Que voir à Saint Claude
À Saint-Claude, la ville-mémoire au pied du volcan
Perchée sur les flancs de la Soufrière, Saint-Claude est la commune des hauteurs : la seule de l’île sans bord de mer. On y vient pour la mémoire de Delgrès, tombé à Matouba en 1802, pour ses habitations coloniales et le Camp Jacob, et pour un cadre de forêt tropicale et de sources, au pied du plus haut volcan des Petites Antilles.
Matouba et la mémoire de Delgrès
Saint-Claude porte l’un des lieux de mémoire les plus importants de la Guadeloupe. C’est sur les hauteurs de Matouba, à l’habitation d’Anglemont, que se joua le 28 mai 1802 l’un des épisodes les plus tragiques et les plus héroïques de l’histoire de l’île : face aux troupes du général Richepance, venues rétablir l’esclavage aboli en 1794, le commandant Louis Delgrès et environ trois cents de ses compagnons, encerclés, choisirent de se faire sauter plutôt que de se rendre, au cri de « Vivre libre ou mourir ». Ce sacrifice, devenu un symbole de la lutte contre l’esclavage, marque pour toujours ces hauteurs. Le contexte donne toute sa portée à ce geste : en 1802, Bonaparte avait chargé le général Richepance de rétablir l’esclavage aux Antilles, huit ans après son abolition par la Convention. Officier de couleur de l’armée française, Delgrès refusa ce reniement et prit la tête de la résistance. Acculé dans les hauteurs de Matouba avec ses compagnons, hommes et femmes, il préféra la mort à la servitude. Son nom est aujourd’hui honoré dans toute la Guadeloupe, et le fort de Basse-Terre, voisin, porte désormais le sien.
Au bord de la route de Matouba, à environ deux kilomètres du bourg, la stèle Louis Delgrès rend hommage à ce héros et à tous ceux qui luttèrent à ses côtés. C’est un lieu de recueillement, à aborder avec le respect dû à cette mémoire douloureuse : ici se sont joués la liberté et le sacrifice d’hommes et de femmes — on évoque aussi la figure de la mulâtresse Solitude — qui refusèrent le retour à l’esclavage. Visiter Saint-Claude sans s’arrêter à Matouba, c’est passer à côté de l’âme de la commune. Le site, sobre, invite au silence plus qu’au tourisme, et c’est ce qui fait sa force. Matouba, à quatre kilomètres au-dessus du bourg, est plus largement un lieu chargé d’histoire : ce fut le point de départ du peuplement de la commune, un refuge contre les attaques anglaises aux XVIIe et XVIIIe siècles, et le lieu où furent édifiés la première église et le presbytère. La plaque commémorative du 28 mai 1802, à l’intersection de la route nationale et de la route de Morne Savon, marque l’emplacement du sacrifice. Parcourir ces hauteurs, c’est marcher sur une terre où s’est forgée une part de l’identité guadeloupéenne.
Les habitations coloniales et le Camp Jacob
Le passé de Saint-Claude se lit aussi dans son riche patrimoine bâti, hérité de la canne à sucre et surtout du café, qui firent la prospérité de ces hauteurs. Plusieurs habitations coloniales, classées ou inscrites aux Monuments Historiques, témoignent de cette époque. La plus remarquable est l’habitation Mont-Carmel, dont la maison de maître, bâtie en 1726, est considérée comme le plus ancien bâtiment de la Guadeloupe. L’habitation La Joséphine, classée, est liée à la famille du poète Saint-John Perse ; les habitations Ducharmoy et Petit-Parc complètent cet ensemble de demeures agricoles témoins de la richesse d’autrefois. Ces habitations rappellent que Saint-Claude fut une grande terre de café : le célèbre café « bonifieur », un arabica local longtemps réputé parmi les meilleurs crus du monde, a fait la prospérité de ces hauteurs. Derrière la beauté de ces demeures et de leurs jardins, il ne faut jamais oublier le travail des esclaves puis des ouvriers qui firent vivre ces domaines — une histoire que la mémoire de Delgrès, toute proche, éclaire d’une lumière grave.
Au cœur de la commune, le Camp Jacob est un ensemble architectural marquant : cet ancien hôpital militaire, construit à partir de 1845 et classé aux Monuments Historiques, abrite aujourd’hui un campus de l’Université des Antilles. Cette reconversion fait de Saint-Claude une ville universitaire, phénomène rare dans les hauteurs de la Basse-Terre. Autour du campus s’est développée une véritable « cité de la connaissance », regroupant des formations supérieures et professionnelles — santé et social, métiers de l’artisanat, arts du spectacle, hôtellerie-restauration — qui font de la commune un pôle éducatif pour tout le sud de la Basse-Terre. Tout près, la résidence préfectorale, magnifique bâtisse en bois entourée d’un parc, et la maison Darracq, qui abrite l’office du patrimoine, prolongent ce parcours architectural. La mairie, l’église et la médiathèque complètent un centre-bourg à l’identité affirmée.
