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Au-dessus de Basse-Terre, une « drôle de montagne » veille sur la ville : le Houëlmont. Du haut de ses 418 mètres, ce dôme verdoyant des Monts Caraïbes offre l’un des plus beaux balcons du sud Basse-Terre — avec, en prime, l’observatoire qui surveille la Soufrière, une mare d’altitude unique en son genre, des vestiges militaires cachés sous la forêt et une faune endémique qu’on ne croise nulle part ailleurs. C’est un point de vue, mais aussi une vraie petite aventure de randonnée, accessible à deux pas de la préfecture. Cette page vous explique ce qu’on y voit, quels sentiers emprunter selon son niveau, ce qu’il faut savoir avant de monter, et pourquoi ce sommet mérite mieux que son anonymat.

Le point de vue : un balcon sur Basse-Terre et la mer

Ce qui fait du Houëlmont un point de vue, c’est sa position : il domine directement la ville de Basse-Terre, son littoral et l’anse Turlet, tout en surplombant la marina de Rivière-Sens. Depuis les trouées du sommet, on embrasse d’un regard les territoires de Gourbeyre, Basse-Terre et Saint-Claude, avec la mer des Caraïbes en toile de fond. Le panorama le plus saisissant se mérite : en quittant le sentier sur la droite, à travers un rideau de végétation, s’ouvre une vue plongeante sur la ville et son front de mer. En zoomant, on distingue nettement le Fort Delgrès, qui semble « à portée de canon » — ce n’est pas un hasard, on y reviendra. Attention toutefois : ce point de vue donne sur d’énormes rochers avec des à-pics très importants et dangereux. On s’en approche avec la plus grande prudence, surtout avec des enfants. Côté sud, le regard porte sur le Morne Grande Voûte et le Morne Cadet, séparés par la Ravine Salée : on est au cœur des Monts Caraïbes, cette chaîne qui ferme le sud de l’île et que peu de visiteurs prennent le temps d’explorer.

Une montagne née de la mer

Le Houëlmont n’est pas une colline ordinaire : c’est un témoin du plus vieux volcanisme du sud Basse-Terre. Selon les géologues, son sommet correspondrait au cratère initial, surgi des eaux il y a environ 500 000 ans à l’occasion d’une éruption sous-marine. Le dôme sur lequel chemine le sentier est constitué de blocs et de cendres rejetés par deux éruptions voisines, celles du cratère « Grande Voûte » et du volcan « Gros Acajou ». Aujourd’hui endormi, ce vieux volcan a laissé un relief de dôme aux pentes raides, recouvert d’une forêt mésophile (semi-humide) qui contraste avec la forêt de pluie des hauteurs voisines. C’est cette histoire géologique qui explique le caractère du lieu : un sommet isolé, escarpé, parfait poste d’observation — ce que les militaires d’hier comme les volcanologues d’aujourd’hui ont bien compris.

L’Observatoire volcanologique : l’œil qui surveille la Soufrière

Au sommet du Houëlmont se dresse l’Observatoire volcanologique et sismologique de Guadeloupe (OVSG), qui surveille en continu l’activité de la Soufrière. Son histoire dit beaucoup de la relation de l’île avec son volcan : créé en 1950 à Saint-Claude, l’observatoire est transféré à Basse-Terre en 1976 — l’année de la grande crise éruptive de la Soufrière et de l’évacuation de la région — avant de s’installer en 1993 sur le site actuel du Houëlmont. L’observatoire ne se visite pas librement, mais sa présence donne tout son sens à la montagne : on grimpe sur un poste de vigie scientifique, là où se mesurent en temps réel les soubresauts de « la Vieille Dame ». Pour un résident, c’est l’occasion concrète de comprendre comment l’île vit avec son risque volcanique. La route qui mène à l’observatoire (depuis la section Blanchet, via la D38) sert d’ailleurs de repère d’accès pour les randonnées.

Gourbeyre, la commune qui porte le sommet

Le Houëlmont appartient à Gourbeyre, commune d’environ 8 000 habitants accrochée aux premiers reliefs du sud Basse-Terre, juste au-dessus de la capitale administrative. C’est une commune de mornes et de ravines, dont l’histoire est intimement liée aux anciennes habitations coloniales — comme l’habitation Bisdary, ancienne plantation dont le nom sert encore de repère aux randonneurs. Les pentes du Houëlmont, comme d’autres secteurs de la commune, étaient autrefois couvertes de bananeraies avant que la forêt ne reprenne ses droits. Cette position de balcon explique le rôle particulier de Gourbeyre dans la région : c’est ici, au-dessus de Basse-Terre, que se concentrent des fonctions stratégiques — l’observatoire volcanologique, mais aussi des équipements et services qui profitent de la hauteur et de l’éloignement relatif du littoral. Pour un habitant du sud Basse-Terre, monter au Houëlmont, c’est rester tout près de chez soi tout en basculant, en quelques minutes, dans un autre monde : celui de la forêt, du silence et des panoramas. Cette proximité est l’un des grands atouts du site — pas besoin d’une expédition pour s’offrir une vraie respiration.

