Derrière son image de village balnéaire, Deshaies cache un patrimoine discret mais attachant, à l'image de la Côte-sous-le-Vent : une église bâtie à la force des bras, un « pont rouge » oublié au bord de la rivière, une borne qui raconte le désenclavement de la côte, des fours à pain et des traditions de charbonniers, mais aussi un lieu de mémoire bouleversant, celui du plus grave accident aérien de l'histoire de la Guadeloupe. Ce guide réunit les monuments et le patrimoine, bâti et immatériel, de la commune. L'église, emblématique, fait par ailleurs l'objet d'une page dédiée.
Monuments

La Batterie de la Pointe en Guadeloupe, joyau méconnu niché à Deshaies, est bien plus qu’un simple site historique. Que diriez-vous de remonter le tem...
En bref
| Repère | Donnée |
|---|---|
| Église du bourg | Saint-Pierre-et-Saint-Paul (bénie en 1947) |
| Petit patrimoine | « Pont rouge », borne de 1957, four à pain |
| Site historique | Pointe Batterie et Gros Morne (206 m) |
| Lieu de mémoire | Crash aérien du 22 juin 1962 (section Caféière) |
| Traditions | Charbon de bois, kassaves de Riflet, pêche |
À Deshaies, le patrimoine se lit surtout dans les détails et la mémoire des lieux, plus que dans les grands monuments classés.
L'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul
Au cœur du bourg, sur une petite éminence proche de la mairie et du port, l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul est le monument emblématique de Deshaies. Bâtie au prix d'une longue mobilisation des paroissiens et bénie en 1947, elle se reconnaît à son clocher coiffé d'un coq gaulois et à sa charpente en forme de coque de bateau renversée. Devenue célèbre grâce à la série « Meurtres au paradis », elle est détaillée dans la rubrique Églises.
Le petit patrimoine bâti
C'est dans les détails que Deshaies révèle son histoire. Au début du XXe siècle, le « Pont rouge », passerelle métallique sur la rivière de Deshaies, fut construit pour les piétons qui rejoignaient à pied la Pointe Batterie et les bourgs voisins de la Côte-sous-le-Vent : son tablier horizontal repose sur des culées en maçonnerie, encadré de piliers de pierre et de garde-corps en croisillon. Sur la route, une borne de marbre inaugurée en 1957 marque l'ouverture de la route nationale reliant enfin Deshaies à Pointe-Noire ; son inscription, « La Côte-sous-le-Vent reconnaissante », dit l'importance de ce désenclavement pour une commune longtemps isolée. On croise aussi, rue principale, un ancien four à pain importé de Toulouse vers 1940, déplacé du bord de mer après le raz-de-marée de 1956. Enfin, l'Habitation Guyonneau (XVIIIe-XIXe siècles), qui intégrait l'habitation-sucrerie de Grande Anse, rappelle le passé agricole et sucrier de la commune.
| Élément | Époque | Intérêt |
|---|---|---|
| « Pont rouge » | Début XXe | Passerelle piétonne sur la rivière |
| Borne routière | 1957 | Ouverture de la route Deshaies–Pointe-Noire |
| Four à pain Némorin | ≈ 1940 | Importé de Toulouse, déplacé en 1956 |
| Habitation Guyonneau | XVIIIe-XIXe | Ancienne sucrerie de Grande Anse |
La Pointe Batterie et le Gros Morne
Entre le bourg et Grande Anse, le Gros Morne culmine à 206 mètres et sépare la plage du village. Au-delà de la belle randonnée qu'il offre, ce relief est chargé d'histoire : haut lieu de marronnage durant l'esclavage, il fut aussi le théâtre, en 1802, des escarmouches opposant les patriotes guadeloupéens aux troupes bonapartistes du général Richepance, venues rétablir l'esclavage dans le nord de la Basse-Terre. Sur le sentier du littoral, la Pointe Batterie conserve d'anciens canons et une bouche à feu, vestiges des batteries qui défendaient autrefois la côte contre les incursions ennemies (le site est aussi présenté dans les rubriques Balades et Randonnées).
Les vieux canons de la Pointe Batterie, aujourd'hui tournés vers un panorama de carte postale, rappellent une époque où Deshaies, comme toute la Côte-sous-le-Vent, vivait sous la menace des flottes ennemies. De défensif, le lieu est devenu contemplatif — l'un des plus beaux points de vue de la balade littorale.
Un lieu de mémoire : le crash du 22 juin 1962
Deshaies porte aussi une mémoire tragique. Le 22 juin 1962, un Boeing 707 d'Air France s'écrase sur les hauteurs de la commune, dans la section Caféière : l'accident fait 113 victimes et demeure le plus grave accident aérien de l'histoire de la Guadeloupe. Parmi les disparus figuraient le député de la Guyane Justin Catayée et l'écrivain guadeloupéen Paul Niger, figures marquantes de la vie politique et culturelle antillaise. Ce drame, longtemps resté dans les mémoires locales, fait l'objet d'hommages : il rappelle, au-delà du décor paradisiaque, une page douloureuse de l'histoire de la commune. Le site de l'accident est avant tout un lieu de recueillement, que l'on visite avec respect.
