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Au bout de la D122, là où la canne cède la place à une savane rase battue par les alizés, la route file vers un point où la terre s’arrête net. Devant vous, deux murailles calcaires se font face et laissent passer un bras de mer qui s’enfonce loin dans la roche avant de venir mourir sur une petite langue de sable. D’un côté, l’Atlantique cogne, gronde et projette ses gerbes ; de l’autre, le lagon se tait, vert et lisse comme une mare. C’est ce contraste — la fureur et le calme à trois pas l’un de l’autre — qui a valu à ce site son nom inquiétant. Pour beaucoup d’Anse-Bertrandais, la Porte d’Enfer n’est pourtant ni un enfer ni une carte postale : c’est le coin du dimanche, le terrain de pêche à pied des anciens, le départ de la plus belle marche du Nord Grande-Terre.

La Trace des Falaises : la grande marche du Nord

La Porte d’Enfer n’est pas qu’une plage. C’est aussi le point de départ de la Trace des Falaises, le sentier littoral qui longe la côte atlantique d’Anse-Bertrand en haut des falaises. C’est la dernière étape de la Boucle du Nord Grande-Terre. Depuis la plage, en passant devant le restaurant Chez Coco, on rejoint d’abord le Trou de Madame Coco, puis la Pointe du Souffleur. L’aller-retour jusqu’au Souffleur fait environ 8 km, soit à peu près 3 heures de marche. La trace complète va de la Porte d’Enfer à l’ancienne habitation de la Mahaudière : 11,7 km, environ 5 heures.

Le sentier est classé de niveau moyen. Il ne présente pas de vraie difficulté technique, mais il demande de l’attention : peu d’ombre, roche calcaire coupante, passages caillouteux et glissants près de la mer, et un soleil qui tape du début à la fin. Prévoyez de bonnes chaussures fermées, beaucoup d’eau, et partez tôt le matin. Une consigne revient partout : ne vous approchez ni du bord des falaises ni du trou du Souffleur, car la roche peut s’effondrer.

Pour les résidents : ce qu’on oublie souvent de dire

Une vraie aire de pique-nique : carbets, une dizaine de tables en grande partie ombragées et des barbecues. Le restaurant Chez Coco est en bord de plage. Un site adapté aux PMR : carbet dédié, platelage jusqu’au bord de l’eau et sanitaires adaptés. Ces équipements sont encore rares sur les sites naturels de l’île. Sans voiture, c’est possible. Les lignes interurbaines 102 (par Port-Louis et Petit-Canal) et 112 (par Morne-à-l’Eau et Les Mangles) relient Pointe-à-Pitre et Les Abymes à Anse-Bertrand. Pour le dernier tronçon, les plateformes de covoiturage Dépozé et Karos peuvent dépanner. Si la Porte d’Enfer est envahie de sargasses, repliez-vous sur l’Anse Laborde ou la plage de la Chapelle, au sud-ouest de la commune. Note pour les visiteurs de passage

Si vous découvrez l’île, retenez trois choses. D’abord, vérifiez l’état des sargasses avant de venir vous baigner : un même site peut être paradisiaque une semaine et impraticable la suivante. Ensuite, le calme du fond du lagon ne veut pas dire que tout le site est sûr : l’Atlantique est juste derrière, et la baignade n’est pas surveillée. Enfin, prévoyez un pique-nique ou vérifiez que le restaurant est ouvert, car il n’y a aucun autre commerce à proximité. Le matin, la lumière est douce et il y a peu de monde : c’est le meilleur moment.

Infos pratiques

La Porte d’Enfer se trouve à Anse-Bertrand, tout au nord de la Grande-Terre. En voiture depuis Pointe-à-Pitre, prenez la N5 jusqu’à Morne-à-l’Eau, puis la D122 vers Anse-Bertrand : la route mène directement à la plage. Pour le GPS, entrez les coordonnées du parking : 16.48607 N, -61.44206 O. Le parking, vaste et en bord de plage, n’est pas surveillé. Ne laissez rien de visible dans le véhicule.

Sans voiture, les lignes interurbaines 102 et 112 relient Pointe-à-Pitre et Les Abymes à Anse-Bertrand. Pour le dernier tronçon, vous pouvez passer par le covoiturage avec Dépozé ou Karos.

