C'est le plus ancien musée de la Guadeloupe, et même de toute la France d'outre-mer. Au 24 rue Peynier, dans le vieux Pointe-à-Pitre, un élégant bâtiment néoclassique en pierre, à la façade jaune et aux garde-corps bleus, abrite le musée Schœlcher — rebaptisé Musarth depuis sa rénovation de 2022. Il rend hommage à Victor Schœlcher (1804-1893), journaliste, homme politique et artisan de l'abolition définitive de l'esclavage en France en 1848, qui fit don de ses collections personnelles à la Guadeloupe pour fonder ce musée. Cette page retrace l'histoire du lieu, la figure de Schœlcher, les collections et les informations de visite.
Musée Schœlcher (Musarth)

Le musée en bref
Le musée occupe un bâtiment construit spécialement pour lui à la fin du XIXe siècle, l'un des rares exemples d'architecture de prestige ancienne subsistant à Pointe-à-Pitre. Né du don fait par Victor Schœlcher au conseil général de la Guadeloupe en 1883, il fut le premier musée de l'île. Longtemps mémorial dédié au grand abolitionniste, il est devenu, au fil des acquisitions, un véritable musée d'art et d'histoire — d'où son nouveau nom de Musarth (Musée départemental d'art et d'histoire) adopté à la réouverture de 2022, après des travaux d'agrandissement et de modernisation.
| Information | Détail |
|---|---|
| Adresse | 24 rue Peynier, 97110 Pointe-à-Pitre |
| Coordonnées GPS | 16.23755, -61.53773 |
| Nom actuel | Musarth (Musée départemental d'art et d'histoire) |
| Statut | Musée départemental ; premier musée de Guadeloupe et d'outre-mer |
| Origine | Don de Victor Schœlcher en 1883 |
| Construction | Bâtiment néoclassique en calcaire, débutée en 1885 |
| Inauguration | 21 juillet 1887 (83e anniversaire de Schœlcher) |
| Réouverture | Septembre 2022, après rénovation |
Le bâtiment : un écrin néoclassique
Le bâtiment se remarque facilement dans le quartier historique : édifice néoclassique en calcaire, élevé sur deux niveaux plus des combles, façade jaune rythmée de garde-corps bleus, élégant perron. Sa construction débute en 1885, et il est inauguré le 21 juillet 1887, jour de la Saint-Victor et veille du 83e anniversaire de Victor Schœlcher. À l'extérieur, un buste de Schœlcher, exécuté par Bogino en 1913, accueille le visiteur. C'est l'un des très rares témoignages d'architecture ancienne de prestige encore debout à Pointe-à-Pitre, ville maintes fois ravagée par les séismes, incendies et cyclones.
Détail à connaître : le 21 juillet, jour anniversaire de Schœlcher, est une journée particulière en Guadeloupe, en hommage à ce fervent républicain et artisan de l'abolition.
Victor Schœlcher : l'homme et le combat
Le musée ne se comprend pas sans son fondateur. Victor Schœlcher naît le 21 juillet 1804 à Paris, fils d'un fabricant de porcelaine. En 1828-1829, son père l'envoie au Mexique vendre les porcelaines de la manufacture familiale. C'est lors de ce voyage, en passant par les Antilles, qu'il découvre la réalité de l'esclavage — choc qui orientera toute sa vie. Il consacre dès lors des décennies à enquêter sur l'esclavage à travers le monde et à militer pour son abolition.
Son heure vient avec la Révolution de février 1848. Schœlcher est alors au Sénégal, où il poursuit son enquête. Rappelé en urgence par son ami François Arago, ministre de la Marine et des Colonies du gouvernement provisoire de la Seconde République, il se voit confier la présidence de la commission d'abolition. Le décret du 27 avril 1848 abolit définitivement l'esclavage dans les colonies françaises. En Guadeloupe, l'abolition est proclamée le 27 mai 1848 (date commémorée chaque année, jour férié depuis 1983).
| Repère | Donnée |
|---|---|
| Naissance | 21 juillet 1804, Paris |
| Mort | 25 décembre 1893, Houilles |
| Profession | Journaliste, critique d'art, homme politique |
| Déclic | Découverte de l'esclavage lors d'un voyage au Mexique/Antilles (1829) |
| Rôle clé | Président de la commission d'abolition ; décret du 27 avril 1848 |
| Mandats | Député de la Martinique et de la Guadeloupe (1848-1850) |
| Exil | Plus de 18 ans en Angleterre sous le Second Empire (refus du régime de Napoléon III) |
Refusant de se soumettre au Second Empire, Schœlcher s'exila en Angleterre pendant plus de dix-huit ans, avant de revenir en France après la chute de Napoléon III et d'être réélu député. Sa dépouille repose au Panthéon depuis 1949.
L'abolition de 1848 : ce qu'il faut savoir
Le combat de Schœlcher aboutit au décret du 27 avril 1848, qui abolit définitivement l'esclavage dans les colonies françaises — après une première abolition en 1794, annulée par Napoléon en 1802. En Guadeloupe, le gouverneur par intérim Jean-François Layrle, craignant des troubles après l'insurrection de Martinique, proclame l'abolition par anticipation le 27 mai 1848, sans attendre l'arrivée du décret : quelque 87 000 personnes sont alors libérées.
Un aspect du décret est essentiel à connaître, et le musée ne l'élude pas : une loi de 1849 prévoit d'indemniser les anciens propriétaires d'esclaves pour la « perte » de leur main-d'œuvre — quelque 126 millions de francs-or versés à l'échelle des colonies — tandis que les personnes anciennement réduites en esclavage, elles, ne reçoivent aucune réparation. Cette asymétrie, longtemps passée sous silence, fait aujourd'hui partie de la lecture critique de l'abolition que proposent les institutions de mémoire.
