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Au bout de la D122, là où la canne cède la place à une savane rase battue par les alizés, la route file vers un point où la terre s’arrête net. Devant vous, deux murailles calcaires se font face et laissent passer un bras de mer qui s’enfonce loin dans la roche avant de venir mourir sur une petite langue de sable. D’un côté, l’Atlantique cogne, gronde et projette ses gerbes ; de l’autre, le lagon se tait, vert et lisse comme une mare. C’est ce contraste — la fureur et le calme à trois pas l’un de l’autre — qui a valu à ce site son nom inquiétant. Pour beaucoup d’Anse-Bertrandais, la Porte d’Enfer n’est pourtant ni un enfer ni une carte postale : c’est le coin du dimanche, le terrain de pêche à pied des anciens, le départ de la plus belle marche du Nord Grande-Terre.

Où se trouve la Porte d’Enfer ?

La Porte d’Enfer ferme l’extrême nord de la Grande-Terre, sur la commune d’Anse-Bertrand, entre la Pointe du Lagon à l’est et la Pointe du Piton à l’ouest. C’est un étroit bras de mer encaissé dans les falaises, protégé à son extrémité par une barrière de coráil qui calme les eaux du fond et y dessine un lagon. On parle ici du « côté nord » : la façade atlantique d’Anse-Bertrand, côté au vent, la plus exposée à la houle et la plus sauvage de la commune. Le nom intrigue toujours. Une explication géologique veut qu’une arche de pierre ait autrefois relié les deux falaises, formant une véritable « porte » au-dessus de l’eau ; elle se serait effondrée lors du séisme de 1843, celui-là même qui détruisit Pointe-à-Pitre. Le « côté enfer », lui, tiendrait à la violence des flots qui s’engouffrent entre les parois les jours de grosse mer.

Un lagon, deux visages

Ce qui rend l’endroit unique, c’est cette double personnalité. Au fond du bras de mer, l’eau est calme, transparente, peu profonde : on y a pied longtemps, ce qui en fait un lieu de baignade familial apprécié quand les conditions le permettent. À mesure qu’on remonte vers l’ouverture, la houle reprend ses droits et, les jours de forte houle de nord, les vagues se brisent franchement à l’entrée du lagon. C’est aussi ce qui fait le danger du site pour le snorkeling : tant qu’on reste en retrait, tout va bien ; si l’on s’aventure vers la passe, on se retrouve happé par le brassage de l’Atlantique. La règle locale est simple et tient en une phrase : on profite du fond du lagon, on ne nage pas vers la sortie. À vérifier avant de venir : les sargasses. La Porte d’Enfer est régulièrement touchée par les échouages d’algues sargasses, qui peuvent recouvrir la plage, brunir l’eau et dégager une odeur forte ainsi que des émanations désagréables une fois en décomposition. Lors d’épisodes importants (2019, passage de Fiona…), la commune a dû intervenir au tractopelle. Le restaurant du bord de plage ferme d’ailleurs souvent quand le lagon est envahi. Mieux vaut donc se renseigner sur l’état des échouages avant de prévoir une journée baignade : la randonnée sur les hauteurs, elle, reste praticable.

La Trace des Falaises : la grande marche du Nord

La Porte d’Enfer n’est pas qu’un point de baignade : c’est surtout la porte d’entrée de la Trace des Falaises, le sentier littoral qui longe toute la côte atlantique d’Anse-Bertrand au sommet des falaises. Depuis le parking, on traverse la D122 et l’on part à pied par le Sentier des Douaniers, qui mène d’abord au Trou de Madame Coco puis à la Pointe du Souffleur. Pour qui veut tout faire, la trace complète relie la Porte d’Enfer au moulin de la Mahaudière sur environ 11 km, soit une bonne demi-journée de marche. Le sentier n’a pas de difficulté technique majeure, mais il ne faut pas le sous-estimer : peu d’ombre, roche calcaire coupante, un passage pentu et glissant près de la mer équipé de cordes, et un soleil qui tape sur toute la longueur. Les habitués recommandent de bonnes chaussures fermées, beaucoup d’eau et un départ tôt le matin. Et une consigne de sécurité qui revient partout : ne pas s’approcher du bord des falaises ni du Souffleur, car la roche s’effondre.

La rando en un coup d’œil

CritèreDétail
Point de départParking de la Porte d’Enfer (D122), côté droit de la route en venant du bourg
Premier objectifTrou de Madame Coco — env. 15 min de marche
Objectif suivantPointe du Souffleur — compter ~1 h de plus
Trace complètePorte d’Enfer ↔ Mahaudière, env. 11 km
NiveauAccessible / familles pour la partie basse ; éprouvant au soleil sur la trace longue
À emporterEau en quantité, chaussures fermées, chapeau, protection solaire
À éviterS’approcher du bord (effondrements), nager vers la passe, marcher dans les sargasses en décomposition

Parkings et baignade non surveillés.