Sur place, vous trouverez des carbets, des tables de pique-nique, des barbecues, des sanitaires adaptés et un platelage qui permet aux personnes à mobilité réduite d’accéder au bord de l’eau. Pour manger, le restaurant Chez Coco est installé en bord de plage. Il ferme souvent lors des gros échouages de sargasses : prévoyez un pique-nique si vous avez un doute.

On se baigne uniquement au fond du lagon, et la baignade n’est pas surveillée. Pour profiter du site au mieux, venez tôt le matin : la lumière est douce, il fait plus frais et il y a peu de monde.

Que voir à proximité

La Pointe de la Grande Vigie. C’est le point le plus au nord de la Guadeloupe, sur la même côte. Ses falaises calcaires montent jusqu’à 80 mètres. Par temps clair, on aperçoit Antigua à environ 70 km, Montserrat à environ 80 km et La Désirade. Son nom rappelle son ancien rôle de poste de guet sur le trafic maritime. Le parking est gratuit, mais le site n’a pas partout de garde-corps : surveillez les enfants de près. La Pointe du Souffleur. Si vous ne faites qu’une partie de la trace, elle vaut à elle seule la marche les jours de houle. L’habitation de la Mahaudière. Au bout de la Trace des Falaises, les vestiges de cette ancienne habitation-sucrerie sont le point d’arrivée des randonneurs. On peut aussi y accéder en voiture. L’Anse Laborde et la plage de la Chapelle. Deux plages de la commune, plus au sud-ouest, pour se baigner quand le lagon de la Porte d’Enfer n’est pas praticable.

Une anecdote marquante

Ces falaises sauvages ont longtemps été l’un des derniers territoires amérindiens de la Guadeloupe. En 1660, un traité signé à Basse-Terre avec le gouverneur Charles Houël attribue aux Caraïbes, les Kalinagos, des terres dans le nord-est de la Grande-Terre, sur l’actuelle commune d’Anse-Bertrand. En 1730, un recensement compte encore 76 Caraïbes, hommes, femmes et enfants, près d’Anse-Bertrand. En 1822, une quinzaine d’entre eux reçoivent 200 hectares à l’ouest de la Pointe de la Grande Vigie. En 1855, un journal évoque « les derniers indigènes » installés à Fond Caraïbe. Aujourd’hui, Anse-Bertrand fait vivre cette mémoire kalinago. En marchant sur la Trace des Falaises, on parcourt donc aussi l’un des derniers refuges du premier peuple de l’île.

FOQ

Questions fréquentes

Peut-on se baigner à la Porte d’Enfer ?

Oui, au fond du lagon, où l’eau est calme et peu profonde, s’il n’y a pas d’échouage de sargasses. Restez en retrait : ne nagez pas vers l’entrée du lagon, où la houle atlantique et les courants deviennent dangereux. Baignade non surveillée.

Combien de temps pour aller au Trou de Madame Coco ?

Environ 15 minutes de marche depuis le parking de la plage. L’aller-retour jusqu’à la Pointe du Souffleur fait environ 8 km, soit à peu près 3 heures.

La randonnée est-elle difficile ?

Elle est classée de niveau moyen. Elle n’est pas technique, mais le sentier est exposé au soleil, la roche est coupante et certains passages près de la mer sont glissants. Prévoyez de bonnes chaussures, beaucoup d’eau, un chapeau, et partez tôt. La trace complète jusqu’à La Mahaudière fait 11,7 km, soit environ 5 heures.

Comment venir sans voiture ?

Les lignes interurbaines 102 et 112 relient Pointe-à-Pitre et Les Abymes à Anse-Bertrand. Pour le dernier tronçon jusqu’au site, vous pouvez passer par le covoiturage (Dépozé, Karos).

Le site est-il accessible aux personnes à mobilité réduite ?

Oui : le site dispose d’un carbet dédié, d’un platelage jusqu’au bord de l’eau et de sanitaires adaptés. La randonnée des falaises, en revanche, n’est pas accessible.

Pourquoi ça s’appelle « Porte d’Enfer » ?

Une arche de pierre reliait autrefois les deux falaises et formait une « porte ». Elle se serait effondrée lors du séisme de 1843. Le côté « enfer » vient des courants et des vagues qui s’engouffrent entre les parois.

Que voir autour de la Porte d’Enfer ?

La Pointe de la Grande Vigie, point le plus au nord de la Guadeloupe, avec ses falaises de 80 mètres et sa vue sur Antigua et Montserrat par temps clair. Il y a aussi la Pointe du Souffleur, l’habitation de la Mahaudière, l’Anse Laborde et la plage de la Chapelle.