Schœlcher demeure une figure centrale de la mémoire antillaise — son nom est porté par des communes, des lycées, des rues — même si l'historiographie récente rappelle aussi le rôle des révoltes d'esclaves et des résistants (Delgrès, Ignace, Solitude) dans la conquête de la liberté, aux côtés de l'action des abolitionnistes métropolitains.
Les collections : de l'art antique à la mémoire de l'esclavage
La collection est d'une nature singulière, reflet du goût de Schœlcher, amateur d'art et grand voyageur. Le don initial de 1883 mêlait des objets très divers, complétés ensuite par des dépôts de l'État et des acquisitions plus récentes.
| Type de collection | Contenu |
|---|---|
| Don initial Schœlcher (1883) | Porcelaines (de la manufacture paternelle), sculptures romaines et égyptiennes, objets personnels, souvenirs de voyage |
| Dépôts du Louvre (1885) | Moulages d'œuvres célèbres, calcographies (estampes) |
| Collections ethnographiques | Objets d'Afrique et des Amériques rapportés par Schœlcher (collectés entre 1830 et 1848 au Mexique, aux Antilles, en Égypte), longtemps conservés au musée du quai Branly ; certains déposés au musée depuis 2010 |
| Acquisitions récentes (depuis les années 1980) | Documents iconographiques (dessins, estampes) sur les traites négrières, l'esclavage et leurs abolitions |
Cette nature mêlant moulages, porcelaines, estampes du XVIIe au XIXe siècle, bronzes et médailles est unique en Guadeloupe. Pendant près d'un siècle, le musée a surtout fonctionné comme un mémorial à la gloire de l'abolitionniste. À partir des années 1980, puis lors du réaménagement de 1998 (cent-cinquantenaire de l'abolition) et de la rénovation de 2022, il a élargi son propos à l'histoire de l'esclavage et des abolitions, avec une scénographie moderne et accessible.
Le parcours muséographique met aujourd'hui au cœur les voyages de Victor Schœlcher et la manière dont ils l'ont conduit à élaborer sa pensée abolitionniste, articulant les collections d'origine et les acquisitions sur l'esclavage. C'est ce qui en fait, selon les visiteurs récents, une « belle surprise » : un bâtiment chargé d'histoire et un propos qui fait réfléchir.
Il faut souligner le paradoxe heureux de ce musée : il est né du don d'un homme qui, voulant promouvoir la culture auprès d'une population libérée de l'esclavage quarante ans plus tôt, lui offrit non pas des objets liés à l'esclavage, mais une collection d'art classique occidental — porcelaines, moulages du Louvre, sculptures antiques. Pour Schœlcher, donner accès à la grande culture était en soi un acte d'émancipation. Le glissement progressif des collections, de l'art antique vers l'histoire de l'esclavage, raconte ainsi l'évolution du regard de la société guadeloupéenne sur sa propre histoire : d'un mémorial à la gloire d'un homme illustre vers un lieu de compréhension critique du passé colonial.
Informations pratiques et accès
| Information | Détail |
|---|---|
| Adresse | 24 rue Peynier, 97110 Pointe-à-Pitre |
| Coordonnées GPS | 16.23755, -61.53773 |
| Durée de visite | environ 1 heure |
| Public | Tout public ; ateliers/visites pour enfants certains jours |
| Intérêt | Histoire de l'esclavage et des abolitions, art ancien, architecture néoclassique |
Le musée se situe en plein centre historique, rue Peynier, à quelques minutes à pied de la place de la Victoire et du musée Saint-John Perse. Comme partout dans le centre de Pointe-à-Pitre, le stationnement est difficile : mieux vaut explorer le quartier à pied. Les horaires pouvant varier (le musée ayant rouvert récemment sous une nouvelle organisation), il est conseillé de se renseigner avant la visite.
Pour les résidents, c'est un lieu de mémoire fondamental, à (re)découvrir d'autant plus depuis sa rénovation de 2022, qui en a fait un musée vivant et non plus seulement un mémorial figé. Pour les visiteurs de passage, le Musarth s'intègre dans un parcours mémoriel et culturel de Pointe-à-Pitre : il fait écho au musée Saint-John Perse tout proche, à la place de la Victoire (où Victor Hugues abolit l'esclavage une première fois en 1794), et surtout au Mémorial ACTe, grand centre caribéen d'expression et de mémoire de la traite et de l'esclavage. Ensemble, ces lieux permettent de comprendre les deux abolitions (1794 et 1848) et la longue lutte pour la liberté.
Questions fréquentes
À qui le musée rend-il hommage ?
À Victor Schœlcher (1804-1893), artisan de l'abolition définitive de l'esclavage en France (décret du 27 avril 1848).
Pourquoi s'appelle-t-il maintenant « Musarth » ?
Après sa rénovation et sa réouverture en 2022, il a pris le nom de Musarth (Musée départemental d'art et d'histoire), reflétant l'élargissement de ses collections à l'histoire de l'esclavage et des abolitions.
Qu'a-t-il d'unique ?
C'est le premier musée de Guadeloupe et de toute la France d'outre-mer, né d'un don de Schœlcher en 1883.
Que peut-on y voir ?
Les collections d'origine (porcelaines, sculptures antiques, moulages du Louvre) et des documents sur les traites négrières, l'esclavage et leurs abolitions.
Où se trouve-t-il ?
Au 24 rue Peynier, dans le centre historique de Pointe-à-Pitre, près de la place de la Victoire.
Combien de temps prévoir ?
Environ 1 heure.