La mare du Houëlmont : une curiosité unique

C’est l’un des secrets du sommet, et l’une des plus belles surprises de la balade. La mare du Houëlmont est l’unique étendue d’eau du massif des Monts Caraïbes, perchée à 400 mètres d’altitude. Les géographes pensaient ces monts dépourvus de nappe d’eau captive : la mare, alimentée par une source souterraine, est donc une curiosité hydrologique — et la seule mare d’altitude de toute la Guadeloupe. Comme suspendue entre deux pentes, sur un étroit replat, elle étonne par son emplacement. Son niveau varie fortement selon la saison. Elle est surtout une oasis de biodiversité : on y observe plusieurs espèces de libellules venues s’y reproduire, dont la rare Coryphaeschna adnexa, ainsi que de petits poissons. À son extrémité, un imposant Caconnier rouge étend ses branches au-dessus de l’eau ; il produit de belles graines rouge et noir, recherchées en artisanat local.

Une nature endémique à hauteur de regard

Le Houëlmont est un concentré de Guadeloupe sauvage. Le sentier d’interprétation aménagé par l’ONF permet de l’appréhender sans être naturaliste. Quelques rencontres marquantes :

  • L’Herbe poison (Lobelia persicifolia), endémique stricte de Guadeloupe : elle ne pousse nulle part ailleurs au monde. Les Amérindiens l’auraient utilisée pour enivrer les poissons et faciliter la pêche.
  • Le Pic de Guadeloupe, seul oiseau endémique de l’archipel, désormais bien installé dans les Monts Caraïbes — tendez l’oreille à son tambourinage.
  • Les chauves-souris, seuls mammifères indigènes de l’île (14 espèces), dont la Sérotine de la Guadeloupe, strictement endémique de Basse-Terre.
  • L’étonnant longicorne Oncideres amputator, un insecte qui découpe les branches de certains arbres pour y accomplir son cycle de reproduction. La forêt mélange essences de forêt sèche littorale (gommier, acacia, savonnette, sablier sur les bas du Tour du Houëlmont) et végétation mésophile au sommet. On croise aussi l’Acajou blanc et l’Herbe à pique, plante médicinale utilisée par un laboratoire guàdeloupéen. Bref, une leçon de botanique à ciel ouvert.

Les vestiges militaires : un sommet stratégique

Si le Fort Delgrès semble « à portée de canon » depuis le sommet, c’est que le Houëlmont fut un site stratégique, notamment durant les combats entre royalistes et révolutionnaires à la fin du XVIIIe siècle. La forêt dissimule encore des restes de fondations et un canon d’une ancienne batterie : le sud Basse-Terre est riche de ces ouvrages chargés jadis de défendre les terres contre les envahisseurs. Le Tour du Houëlmont passe aussi par des tombes coloniales, en partie recouvertes par la végétation — vestiges d’un ancien cimetière. Une poudrière, sur le site, fait l’objet d’un réaménagement. Cette épaisseur historique, mêlée à la nature, donne à la balade une dimension de découverte qui dépasse la simple marche.

Deux façons de monter : choisissez votre format

Le Houëlmont se pratique de deux manières très différentes selon le temps et l’envie.

  1. Le sentier d’interprétation (court et familial) Une boucle d’à peine 1 km au départ de l’observatoire volcanologique, balisée en jaune et bien marquée, qui chemine à environ 400 m d’altitude. C’est l’option idéale en famille ou entre amis : on découvre la mare, la flore endémique et quelques trouées panoramiques sans difficulté majeure. Des marches et escaliers facilitent la progression sur les fortes pentes. L’ONF propose un visioguide gratuit, le « Sylvascope » (application mobile ou prêt à la Sylvathèque de Gourbeyre), qui transforme la balade en parcours de découverte ponctué de bornes et de devinettes — parfait avec des enfants.
  2. Le Tour du Houëlmont (sportif) Une boucle d’environ 6 km (comptez 3 heures, plus si l’on flâne), au départ de Rivière-Sens ou du secteur de Bisdary. Le parcours traverse la forêt sèche du littoral, un quartier résidentiel surplombant la marina (beau point de vue), l’ancien cimetière colonial, et monte jusqu’à l’observatoire avant de redescendre. La majorité du sentier est facile, mais certains passages rocheux et glissants se transforment en « trace » : bonnes chaussures indispensables. Le point de départ est réputé difficile à trouver — mieux vaut le repérer à l’avance ou partir accompagné.

Avant de partir : sécurité et bon sens

Quelques règles simples pour que la sortie reste un plaisir :

  • Par temps humide, les sentiers deviennent glissants et boueux ; le niveau d’une rando peut passer de moyen à difficile. Évitez les lendemains de fortes pluies.
  • Aux points de vue, prudence absolue : les à-pics sont réels et sans protection. On ne s’approche pas du bord, surtout avec des enfants.
  • Le parking de l’observatoire n’est pas surveillé : ne laissez rien de visible dans la voiture.
  • Emportez de l’eau en quantité, un téléphone chargé, et de bonnes chaussures. Pour le Tour du Houëlmont, partir accompagné d’un guide ou d’un connaisseur est recommandé.
  • Certaines variantes (vers Morne Cadet / Saint-Jean Bosco) ont souffert de la tempête Fiona (2022) et sont déconseillées faute d’entretien : renseignez-vous sur l’état des traces avant de vous engager.

