXe siècle dus à l'architecte Ali Tur (clocher, sacristie, presbytère). Classée monument historique en 1978, elle abrite un riche mobilier et un décor soigné. C'est un lieu de culte catholique en activité, au cœur d'une commune marquée par son glorieux passé sucrier.

InformationDétail
LocalisationRue Jeanne-d'Arc, place centrale du Moule (97160)
Coordonnées GPS16.33114, -61.34456
FaçadeNéoclassique, XVIIe siècle (préservée)
ReconstructionEntre 1825 et 1850 ; éléments Ali Tur 1930-1932
ProtectionClassée monument historique (1978)
PlanCroix latine (avec deux chapelles)
StatutÉglise catholique en activité

Trois siècles en une façade

L'histoire de l'église commence au XVIIe siècle, avec l'érection de la paroisse Saint-Jean-Baptiste, l'une des composantes du jeune diocèse de la Guadeloupe. De cette époque, l'édifice a conservé un élément précieux : sa façade. Lorsque l'église est reconstruite entre 1825 et 1850, on prend soin de préserver cette façade néoclassique d'origine. Construite en grès et calcaire (travertin), flanquée de maçonneries latérales, elle présente quatre colonnes ioniques surmontées d'un fronton triangulaire, et, de part et d'autre du portail, deux niches destinées à recevoir des statues. C'est l'une des plus belles façades religieuses de l'île, et un rare témoignage de l'architecture du XVIIe siècle guadeloupéen.

Puis vint le grand cyclone du 12 septembre 1928 — l'ouragan Okeechobee — qui dévasta la Guadeloupe et endommagea lourdement l'église. C'est là qu'intervient Ali Tur, l'« architecte des colonies » mandaté pour reconstruire les bâtiments de l'île. Par adjudication du 21 novembre 1930, il est chargé de reconstruire en béton armé le clocher, la sacristie, le presbytère à étage et son annexe. Le défi était de taille : marier un clocher neuf à une façade du XVIIe siècle. Ali Tur le releva avec un clocher éclectique, aux proportions adaptées à l'édifice existant, dont les claustras, les horloges et le sommet du clocheton sont particulièrement soignés.

DateÉvénement
XVIIe siècleÉrection de la paroisse ; façade d'origine
1825-1850Reconstruction, en préservant la façade
12 septembre 1928L'ouragan Okeechobee endommage l'église
1930-1932Ali Tur reconstruit clocher, sacristie, presbytère (béton armé)
1935Grands travaux du Père Durand (voûte rehaussée, œils-de-bœuf)
1978Classement aux monuments historiques
1990Restauration après l'ouragan Hugo (1989)

Les travaux du Père Durand et le décor intérieur

L'intérieur doit beaucoup à un homme : le Père Henri Durand, curé de l'église, qui entreprit en 1935 de grands travaux pour améliorer la luminosité et la ventilation. La voûte de la nef, recouverte d'un lambris formant une coque de navire renversée, fut rehaussée et percée de quatorze petites ouvertures en œil-de-bœuf. Les majestueux piliers soutenant la voûte furent à leur tour habillés de bois, et des vitraux apposés sur les façades latérales. Cette ingénieuse adaptation au climat tropical — faire entrer la lumière et l'air dans un édifice massif — est typique de l'architecture antillaise de l'époque.

Le décor mérite qu'on s'y attarde. Dans le chœur, quatre tableaux racontent la vie de saint Jean-Baptiste. L'autel, en marbre richement travaillé, est enjolivé des statues dorées des apôtres — un ensemble malmené par le cyclone de 1928 puis restauré. Au-dessus des fenêtres à claustras, des vitraux en demi-lune représentent les quatorze stations du chemin de croix. Avec ses deux chapelles, le bâtiment forme une croix latine. La chapelle Fatima, toute proche, est rattachée à l'église.

