Une histoire familiale, de Carrère à Montebello
La distillerie est fondée en 1930 sous le nom de Distillerie Carrère, du hameau où elle est implantée. Après une période difficile au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, elle est reprise à la fin des années 1960 par Jean Marsolle — famille installée en Guadeloupe depuis plusieurs générations et propriétaire du Domaine de Séverin — accompagné de son fils Alain. L'atelier de broyage est modernisé, une chaîne d'embouteillage installée. En 1974, Alain quitte la sucrerie Gardel pour racheter la distillerie de son père avec son frère Emmanuel.
En 1975, l'entreprise est rebaptisée « Montebello » et devient en quelques années l'un des principaux producteurs de rhum de l'archipel. Aujourd'hui, la quatrième génération est aux commandes : Grégory et Dominique Marsolle, Grégory ayant pris la direction de l'entreprise familiale en décembre 2011.
Le détail qui compte pour comprendre la maison : Alain Marsolle a été l'un des pionniers du vieillissement en fûts de chêne dans le rhum agricole guadeloupéen, achetant dès 1974 de vieux fûts de bourbon aux États-Unis — à une époque où le rhum agricole se buvait presque exclusivement blanc, en ti-punch. C'est de ce pari qu'est née la gamme de rhums vieux qui a fait la réputation de la marque.
Ce qui distingue le rhum Montebello
C'est ici que se joue l'intérêt de la maison pour un amateur, bien au-delà de la simple visite d'usine.
Une canne achetée à de petits planteurs
Montebello ne cultive pas l'essentiel de sa canne : plus de 90 % de la production provient de cannes coupées à la main par de petits agriculteurs de la région, avec une prédilection pour la canne verte. Elle est récoltée à Petit-Bourg, Goyave, Basse-Terre, Lamentin et Sainte-Rose, sur des terres volcaniques travaillées sans intrants ni produits phytosanitaires.
La distillerie revendique le travail de plusieurs variétés — canne verte (B76-56), rouge (B64-277), jaune (R570), mais aussi des variétés plus rares, bleue ou noire — assemblées ou isolées pour construire l'identité de chaque cuvée.
Une fermentation deux fois plus longue que la norme
C'est la signature technique de la maison. Là où la fermentation dure habituellement 18 à 36 heures, Montebello la prolonge de 48 à 52 heures, en cuves ouvertes, ce qui laisse un milieu bactérien complexe enrichir la palette aromatique. Les levures exogènes ne sont employées qu'en cas de nécessité : le démarrage se fait naturellement par la technique du « pied de cuve », qui consiste à laisser une partie du vin de canne fermenter en fond de cuve. Il en résulte un vin de canne titrant entre 6 et 8 % vol.
Deux colonnes, dont une colonne créole en cuivre
La distillerie dispose d'une colonne créole en cuivre et d'une colonne en inox, la première étant réservée aux rhums premium de la marque. La distillation y est lente, avec une sortie de colonne entre 74 et 80 % vol.
Un vieillissement en conteneurs métalliques
L'autre particularité, plus rare encore. Les fûts de chêne ex-bourbon sont mis au repos dans des conteneurs en métal, où la température plus élevée accélère le vieillissement — et la part des anges. Les rhums vieux vieillissent en fûts de bourbon américain, qui apportent des notes vanillées et pâtissières, en fûts de cognac pour une amertume élégante et des notes de fruits cuits, ou en fûts de vin pour les finitions.
Une échelle volontairement artisanale
Le site couvre deux hectares et broie en moyenne 8 000 tonnes de canne par an. Il faut environ 10 kg de canne pour produire 1 litre de rhum. Ce sont les ordres de grandeur d'une maison familiale, non d'un groupe industriel.
La gamme
Le catalogue compte cinq rhums blancs, de 50° à 76°, et sept rhums vieux, de 42° à 50°, auxquels s'ajoutent punchs et liqueurs. Parmi les références qui reviennent le plus souvent chez les amateurs : un rhum blanc baptisé « The Bolokos », clin d'œil au groupe de punk guadeloupéen, et le Montebello Jack, un rhum vieux de dix ans à 42° affiné en fût de Jack Daniel's. Le Montebello 8 ans, réduit à 42° et vieilli en fûts ex-bourbon, se situe autour de 70 € chez les cavistes spécialisés.
Les rhums Montebello restent distribués par les cavistes et les sites spécialisés, en Guadeloupe comme en métropole : c'est aujourd'hui la façon la plus simple de découvrir la maison.
