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Au 9 rue Nozières, en plein cœur historique de Pointe-à-Pitre, une demeure coloniale aux colonnettes de fer forgé et aux dentelles de zinc semble échappée de La Nouvelle-Orléans. C'est le musée Saint-John Perse, consacré au poète et diplomate guadeloupéen Alexis Leger — Saint-John Perse de son nom de plume —, prix Nobel de littérature 1960. Le lieu vaut autant pour son architecture insolite et son histoire de naufrage que pour ce qu'il raconte : la vie d'un enfant de Pointe-à-Pitre devenu l'un des plus grands poètes du XXe siècle, et l'art de vivre créole bourgeois du XIXe siècle, reconstitué au rez-de-chaussée. Cette page détaille le bâtiment, le poète, les collections et les informations de visite.

Le musée en bref

Le musée Saint-John Perse est un musée municipal installé dans une maison coloniale du XIXe siècle, dans le quartier historique de Pointe-à-Pitre. Il présente deux choses indissociables : une exposition permanente sur les costumes et l'intérieur créoles (au rez-de-chaussée), et un parcours sur la vie et l'œuvre du poète Saint-John Perse (à l'étage). Labellisé « Musée de France » et « Maison des Illustres », il a été inauguré en 1987 pour le centenaire de la naissance du poète. Le bâtiment lui-même est partiellement classé Monument historique depuis 1979.

InformationDétail
Adresse9 rue Nozières, 97110 Pointe-à-Pitre
Coordonnées GPS16.23643, -61.53584
TypeMusée municipal ; labels « Musée de France » et « Maison des Illustres »
BâtimentMaison créole de style Eiffel (1880), classée MH (1979)
Inauguration du musée1987 (centenaire de la naissance du poète)
CollectionsIntérieur créole, costumes, mobilier ; vie et œuvre de Saint-John Perse
Durée de visiteenviron 1 heure

Une maison voyageuse : l'histoire rocambolesque du bâtiment

L'histoire de la demeure est un récit à elle seule. Construit vers 1880, le bâtiment présente une structure en métal et brique, conçue en kit — possiblement par les ateliers Gustave Eiffel — et commandée par un riche planteur de Louisiane. Mais le navire qui transportait les éléments fait naufrage (ou fait escale forcée après un cyclone, selon les versions) en Guadeloupe. Les pièces récupérées sont vendues aux enchères. L'une des deux maisons est achetée par Ernest Souques, directeur de l'usine sucrière Darboussier, et montée à Pointe-à-Pitre : c'est l'actuel musée. L'autre est implantée sur les terres sucrières de Zévallos, entre Le Moule et Saint-François — d'où le fait que les deux édifices soient jumeaux.

Cette demeure, appelée « Maison Souques », rappelle d'emblée les résidences de Louisiane avec ses colonnettes en fer forgé et ses ornements de zinc ciselé. Laissée à l'abandon dans les années 1970, elle est rachetée par la mairie de Pointe-à-Pitre, à l'initiative du docteur Henri Bangou, sénateur-maire, pour en faire un musée dédié au poète. Détail savoureux et un peu paradoxal : le jeune Alexis Leger n'a jamais mis les pieds dans cette maison. Sa véritable maison natale, bien plus modeste, a été laissée à l'abandon puis démolie en 2017. Le musée est donc un hommage installé dans un écrin d'époque, plus qu'une maison-musée au sens strict.

Saint-John Perse, enfant de Pointe-à-Pitre et prix Nobel

Le cœur du musée, c'est l'homme. Alexis Leger naît le 31 mai 1887 à Pointe-à-Pitre et passe son enfance en Guadeloupe jusqu'à ses douze ans, avant que sa famille ne regagne la métropole. Cette enfance antillaise marquera profondément son œuvre : son premier grand recueil, Éloges, s'inspire directement de sa Guadeloupe natale. Sous le pseudonyme de Saint-John Perse, il mène une double vie : diplomate de haut rang (il sera secrétaire général du Quai d'Orsay) et poète majeur, auteur d'Anabase, Exil, Vents, Amers, Chronique. En 1960, il reçoit le prix Nobel de littérature, salué « pour l'envol et les images évocatrices de sa poésie qui reflète de manière visionnaire les conditions de notre temps ». Il meurt en 1975 sur la presqu'île de Giens, en Provence.

RepèreDonnée
NomAlexis Leger, dit Saint-John Perse
Naissance31 mai 1887, Pointe-à-Pitre
Mort20 septembre 1975, presqu'île de Giens (Var)
Double carrièrePoète et diplomate (secrétaire général du Quai d'Orsay)
Œuvres majeuresÉloges, Anabase, Exil, Vents, Amers, Chronique
Prix Nobel de littérature1960
LegsSa collection (près de 10 000 documents) léguée à Aix-en-Provence

À noter pour les amateurs : le poète a légué l'essentiel de sa collection personnelle (près de 10 000 documents) à la ville d'Aix-en-Provence, où se trouve la Fondation Saint-John Perse. Le musée de Pointe-à-Pitre, lui, se concentre sur ses racines guadeloupéennes et sur le cadre de vie de son enfance.