Traditions et patrimoine immatériel
Le patrimoine de Deshaies est aussi affaire de savoir-faire. La commune fut un haut lieu du charbon de bois : cette tradition de la Côte-sous-le-Vent, liée à l'agriculture de montagne, alimentait la case créole, et le charbon de Deshaies, très prisé, était revendu à Basse-Terre grâce aux canots à voiles traditionnels. À Riflet, la fabrication artisanale de kassaves (galettes de manioc) et de farine de manioc perpétue un savoir-faire ancestral. Enfin, la pêche, activité historique et toujours vivante du bourg, façonne l'identité du village : ses barques colorées, son port et ses restaurants de poisson en sont l'héritage quotidien.
| Tradition | Lieu / héritage |
|---|---|
| Charbon de bois | Côte-sous-le-Vent (revendu à Basse-Terre) |
| Kassaves & farine de manioc | Riflet (fabrication artisanale) |
| Pêche | Port du bourg, barques colorées |
Une commune façonnée par la mer et la montagne
Pour comprendre le patrimoine de Deshaies, il faut se souvenir de sa géographie. Fondée en 1730, la commune doit son nom à l'anse « des hayes », halte où les navigateurs venaient autrefois se ravitailler en eau douce. Longtemps tournée vers la mer et coupée du reste de la Côte-sous-le-Vent par le relief, Deshaies a vécu de la pêche, de l'agriculture de montagne et du charbon de bois, et n'a été reliée par la route à Pointe-Noire qu'en 1957. Cet isolement explique la simplicité et l'ingéniosité de son patrimoine : des ouvrages utiles (passerelles, fours, bornes), des batteries défensives face aux flottes ennemies, et un savoir-faire transmis de génération en génération. C'est ce patrimoine modeste mais authentique, façonné par la mer et la montagne, qui donne aujourd'hui à la commune une part de son âme.
Selon vos envies
En famille : une balade au bourg pour repérer l'église, le four à pain et le port, en racontant aux enfants l'histoire des charbonniers et des pêcheurs.
En couple : le sentier vers la Pointe Batterie et ses canons, pour mêler patrimoine, nature et panorama au coucher du soleil.
Passionné d'histoire : sur les traces du Gros Morne (marronnage, escarmouches de 1802) et de la mémoire du crash de 1962, pour comprendre la Deshaies d'hier.
Infos pratiques
Où : l'essentiel du patrimoine se concentre dans le bourg (église, four à pain, port) et le long du sentier du littoral (Pointe Batterie) ; la borne et le « Pont rouge » jalonnent les abords de la commune.
Accès : le bourg se visite à pied ; la Pointe Batterie se rejoint par le sentier du littoral (bonnes chaussures).
Quand : tôt le matin ou en fin d'après-midi pour la lumière et la fraîcheur ; l'église est un lieu de culte actif, on respecte les offices.
Conseil : associez la découverte du patrimoine à une balade littorale et à une visite du Jardin botanique pour une journée complète.
Questions fréquentes
Quel est le principal monument de Deshaies ?
L'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul, au cœur du bourg, bâtie par les paroissiens et bénie en 1947 (voir la rubrique Églises).
Qu'est-ce que le « Pont rouge » ?
Une passerelle métallique du début du XXe siècle, sur la rivière de Deshaies, qui permettait aux piétons de rejoindre la Pointe Batterie et les bourgs voisins.
Que représente la borne de 1957 ?
Une borne de marbre marquant l'ouverture de la route nationale Deshaies–Pointe-Noire, avec l'inscription « La Côte-sous-le-Vent reconnaissante » : elle symbolise le désenclavement de la commune.
Y a-t-il des vestiges militaires à Deshaies ?
Oui, la Pointe Batterie, sur le sentier du littoral, conserve d'anciens canons et une bouche à feu, vestiges des batteries défensives de la côte.
Que s'est-il passé le 22 juin 1962 ?
Un Boeing 707 d'Air France s'est écrasé dans la section Caféière, faisant 113 victimes, dont le député guyanais Justin Catayée et l'écrivain Paul Niger : c'est le plus grave accident aérien de l'histoire de la Guadeloupe.
Deshaies a-t-elle un passé sucrier ?
Oui, l'Habitation Guyonneau et l'ancienne sucrerie de Grande Anse rappellent le passé agricole et sucrier de la commune.
Quelles traditions sont liées à Deshaies ?
Le charbon de bois (revendu à Basse-Terre par canots à voiles), la fabrication de kassaves à Riflet et, bien sûr, la pêche, activité historique du bourg.
Le Gros Morne a-t-il une histoire particulière ?
Oui : haut lieu de marronnage pendant l'esclavage, il fut aussi le théâtre des escarmouches de 1802 entre patriotes guadeloupéens et troupes de Richepance.
Peut-on visiter ces sites librement ?
La plupart se découvrent librement dans le bourg ou le long du sentier du littoral ; l'église est un lieu de culte actif, à visiter dans le respect des offices.