La visite : ce qu'elle était, et où en sont les choses
Avant la fermeture du site, Montebello proposait l'une des visites de distillerie les plus appréciées de l'île, précisément parce qu'elle ne ressemblait pas à un produit touristique.
Des visites guidées gratuites d'environ 60 minutes se tenaient du lundi au vendredi à 9 h, 10 h, 11 h, 12 h et 14 h 30, sans réservation, et se terminaient par une dégustation gratuite des différentes cuvées. Une formule premium avec dégustation exclusive, à 25 €, était proposée les mardis et jeudis à 9 h 30. La boutique ouvrait du lundi au vendredi de 8 h à 16 h 30, et les week-ends de 9 h à 13 h. Le parcours suivait le traitement de la canne, de la distillation au vieillissement en fûts, avant de se terminer par la boutique et la dégustation. Les avis en ligne saluaient massivement la qualité de l'accueil et la passion des guides.
Aujourd'hui, le site est fermé et la production suspendue. La page « Visiter » du site officiel de la distillerie affiche une mention de fermeture temporaire, et aucun calendrier de réouverture n'a été rendu public. Vérifiez le statut auprès de la distillerie avant tout projet de visite, et consultez ses pages officielles ou ses réseaux sociaux pour toute annonce.
Conseils pratiques
Vérifiez avant de partir. Cela vaut pour Montebello aujourd'hui, mais aussi de manière générale pour toutes les distilleries de Guadeloupe : ce sont des sites industriels en activité, dont l'accueil du public dépend de la campagne sucrière, des travaux et des aléas d'exploitation.
La saison compte. La récolte s'étend habituellement de janvier à la mi-juillet. C'est la seule période où l'on voit une distillerie fonctionner réellement : hors campagne, les visites portent sur des installations à l'arrêt.
Y aller le matin. Les créneaux de visite des distilleries guadeloupéennes sont concentrés en matinée, et les sites ferment souvent tôt.
Prévoyez un conducteur désigné. Les dégustations portent sur des rhums à haut degré. Le taux d'alcool légal au volant s'applique évidemment aussi en Guadeloupe.
Chaussures fermées. Sols humides, bagasse, rails et passages métalliques : les sandales ne sont pas adaptées à un site de production.
Pour acheter. Les boutiques de distillerie proposent des cuvées absentes de la grande distribution. Pensez aux limites de bagage : les bouteilles doivent voyager en soute.
Que voir autour de Petit-Bourg ?
Petit-Bourg est une commune-charnière : elle ouvre à la fois sur la côte du Petit Cul-de-Sac Marin et sur l'entrée est de la route de la Traversée, l'axe qui mène au cœur du Parc national.
À quelques minutes
Le Domaine de Valombreuse, à 5 km à l'ouest du bourg, au lieu-dit Cabout, est le grand voisin touristique de la distillerie. Ce parc floral est né de la volonté de sa créatrice, Magguy Chaulet, de préserver et de présenter la flore tropicale après le passage de l'ouragan Hugo en 1989. Comptez au minimum 1 h 30 pour la visite à pied, davantage si vous ajoutez la randonnée jusqu'à la cascade. Le domaine comprend aussi une aire de jeux, des toboggans aquatiques, un parcours accrobranche et des balades en poney : c'est l'adresse familiale du secteur.
Les Bières de la Lézarde, brasserie artisanale installée au bord de la rivière la Lézarde, à Vernou, propose des bières classiques et locales comme la bière piment, avec tapas et planches sur une terrasse en bois au cœur de la végétation. Le prolongement naturel d'un intérêt pour les productions locales.
La plage de Viard, à la sortie sud du bourg, est une plage de sable noir volcanique ombragée de cocotiers et d'amandiers, vers l'embouchure des rivières Sarcelles et Moustique. Elle est appréciée des pratiquants de kitesurf et de windsurf, et une base nautique y propose des initiations au canoë-kayak.
La Pointe à Bacchus est un site de 40 hectares de terres et de mangrove aménagé par le Conservatoire du littoral, bordé par la rivière Lézarde et le Petit Cul-de-Sac Marin. Les sentiers de promenade partent d'à côté du lycée des Droits de l'Homme.
La route de la Traversée
La RD23, longue de 17 km, est le seul axe qui franchit le massif montagneux d'est en ouest, entre Petit-Bourg et Pointe-Noire. Trois arrêts s'y enchaînent naturellement.