Élément intérieurÀ observer
Voûte de la nefLambris en coque de navire renversée, rehaussée en 1935
Œils-de-bœufQuatorze ouvertures pour la lumière et la ventilation
ChœurQuatre tableaux sur la vie de saint Jean-Baptiste
AutelMarbre travaillé, statues dorées des apôtres
VitrauxQuatorze stations du chemin de croix, en demi-lune
FaçadeColonnes ioniques, fronton, niches (XVIIe siècle)

Le Feu de la Saint-Jean : une tradition rare

Voici l'anecdote qui distingue cette église entre toutes. Chaque année, le 24 juin, jour de la Saint-Jean, le prêtre y bénit « le Feu de la Saint-Jean ». Or cette tradition n'a lieu que dans deux églises de toute la Guadeloupe : celle du Moule et celle, homonyme, de Baie-Mahault — toutes deux dédiées à saint Jean-Baptiste. Ce rituel, lié aux feux de la Saint-Jean célébrés dans de nombreuses cultures au solstice d'été, donne à la fête patronale du Moule une saveur particulière, et constitue un marqueur identitaire fort pour la paroisse.

Le Moule, ancienne capitale sucrière

L'église s'inscrit dans une commune au passé prestigieux. Le Moule, environ 22 400 habitants, fut au XIXe siècle l'une des paroisses les plus prospères de la Guadeloupe, grâce à ses immenses champs de canne qui s'étendaient sur quelque 12 000 hectares. Ancien grand port sucrier, la commune conserve un patrimoine notable : outre l'église, plusieurs bâtiments signés Ali Tur (écoles, mairie inaugurée en 1927), la chapelle Notre-Dame-de-la-Charité, et, dans les environs, la maison Zévallos, le musée d'archéologie précolombienne Edgar-Clerc et la distillerie Damoiseau, l'une des dernières grandes distilleries de Grande-Terre. Le Moule possède aussi un beau front de mer et des plages sur la côte atlantique.

Informations pratiques et accès

InformationDétail
LocalisationRue Jeanne-d'Arc, place centrale du Moule
Coordonnées GPS16.33114, -61.34456
AccèsEn voiture jusqu'au centre du Moule ; à pied sur la place
VisiteSelon horaires d'ouverture et offices
TarifGratuit
Fête patronaleSaint-Jean-Baptiste, le 24 juin (Feu de la Saint-Jean)

L'église se trouve en plein centre du Moule, sur la place principale, facile d'accès en voiture comme à pied. S'agissant d'un lieu de culte en activité, la visite intérieure dépend des horaires d'ouverture et des offices ; on adopte une tenue respectueuse. Les détails architecturaux, le mobilier et les vitraux peuvent s'admirer en dehors des cérémonies.

Pour les résidents, cette église est le cœur historique et spirituel du bourg, et le théâtre, chaque 24 juin, d'une tradition que partage seulement une autre commune de l'île. Pour les visiteurs de passage, c'est une étape patrimoniale de premier ordre lors d'une découverte du Moule et de l'est de la Grande-Terre : on prolonge volontiers la visite par la maison Zévallos, le musée Edgar-Clerc ou une halte à la distillerie Damoiseau, avant de profiter du front de mer. Devant cette façade du XVIIe siècle couronnée d'un clocher du XXe, on lit en un seul regard toute l'histoire architecturale de la Guadeloupe : celle d'une île qui, à chaque catastrophe, a su préserver le meilleur de son passé tout en se reconstruisant pour l'avenir.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qui rend la façade de l'église remarquable ?

Elle date du XVIIe siècle et a été préservée lors des reconstructions. De style néoclassique, en grès et calcaire, elle présente quatre colonnes ioniques surmontées d'un fronton triangulaire.

Quel rôle a joué Ali Tur ?

Après l'ouragan de 1928, il a reconstruit en béton armé le clocher, la sacristie et le presbytère (adjudication de 1930), en adaptant le nouveau clocher à la façade ancienne.

Qu'est-ce que le Feu de la Saint-Jean ?

Une bénédiction célébrée chaque 24 juin, qui n'a lieu que dans deux églises de Guadeloupe : celle du Moule et celle de Baie-Mahault, toutes deux dédiées à saint Jean-Baptiste.

Que voir à l'intérieur ?

La voûte en coque de navire renversée, les œils-de-bœuf, les quatre tableaux sur la vie de saint Jean-Baptiste, l'autel de marbre aux statues dorées et les vitraux du chemin de croix.

L'église est-elle protégée ?

Oui, elle est classée au titre des monuments historiques depuis 1978.

Que voir d'autre au Moule ?

La maison Zévallos, le musée Edgar-Clerc (archéologie précolombienne), la distillerie Damoiseau, la chapelle Notre-Dame-de-la-Charité et le front de mer.