Au cœur de la forêt dense humide du nord de Basse-Terre, une cascade de quinze mètres dévale la roche dans un écrin de verdure : le Saut des Trois Cornes. Au départ des bains sulfureux de Sofaïa, une courte mais exigeante randonnée mène à ce joyau de la commune de Sainte-Rose. Une immersion totale dans la nature guadeloupéenne, à savourer par temps sec et dans le respect de quelques règles de prudence.
Le Saut des Trois Cornes : joyau turquoise de Sofaïa

Fiche rando
| Critère | Info |
|---|---|
| Secteur | Forêt de Sofaïa, Sainte-Rose (Nord Basse-Terre) |
| Distance | ~1,5 km A/R court; boucle ~3 km par le sentier botanique |
| Durée | ~1h20 A/R; ~2h30 à 3h pour la boucle |
| Dénivelé | ~150 m (A/R); ~300 m cumulés sur la boucle |
| Type | Aller-retour ou boucle; descente à l’aller |
| Difficulté | Facile sur le papier, mais glissant et plus dur qu’annoncé |
| Terrain | Forêt humide, escaliers, racines; traversée de rivière |
| Départ | Parking des bains/source sulfureuse de Sofaïa |
| À emporter | Chaussures de marche, bâtons, eau, en-cas |
| Vigilance | Boue/glisse, crue de rivière, douches soufrées (amibes) |
Une cascade nichée dans la forêt
Le Saut des Trois Cornes est l’une des plus belles cascades du nord de Basse-Terre. Haute d’une quinzaine de mètres, elle dévale la roche sur la rivière Moustique, au cœur d’une forêt dense et humide d’une grande richesse. Son nom évoque la roche triangulaire qui, en haut de la chute, partage le débit en plusieurs filets d’eau. Le cadre est somptueux : végétation luxuriante, arbres géants, ambiance sonore où se mêlent le grondement de l’eau et les chants d’oiseaux. C’est un de ces lieux où l’on prend la mesure de la beauté brute de la nature guadeloupéenne, loin de l’agitation du littoral. Il faut toutefois le préciser d’emblée, car c’est une source fréquente de déception pour les visiteurs mal informés : le Saut des Trois Cornes ne dispose pas de véritable bassin de baignade. Contrairement à d’autres cascades de l’île, on ne vient pas ici pour nager dans une vasque profonde, mais pour admirer la chute et, tout au plus, se rafraîchir sous la cascade, dans une eau peu profonde. Cette particularité n’enlève rien à la beauté du site, mais il vaut mieux le savoir pour ne pas être surpris. C’est avant tout une destination de randonnée et de contemplation, pour les amoureux de nature et de forêt tropicale.
L’itinéraire depuis Sofaïa
La randonnée débute au parking des bains de Sofaïa, au terminus de la route, après avoir traversé Sainte-Rose et grimpé jusqu’au hameau. De là, un sentier balisé par l’Office national des forêts s’enfonce dans la forêt humide. Le parcours commence par une descente régulière parmi les grands arbres, jusqu’à rejoindre la rivière Moustique. Il faut alors la traverser, prudemment, pour atteindre le pied de la cascade, qui se dresse alors face à vous. Comptez environ trente à quarante minutes pour l’atteindre, soit à peu près une heure et vingt minutes pour l’aller-retour le plus direct. Deux options s’offrent ensuite à vous pour le retour. La première consiste à revenir par le même chemin; la seconde, à poursuivre en boucle par le sentier botanique, balisé en jaune, pour un circuit total d’environ trois kilomètres. Cette boucle, plus longue, fait grimper le dénivelé cumulé et demande de prévoir deux heures et demie à trois heures. Quel que soit le choix, l’essentiel de l’effort se concentre sur la remontée, l’aller se faisant en descente. Le sentier, en partie aménagé en escaliers, est jalonné de repères, dont un rocher remarquable surnommé « le rocher du dragon » par les randonneurs de la région.
Une forêt à explorer
Au-delà de la cascade, c’est toute la richesse de la forêt tropicale qui se dévoile le long du parcours. Le sentier traverse une forêt dense humide peuplée d’arbres souvent gigantesques, parmi lesquels le gommier blanc, dont la résine odorante était traditionnellement utilisée comme encens, le bois l’encens, le bois rouge carapate ou encore l’acomat boucan, reconnaissable à ses imposants contreforts. On y croise aussi des palmistes montagne et l’étonnante liane boudin-tordu. Cette diversité végétale fait du sentier un véritable parcours découverte, d’autant que l’Office national des forêts y a aménagé un sentier d’interprétation. Ce dispositif, appelé Sylvascope, propose des bornes interactives le long du chemin : à l’aide d’une application ou d’un visioguide à récupérer auprès de l’ONF, le promeneur découvre la faune et la flore environnantes au fil de devinettes et d’explications. C’est une façon ludique et pédagogique de cheminer, particulièrement appréciée des familles et des curieux de nature. Côté faune, la forêt abrite une vie discrète mais bien présente : on entend le Pic de Guadeloupe, les cigales et les grillons, et l’on peut observer, dans la rivière Moustique, des poissons et des libellules endémiques de l’île. Une immersion complète dans l’écosystème antillais.