En pratique

CritèreÀ retenir
Altitude~418 m (observatoire au sommet) ; sentier d’interprétation vers 400 m
Sentier courtBoucle ~1 km depuis l’observatoire, balisée jaune, familiale ; visioguide Sylvascope (ONF)
Tour du HouëlmontBoucle ~6 km, ~3 h, depuis Rivière-Sens / Bisdary ; passages glissants
À voirVue sur Basse-Terre & Fort Delgrès, mare d’altitude, vestiges militaires, observatoire
Faune/floreHerbe poison endémique, Pic de Guadeloupe, libellules rares, chauves-souris
Meilleur momentTemps sec ; matinée pour la lumière et la fraîcheur
SécuritéÀ-pics dangereux aux points de vue, sentier glissant, parking non surveillé
InfosSylvathèque ONF / Office de tourisme du Sud Basse-Terre ; appli Sylvascope

Comment l’intégrer dans sa vie de résident

Le grand atout du Houëlmont, pour qui vit dans le sud Basse-Terre, c’est qu’il se glisse facilement dans un emploi du temps. La boucle d’1 km tient dans une matinée du week-end : on monte tôt, avant la chaleur, on fait le tour avec le Sylvascope, on s’arrête à la mare, et on est redescendu pour midi. C’est une sortie idéale pour faire bouger les enfants tout en leur apprenant quelque chose sur leur île — la flore endémique, le volcan, les libellules — sans le coût ni la logistique d’une grande randonnée. Pour les marcheurs réguliers, le Tour du Houëlmont est un terrain d’entraînement parfait à portée de main : 6 km vallonnés, de la forêt, un peu d’histoire, et un dénivelé qui « tire dans les mollets » sur la montée vers l’observatoire. On peut le faire tôt le dimanche, avant que la pluie de l’après-midi ne s’invite — car le sud Basse-Terre est arrosé, et la météo change vite. C’est aussi un bon plan pour recevoir des proches en visite : on leur montre « leur » Guadeloupe vue d’en haut, loin des clichés de plage, avec la ville, la mer et les volcans dans le même regard. Un conseil de saison : préférez le carême (décembre à avril), plus sec, qui rend les sentiers praticables et les panoramas dégagés. En hivernage, la forêt est superbe mais les traces deviennent boueuses et les vues se bouchent vite sous les nuages accrochés au sommet.

Note pour les visiteurs de passage

Le Houëlmont est un excellent « hors-piste » pour qui veut sortir des sentiers archi-fréquentés : ni la Soufrière ni les Chutes du Carbet, mais un sommet confidentiel à deux pas de Basse-Terre, qui combine vue, nature endémique et histoire. Pour une première approche en famille, privilégiez le sentier d’interprétation d’1 km avec le Sylvascope : c’est court, ludique et instructif. Les marcheurs aguerris préféreront le Tour du Houëlmont. Dans tous les cas, c’est une belle manière de comprendre le sud Basse-Terre — ses volcans, sa forêt, son rapport au risque — avant ou après une visite de la ville et du Fort Delgrès, juste en contrebas.

Questions fréquentes

Le Houëlmont, c’est plutôt un point de vue ou une randonnée ?

Les deux. Le sommet offre de belles trouées panoramiques sur Basse-Terre et la mer, mais on y accède par des sentiers : une courte boucle familiale (~1 km) ou le Tour du Houëlmont (~6 km). Ce n’est pas un belvédère aménagé accessible en voiture.

Peut-on visiter l’observatoire volcanologique ?

Pas librement : l’OVSG est un site scientifique en activité. On peut s’en approcher depuis la route et la randonnée, mais l’intérieur ne se visite pas comme un musée.

La randonnée est-elle adaptée aux enfants ?

Le sentier d’interprétation d’1 km, oui, en restant vigilant aux points de vue (à-pics). Le Tour du Houëlmont, plus long et par endroits glissant, convient mieux à des marcheurs habitués.

Qu’est-ce que le Sylvascope ?

Un visioguide gratuit proposé par l’ONF (application mobile ou prêt à la Sylvathèque de Gourbeyre) qui accompagne le sentier d’interprétation avec des bornes, des explications et des devinettes sur la faune et la flore.

Quelle est cette fameuse mare ?

La mare du Houëlmont, unique étendue d’eau du massif des Monts Caraïbes à 400 m d’altitude, alimentée par une source souterraine. C’est la seule mare d’altitude de Guadeloupe, refuge de libellules dont certaines espèces rares.

Quand y aller ?

Par temps sec de préférence, idéalement le matin pour la lumière et la fraîcheur. Évitez les périodes très pluvieuses qui rendent les sentiers glissants et dangereux.