L’église et le patrimoine du bourg
Le bourg de Saint-Claude conserve un patrimoine religieux et civil intéressant. L’église Saint-Augustin, érigée au milieu du XIXe siècle à l’emplacement d’une ancienne chapelle, a vu son clocher et sa sacristie réhabilités en 1932 par l’architecte Ali Tur — le même qui reconstruisit tant d’édifices publics de la Guadeloupe après le cyclone de 1928. C’est un lieu de culte vivant, à visiter avec discrétion, hors des offices. À Matouba, la chapelle du Vœu rappelle quant à elle la ferveur ancienne de ces hauteurs, où furent édifiés la première église et le presbytère de la commune.
Saint-Claude est aussi une ville multiculturelle, dont l’histoire mêle des apports variés : colons européens venus de Guyane dès le XVIIIe siècle pour cultiver les hauteurs, descendants d’Africains, et une population d’origine indienne installée au début du XXe siècle, notamment à Matouba, Grand-Matouba et Papaye. Cette diversité se manifeste dans le folklore, la gastronomie, les musiques et les croyances, et fait la richesse culturelle de la commune. Le bourg, à 530 mètres d’altitude, bénéficie d’un climat frais et agréable qui en a fait, de longue date, une ville de villégiature appréciée. Dès l’époque coloniale, les notables de Basse-Terre montaient à Saint-Claude chercher la fraîcheur des hauteurs, loin de la chaleur du littoral ; c’est cette tradition qui explique la présence de la résidence des gouverneurs à Matouba et de belles demeures bourgeoises. Aujourd’hui encore, la douceur du climat et la verdure font de la commune un lieu de vie et de promenade prisé, à deux pas du chef-lieu.
Le volcan, les sources et la forêt
Le grand spectacle de Saint-Claude, c’est sa nature, dominée par la Soufrière. La « vieille dame », volcan actif culminant à 1467 mètres, point le plus haut des Petites Antilles, surplombe toute la commune et structure ses paysages. Pour mieux la comprendre, la Maison du Volcan, dans le bourg, propose une exposition permanente sur le phénomène volcanique et les éruptions de la Soufrière, notamment celle de 1976 qui entraîna l’évacuation de tout le sud de la Basse-Terre. Cet épisode, qui vit près de 73 600 personnes déplacées pendant plusieurs mois, reste gravé dans la mémoire locale et rappelle que vivre au pied de la « vieille dame » n’est pas sans conséquence. C’est une bonne introduction avant de partir vers les hauteurs.
La commune est aussi célèbre pour ses eaux : les Bains Jaunes, deux bassins d’eau tiède soufrée aménagés au pied du volcan, et les sources chaudes de Matouba sont réputés dans toute l’île. Ces eaux, chauffées par l’activité volcanique, jaillissent à des températures parfois élevées — tièdes aux Bains Jaunes, brûlantes à Matouba en altitude — et ont de longue date attiré les curistes ; c’est cette richesse en eaux qui a fait de Saint-Claude une terre de sources. Les rivières qui dévalent les pentes forment de belles cascades — le saut de Matouba, la cascade Vauchelet, la chute du Galion —, nichées dans une forêt tropicale luxuriante, au cœur du Parc National. Ce cadre, on vient surtout le vivre en marchant : le détail des randonnées, des baignades et de l’ascension du volcan est traité dans notre page « ce qu’on peut y faire ». À contempler, déjà, Saint-Claude offre l’un des plus beaux écrins verts de la Guadeloupe.
Ce que garde Saint-Claude
| À voir | Ce que c’est |
|---|---|
| Stèle Delgrès | Mémoire du sacrifice de 1802 à Matouba |
| Habitation Mont-Carmel | Plus ancien bâtiment de Gpe (1726), MH |
| Camp Jacob | Ancien hôpital militaire (1845), campus univ., MH |
| Église Saint-Augustin | XIXe ; clocher réhabilité par Ali Tur (1932) |
| Maison du Volcan | Expo sur la Soufrière et l’éruption de 1976 |
| Bains Jaunes & Soufrière | Sources tièdes, volcan (1467 m) ; voir Que faire |
Saint-Claude se découvre en voiture, la commune étant étendue et tout en relief, du bourg à 530 mètres jusqu’aux hauteurs de Matouba et au pied du volcan. Un parcours patrimonial : la stèle Delgrès à Matouba (lieu de recueillement), les habitations coloniales et le Camp Jacob, l’église Saint-Augustin et la Maison du Volcan. Abordez la stèle et les lieux de mémoire avec gravité, l’église avec discrétion. Prévoyez de quoi vous couvrir : à cette altitude, le climat est plus frais et plus humide que sur la côte. La page « ce qu’on peut y faire » détaille l’ascension de la Soufrière, les sources et les cascades. Sans façade maritime mais riche d’histoire et de nature, Saint-Claude offre une Guadeloupe d’altitude, grave et verte, que peu de visiteurs pressés prennent le temps de connaître.