La Cascade aux Écrevisses est une chute d'une dizaine de mètres en accès libre et gratuit, au bout d'un parcours pavé de 210 mètres aménagé pour les personnes à mobilité réduite. Elle accueille près de 200 000 visiteurs par an : venez tôt le matin ou en fin de journée. Évitez la balade par temps de pluie, la rivière pouvant monter très vite.
La Maison de la Forêt, à environ un kilomètre, est un centre d'information du Parc national, avec une exposition sur la forêt guadeloupéenne et des sentiers de découverte le long de la rivière Bras-David.
Le Parc des Mamelles est un parc zoologique et botanique de quatre hectares consacré à la faune des Caraïbes et de Guyane, avec environ 85 espèces et un parcours sur passerelles dans la canopée.
Le Saut de la Lézarde, souvent cité comme randonnée emblématique de Petit-Bourg, demande une vigilance particulière : son accès est très souvent réglementé, voire interdit par arrêté municipal, en raison de risques de crues soudaines et d'éboulements. Renseignez-vous en mairie avant toute tentative.
Les autres distilleries qui se visitent
Si votre intérêt portait précisément sur le rhum, deux adresses du nord Basse-Terre prennent le relais, à une trentaine de minutes de Petit-Bourg.
La distillerie Reimonenq et son Musée du Rhum, à Sainte-Rose. Construite en 1916, elle abrite depuis 1990 un musée retraçant les étapes de fabrication, complété d'expositions sur les insectes et les maquettes de voiliers, avec dégustation et boutique.
Le Domaine de Séverin, également à Sainte-Rose — berceau de la famille Marsolle avant la reprise de Montebello. La visite de la propriété se fait à pied ou à bord d'un petit train, suivie d'une dégustation. L'activité de distillation a cessé sur place ; le site se visite désormais pour son habitation créole et sa roue à aubes.
D'autres distilleries se visitent ailleurs sur l'archipel, côté Basse-Terre comme côté Grande-Terre. Là encore, vérifiez horaires et conditions d'accueil avant de vous déplacer.
Questions fréquentes
Peut-on visiter la distillerie Montebello en ce moment ?
Non. Le site est fermé aux visiteurs à la suite de l'accident industriel du 24 juillet 2026, et aucune date de réouverture n'a été annoncée. Consultez les canaux officiels de la distillerie avant d'envisager un déplacement.
**Que s'est-il passé sur le site ? **
Une explosion de la chaudière est survenue le matin du 24 juillet 2026. Elle a fait deux morts et trois blessés graves parmi les salariés. Une enquête est en cours, et l'activité du site est suspendue.
**Où se trouve la distillerie ? **
Au lieu-dit Carrère, 97170 Petit-Bourg, sur Basse-Terre, à une vingtaine de minutes de Pointe-à-Pitre. Téléphone : 05 90 95 41 65.
**La visite était-elle payante ? **
Non : la visite guidée classique d'une heure était gratuite, dégustation comprise. Seule la formule premium, proposée les mardis et jeudis à 9 h 30, était payante, à 25 €.
**Que peut-on visiter à la place, dans le même esprit ? **
La distillerie Reimonenq et son Musée du Rhum, ou le Domaine de Séverin, tous deux à Sainte-Rose. Pour rester à Petit-Bourg, le Domaine de Valombreuse et la brasserie des Bières de la Lézarde sont les deux valeurs sûres.
**Peut-on toujours acheter du rhum Montebello ? **
Les rhums de la maison sont distribués par les cavistes et les sites spécialisés en Guadeloupe comme en métropole. La boutique du site, en revanche, suit le statut de la distillerie.
**Qu'est-ce qui rend ce rhum différent des autres rhums agricoles guadeloupéens ? **
Trois choses : une fermentation de 48 à 52 heures, soit environ le double de la durée habituelle ; une colonne créole en cuivre réservée aux cuvées premium ; et un vieillissement en fûts placés dans des conteneurs métalliques, où la chaleur accélère l'échange avec le bois.
**Quelle est la meilleure période pour visiter une distillerie en Guadeloupe ? **
Pendant la campagne de récolte, qui court habituellement de janvier à la mi-juillet. C'est la seule période où les installations tournent.
**Qui dirige Montebello ? **
La famille Marsolle, propriétaire depuis 1966, avec la quatrième génération représentée par Grégory et Dominique Marsolle.
**Le rhum Montebello bénéficie-t-il d'une appellation ? **
Oui, il relève de l'IGP Rhum de la Guadeloupe, dont le cahier des charges impose notamment un repos en cuve de plusieurs mois après distillation.