Honnêteté de terrain
Ne vous fiez pas à la faible distance affichée : cette randonnée, classée facile sur le papier, se révèle souvent plus exigeante que prévu. Le principal écueil est la boue. Le sentier, en sous-bois humide, devient rapidement très glissant après la pluie, et les racines comme les pierres rendent alors la progression lente et délicate. Plusieurs randonneurs témoignent d’un parcours bien plus long et difficile qu’annoncé, et la remontée finale, raide, peut être éprouvante. Des chaussures de marche cramponnées sont indispensables, et des bâtons de randonnée vivement recommandés. Ne sous-estimez pas non plus la chaleur étouffante qui règne sous le couvert forestier : emportez de l’eau en quantité. Le point de vigilance le plus sérieux concerne la traversée de la rivière Moustique. Par temps sec, elle se franchit sans difficulté, mais en cas de fortes pluies, le niveau peut monter brutalement. Il ne faut alors en aucun cas tenter de traverser : mieux vaut renoncer, ou attendre la décrue. De manière générale, cet itinéraire est déconseillé, voire dangereux, s’il a plu la veille ou si le mauvais temps est annoncé. Renseignez-vous sur la météo avant de partir. Bonne nouvelle pour la sécurité : ce sentier fait partie de ceux équipés de balises de secours par l’ONF, destinées à aider les randonneurs en difficulté à se localiser. Enfin, pour profiter du calme et éviter la foule au pied de la cascade, partez tôt le matin et évitez les week-ends.
Les bains de Sofaïa
La randonnée du Saut des Trois Cornes a un complément naturel : les bains de Sofaïa, situés au point de départ même. Après l’effort, il est tentant de se délasser sous les douches en plein air qui diffusent l’eau sulfureuse et chaude de la source, à environ trente degrés. Traditionnellement, la population attribue à cette eau soufrée des vertus pour la peau, et le passage sous ces douches est un moyen agréable de se décrotter et de détendre les muscles après la marche. C’est l’occasion d’une expérience complète, entre cascade d’eau fraîche et source chaude naturelle. Quelques précisions toutefois. Il s’agit aujourd’hui de douches, et non d’un bassin : le débit peut être faible, et l’affluence rendre l’accès difficile aux heures de pointe. Surtout, comme pour toute eau douce chaude d’origine naturelle, une précaution sanitaire s’impose : évitez de vous immerger la tête ou de faire entrer l’eau par le nez, afin d’écarter tout risque lié aux amibes, ces micro-organismes qui peuvent se développer dans les eaux chaudes non traitées. Cette consigne, simple, permet de profiter sereinement des bienfaits de la source. Avec ces quelques précautions, la combinaison cascade et bains soufrés offre une parenthèse nature d’une grande qualité, emblématique du nord de Basse-Terre.
Note pour les visiteurs de passage
Le Saut des Trois Cornes est une belle découverte pour qui veut goûter à la forêt tropicale sans s’engager dans une randonnée trop longue. Pour en profiter pleinement, choisissez impérativement une journée sans pluie, partez tôt le matin et évitez les week-ends. Équipez-vous de chaussures de marche, de bâtons, d’eau en quantité et d’un en-cas; prévoyez aussi un maillot et une serviette pour la douche sous la cascade et le passage aux bains de Sofaïa. La cascade ne permettant pas de véritable baignade, abordez-la comme une halte contemplative plutôt que comme un spot de baignade. Le secteur se prête à une belle journée nature : on peut combiner cette sortie avec la découverte des plages du nord-ouest de Basse-Terre, toutes proches. Respectez la forêt, restez sur les sentiers balisés, ne laissez aucun déchet et soyez attentif à la météo : la forêt tropicale, aussi magnifique soit-elle, exige humilité et prudence. À ces conditions, le Saut des Trois Cornes vous offrira un moment suspendu, au plus près de la nature guadeloupéenne.
Questions fréquentes
Où se trouve le Saut des Trois Cornes ?
À Sainte-Rose, dans le nord de Basse-Terre, au cœur de la forêt tropicale. La randonnée débute au parking des bains de Sofaïa, au terminus de la route, après avoir traversé la commune et grimpé jusqu’au site.
Peut-on se baigner sous la cascade ?
Il n’y a pas de véritable bassin : l’eau au pied de la chute est très peu profonde. On peut se rafraîchir sous la cascade, mais ce n’est pas un spot de baignade comme d’autres cascades de l’île. Abordez-la surtout comme un site à contempler.
La randonnée est-elle difficile ?
Classée facile, elle est courte mais souvent plus exigeante qu’annoncé : terrain glissant, racines, escaliers, et une remontée raide au retour. Des chaussures de marche et des bâtons sont vivement conseillés.
Que faire en cas de pluie ?
Renoncez. Le sentier devient très boueux et dangereux, et la traversée de la rivière Moustique peut devenir impossible en cas de crue. Ne vous engagez pas s’il a plu la veille ou si le mauvais temps est annoncé, et ne traversez jamais une rivière en crue.
Quelle précaution aux bains de Sofaïa ?
Ce sont des douches d’eau soufrée naturelle, agréables après la marche. Par précaution contre les amibes, évitez d’immerger la tête ou de faire entrer l’eau par le nez, comme pour toute eau douce chaude non traitée.
La sortie convient-elle aux familles ?
Oui, par temps sec et avec des enfants en âge de marcher, d’autant que le sentier d’interprétation Sylvascope rend la balade ludique. Évitez-la avec de très jeunes enfants ou des personnes peu à l’aise, en raison de la boue et de la remontée.

