À quelques pas de l’embarcadère des Saintes, dans un jardin tropical luxuriant, des roches volcaniques portent depuis près de deux mille ans les signes gravés par les premiers habitants de la Guadeloupe. Le Parc archéologique des Roches Gravées de Trois-Rivières abrite l’un des plus grands ensembles d’art rupestre des Antilles : un témoignage émouvant et précieux du peuple amérindien, à découvrir avec respect — et après avoir vérifié que le site est bien ouvert.
Le Parc archéologique des Roches Gravées amérindiennes

Un témoignage venu du fond des âges
Le Parc archéologique des Roches Gravées se situe à Trois-Rivières, dans le sud de la Basse-Terre, sur la route qui descend vers le port. Sur environ un hectare, il rassemble une vingtaine de roches volcaniques portant au total plus de deux cent trente gravures, ou pétroglyphes — des motifs incisés dans la pierre. Ces œuvres sont attribuées aux Amérindiens qui peuplèrent l’archipel bien avant l’arrivée des Européens, et les fouilles menées sur le site permettent de les dater approximativement des premiers siècles de notre ère, autour du IVe au VIe siècle. Classées Monument historique dès 1974, ces roches constituent l’un des témoignages les plus spectaculaires et les plus émouvants du peuplement précolombien des Antilles. La Guadeloupe occupe une place singulière dans ce patrimoine : elle présente l’une des plus fortes concentrations de roches gravées de toute la Caraïbe, et Trois-Rivières en rassemble à elle seule une part considérable. Cette densité exceptionnelle intrigue les chercheurs et nourrit les hypothèses sur le rôle qu’a pu jouer ce territoire pour les populations amérindiennes. Les motifs gravés, de tailles et de précisions variables, représentent le plus souvent des figures schématiques : visages stylisés, silhouettes humaines, formes animales ou végétales. Leur signification exacte demeure en partie mystérieuse, ce qui ajoute à la fascination qu’ils exercent. Contempler ces traces, c’est entrer en dialogue silencieux avec des hommes et des femmes disparus depuis des siècles.
En pratique
| Critère | À retenir |
|---|---|
| Où | Trois-Rivières, sud de la Basse-Terre, vers le port |
| Statut | En rénovation; ouverture à vérifier avant de venir |
| Ce qu’on voit | ~20 roches, +230 pétroglyphes, polissoirs, arboretum |
| Époque | Gravures amérindiennes des premiers siècles ap. J.-C. |
| Visite | Guidée uniquement; environ 30 min à 1 h |
| Conseil | Venir vers 10-11 h : lumière idéale pour les gravures |
| À prévoir | Bonnes chaussures, eau; alternative : Grande Pointe |
Les Arawaks, premiers habitants de Karukera
Pour comprendre ces gravures, il faut remonter le fil du peuplement de la Guadeloupe. Pendant des milliers d’années, des populations amérindiennes venues d’Amérique du Sud, notamment du bassin de l’Orénoque, ont remonté l’arc des Petites Antilles par vagues successives. Parmi elles, les Arawaks s’installèrent durablement dans l’archipel qu’ils nommaient Karukera, « l’île aux belles eaux ». Ce peuple vivait de la pêche, de la chasse et d’une agriculture fondée sur la culture du manioc, et maîtrisait l’art de la céramique. Ce sont eux, vraisemblablement, qui sont à l’origine des premières gravures de Trois-Rivières. Quelques siècles plus tard, d’autres populations amérindiennes, les Kalinagos — que les Européens appelleront Caraïbes — arrivèrent à leur tour dans les Petites Antilles, et la pratique de la gravure se poursuivit. Il convient d’aborder cette histoire avec nuance et respect. Les récits transmis par les premiers colons européens, souvent caricaturaux, ont longtemps opposé de manière simpliste des Arawaks « pacifiques » à des Caraïbes « guerriers », voire « cannibales — un terme dont l’origine même dérive du nom de ces peuples, sans qu’aucune preuve tangible de cannibalisme n’ait été établie. La réalité des peuplements précolombiens était bien plus complexe, faite de royaumes, d’échanges, de métissages et d’interpénétrations culturelles. Ces civilisations nous ont d’ailleurs légué un héritage vivace, jusque dans notre vocabulaire : des mots comme hamac, canoé, barbecue, tabac, savane ou ananas viennent de leurs langues. Visiter le parc, c’est aussi rendre hommage à ces premiers Guadeloupéens, trop souvent réduits au silence de l’histoire.