Le Trou de Madame Coco, entre géologie et légende

À un quart d’heure de marche, le Trou de Madame Coco — « Tou a Man Koko » en créole — est une cavité percée dans la falaise par l’érosion marine. C’est l’un de ces lieux où la géographie et le récit populaire se mêlent. La légende raconte une rivalité entre deux femmes, Madame Grands-Fonds et Madame Coco ; jalouse, cette dernière aurait passé un pacte avec le diable pour la surpasser, puis, n’ayant pas tenu sa part du marché, aurait été emportée par la mer jusqu’au fond de cette grotte. L’histoire est ancrée dans la mémoire du nord de la commune, non loin du lieu-dit Yaya, que la tradition décrit comme un espace mystique « où se rencontrent les esprits ». Un peu plus loin, la Pointe du Souffleur offre l’autre temps fort de la balade : un geyser marin qui projette l’eau par un orifice de la roche quand la houle et le vent s’y prêtent. Le spectacle dépend entièrement des conditions du jour — d’où l’intérêt de venir un jour de mer formée.

Pour les résidents : ce qu’on oublie souvent de dire

  • C’est un site de pêche. La façade nord d’Anse-Bertrand est un terrain de « pêche-falaise » bien connu, notamment pour les « bougo » ; la Pointe Tête à Bœuf, sur la trace, sert aussi d’amer aux pêcheurs en mer.
  • Un site réglementé. Le parc est entretenu par la commune et encadré par un arrêté municipal : pas de feux, pas de dépôts d’ordures (conteneurs et bacs de tri près du parking), et on ne baigne pas son chien dans la mer.
  • Accès PMR. Le site dispose d’un carbet et d’un platelage d’accès adapté aux personnes à mobilité réduite, ainsi que de panneaux pédagogiques en braille — équipements rares qui méritent d’être signalés.
  • Sans voiture, c’est possible. Anse-Bertrand est desservie depuis Pointe-à-Pitre et les Abymes par les lignes interurbaines 102 et 112 ; pour le dernier tronçon, le covoiturage local (Dépozé, Karos) dépanne.
  • Si la Porte d’Enfer est ensargassée, repli à côté. Plus au sud-ouest de la commune, l’Anse Colas (pique-nique, pêche aux orfis) ou la plage de la Chapelle (sable blond, barrière de corail, douches, parking) restent de bonnes options — très fréquentées à Pâques et à la Pentecôte.

Note pour les visiteurs de passage

Si vous découvrez l’île, gardez en tête trois choses. D’abord, téléphonez ou renseignez-vous sur l’état des sargasses avant de venir pour la baignade : un même site peut être paradisiaque ou inabordable d’une semaine à l’autre. Ensuite, ne confondez pas le calme du fond du lagon avec la sécurité générale du lieu : l’Atlantique est juste derrière, et la baignade n’est pas surveillée. Enfin, prévoyez un pique-nique ou vérifiez l’ouverture du restaurant de la plage, car il n’y a pas de commerce à deux pas. Le matin, lumière douce et fréquentation faible : c’est le meilleur créneau.

Questions fréquentes

Peut-on se baigner à la Porte d’Enfer ?

Oui, au fond du lagon où l’eau est calme et peu profonde, à condition qu’il n’y ait pas d’échouage de sargasses. On reste en retrait : il ne faut pas nager vers l’entrée du lagon, où la houle atlantique devient dangereuse. Baignade non surveillée.

Combien de temps pour aller au Trou de Madame Coco ?

Environ 15 minutes de marche depuis le parking, par le sentier qui part en face de la plage. Comptez ensuite à peu près une heure de plus pour pousser jusqu’à la Pointe du Souffleur.

La randonnée est-elle difficile ?

Pas techniquement, mais elle est exposée au soleil, la roche est coupante et un passage près de la mer est pentu et glissant (cordes en place). Bonnes chaussures, beaucoup d’eau, chapeau, départ tôt. La trace complète jusqu’à la Mahaudière fait environ 11 km.

Comment venir sans voiture ?

Les lignes interurbaines 102 et 112 relient Pointe-à-Pitre / Abymes à Anse-Bertrand. Le dernier tronçon jusqu’au site peut se faire en covoiturage (Dépozé, Karos).

Le site est-il accessible aux personnes à mobilité réduite ?

Le site dispose d’un carbet et d’un platelage d’accès adaptés aux PMR, ainsi que de panneaux pédagogiques en braille. La randonnée des falaises, en revanche, n’est pas adaptée.

Pourquoi ça s’appelle « Porte d’Enfer » ?

Une arche de pierre reliait autrefois les deux falaises, formant une « porte » ; elle se serait effondrée au séisme de 1843. Le « côté enfer » renvoie à la violence des vagues qui s’engouffrent entre les parois.