Un parc, un jardin, une énigme
La visite du parc ne se limite pas aux gravures : elle est aussi une belle découverte botanique. Le site se parcourt comme un jardin tropical luxuriant, où les roches gravées se nichent au milieu d’une végétation foisonnante. On y découvre des espèces emblématiques de la Caraïbe : le vétiver, dont les Amérindiens utilisaient déjà la racine pour le parfum et les tiges pour la vannerie; le roucou, dont les graines rouges servaient à fabriquer une huile colorante — ancêtre des protections solaires et toujours utilisée en cuisine créole; mais aussi le cacaoyer, le manioc, le calebassier ou le bois d’Inde. Les guides, passionnés, font partager avec entrain leur connaissance de cette flore et de ses usages traditionnels, ce qui enrichit considérablement la promenade. Le site comprend également des polissoirs : des roches creusées de dépressions, que les Amérindiens utilisaient pour aiguiser leurs haches de pierre par frottement, à l’aide d’eau — ce qui explique la proximité de ces roches avec la rivière qui traverse le parc. Quant à la signification des gravures elles-mêmes, elle reste une énigme. Les recherches archéologiques, encore actives, suggèrent notamment que les sites gravés du littoral auraient pu servir de points de rassemblement ou d’approvisionnement en eau lors des déplacements entre les îles. Mais le sens précis de ces signes nous échappe encore, et c’est peut-être là toute leur force : ils nous parlent d’un monde dont nous ne possédons plus la clé, et nous invitent à l’humilité face à l’histoire longue de cette terre.
Honnêteté de terrain
Le point le plus important à connaître avant d’envisager une visite concerne l’ouverture du parc. À la suite du séisme des Saintes de 2004, un éboulement a endommagé la partie haute du site, qui a été fermée au public. Depuis, un programme de rénovation est en cours, et l’accès au parc a connu des périodes de fermeture, parfois prolongées. Selon les sources et les moments, le parc peut être ouvert pour des visites guidées, partiellement accessible, ou totalement fermé pour travaux, avec une réouverture complète annoncée à plus ou moins long terme. Il est donc indispensable de vérifier l’état d’ouverture auprès du Conseil départemental, gestionnaire du site, ou de l’office de tourisme, avant de prévoir votre venue — au risque, sinon, de trouver porte close. Si le parc est ouvert, gardez à l’esprit que la visite se fait obligatoirement avec un guide, selon des créneaux horaires déterminés, du mardi au samedi : renseignez-vous sur les horaires. Prévoyez de bonnes chaussures, car le terrain, en partie constitué d’éboulis et de chemins parfois abrupts, peut être glissant, ainsi que de l’eau et une protection contre le soleil et les moustiques. Pour admirer les gravures dans les meilleures conditions, privilégiez le milieu de matinée, vers dix ou onze heures : la lumière rasante fait alors bien mieux ressortir les motifs incisés dans la roche sombre. Enfin, si le parc est fermé, sachez que l’on peut voir d’autres pétroglyphes ailleurs à Trois-Rivières, notamment le long du sentier de la Grande Pointe, ou encore sur le site libre et gratuit de la rivière à Baillif. Respectez en tout lieu ces vestiges fragiles : ne les touchez pas, ne montez pas dessus, et contentez-vous de les contempler.
Note pour les visiteurs de passage
Le Parc archéologique des Roches Gravées offre, lorsqu’il est accessible, une plongée unique dans l’histoire ancienne de la Guadeloupe, et complète idéalement une journée à Trois-Rivières — d’autant qu’il se trouve à deux pas de l’embarcadère d’où partent les bateaux pour Les Saintes. Avant tout, vérifiez son ouverture : c’est la condition première d’une visite réussie. Si le site est ouvert, comptez environ une heure pour la visite guidée, et venez en matinée pour profiter de la meilleure lumière. Prenez le temps d’écouter le guide, dont les explications sur les gravures comme sur la flore donnent toute sa profondeur à la découverte. Abordez ce lieu avec le respect dû à un site sacré et patrimonial, témoin des premiers habitants de l’île. Et si d’aventure le parc était fermé, ne soyez pas déçu : le sud de la Basse-Terre recèle bien d’autres trésors, naturels et historiques, à commencer par les pétroglyphes du sentier littoral voisin et la traversée vers l’archipel des Saintes.
Questions fréquentes
Où se trouve le parc des Roches Gravées ?
À Trois-Rivières, dans le sud de la Basse-Terre, sur la route qui descend vers le port, tout près de l’embarcadère pour Les Saintes. Il s’étend sur environ un hectare de jardin tropical.
Le parc est-il ouvert ?
C’est à vérifier absolument avant de venir. Une partie du site est fermée depuis un éboulement en 2004, et un programme de rénovation est en cours, avec des périodes de fermeture. Renseignez-vous auprès du Conseil départemental ou de l’office de tourisme.
Que voit-on dans le parc ?
Une vingtaine de roches volcaniques portant plus de deux cent trente gravures amérindiennes, des polissoirs, et un bel arboretum de plantes tropicales (vétiver, roucou, cacaoyer, manioc.). La visite mêle découverte archéologique et botanique.
Qui a réalisé ces gravures ?
Elles sont attribuées aux Amérindiens, principalement les Arawaks, qui peuplaient la Guadeloupe — qu’ils nommaient Karukera — dans les premiers siècles de notre ère, puis les Kalinagos. Elles comptent parmi les rares témoignages de ces peuples précolombiens.
Peut-on visiter librement ?
Non, la visite se fait uniquement avec un guide, selon des créneaux horaires, du mardi au samedi lorsque le parc est ouvert. Le guide apporte un éclairage précieux sur les gravures et la flore.
Où voir des pétroglyphes si le parc est fermé ?
On peut en observer le long du sentier de la Grande Pointe, sur le littoral de Trois-Rivières, ainsi que sur le site libre et gratuit de la rivière à Baillif, où quelques roches gravées sont visibles en pleine nature.