Ce que l'on découvre dans le musée

La visite se fait sur deux niveaux, avec deux ambiances distinctes.

EspaceContenu
Rez-de-chausséeReconstitution d'un intérieur de maison créole bourgeoise du XIXe : plafond en zinc, mobilier en mahogany (acajou), mannequins de cire habillés de costumes créoles, collection de cartes postales anciennes
ÉtageVie et œuvre du poète : manuscrits, photographies, documents, livres, objets personnels
JardinMasque de Saint-John Perse réalisé par le sculpteur hongrois András Beck
Expositions temporairesRégulièrement organisées (art, mémoire, débats contemporains)

Le rez-de-chaussée, qui reconstitue un salon créole d'époque, est souvent considéré comme la partie la plus parlante du musée : il donne à voir concrètement l'art de vivre d'une famille bourgeoise antillaise à la fin du XIXe siècle, dans lequel a baigné l'enfance du poète. Les costumes créoles, avec leurs madras et leurs étoffes, constituent une collection ethnographique précieuse.

Comprendre les costumes créoles exposés

Les costumes présentés au rez-de-chaussée ne sont pas de simples vêtements anciens : ils racontent l'histoire sociale de la Guadeloupe. L'élément le plus emblématique est la coiffe en madras (la « tête », ou maré tèt en créole). Son origine est un acte de résistance silencieuse : pendant l'esclavage, des lois coloniales interdisaient aux femmes affranchies de porter le chapeau, réservé aux Blanches. Ressentant le simple foulard comme une humiliation, les Créoles transformèrent le carré de madras — tissu coloré à carreaux importé d'Inde par la Compagnie des Indes — en coiffes élaborées et élégantes.

Mieux : la coiffe est devenue un langage. Le nombre de pointes nouées indiquait le statut amoureux de celle qui la portait.

CoiffeSignification (langage des pointes)
Une pointeCœur à prendre, célibataire
Deux pointesCœur déjà pris / amoureuse
Trois pointesFemme mariée
Quatre pointes« Cœur susceptible d'accueillir encore des amants »

Il existe aussi des coiffes plus complexes et non dénouables, portées comme des chapeaux : la tête calendée (ou « tête chaudière »), apprêtée et rigidifiée, sommet de l'élégance créole, souvent associée à la tenue de Matadore — la femme parée de bijoux (collier-chou, boucles, épingles tremblantes). Le costume créole, complété de ses bijoux en or, est ainsi un condensé de l'histoire de l'île : métissage des apports africains, européens et indiens, et symbole de la dignité reconquise. Il n'est plus porté aujourd'hui qu'aux grandes occasions (fêtes, carnaval, cérémonies).

Le musée conserve par ailleurs une œuvre majeure : Philoctète à l'île de Lemnos, tableau néoclassique peint en 1794 par Guillaume Guillon Lethière, peintre d'origine guadeloupéenne. L'œuvre, acquise en 2003, a une histoire forte : elle a appartenu à la collection de Lucien Bonaparte dès 1804, et Lethière y aurait pris pour modèle un Créole, le général Dumas (père de l'écrivain Alexandre Dumas), tout en glissant des plantes tropicales (génipa, cactus raquette) en clin d'œil à ses racines caribéennes.

Un avis honnête sur la visite

Soyons francs : le musée est modeste et inégalement valorisé. Plusieurs visiteurs notent que la scénographie consacrée au poète se résume parfois à quelques panneaux, et que l'accueil peut manquer de chaleur. L'entrée est généralement peu coûteuse, voire gratuite certains jours. Ce n'est donc pas un grand musée spectaculaire, mais plutôt une halte d'une heure, intéressante surtout pour le bâtiment, le salon créole reconstitué, le jardin et l'initiation à la figure de Saint-John Perse. En aborder la visite avec cette attente évite la déception.

Informations pratiques et accès

InformationDétail
Adresse9 rue Nozières, 97110 Pointe-à-Pitre
Coordonnées GPS16.23643, -61.53584
TarifFaible, parfois gratuit selon les jours
Duréeenviron 1 heure
IntérêtArchitecture créole « style Eiffel », costumes créoles, littérature, histoire de l'art

Le musée se situe en plein centre historique, à quelques pas de la place de la Victoire. Comme partout dans le centre de Pointe-à-Pitre, le stationnement peut être difficile ; mieux vaut venir à pied dans le cadre d'une découverte du quartier. Les horaires d'ouverture étant susceptibles de varier, mieux vaut se renseigner avant de venir.

Pour les résidents, c'est l'occasion de redécouvrir une figure majeure du patrimoine guadeloupéen — un enfant du pays devenu prix Nobel — et un témoignage rare de l'architecture et de l'art de vivre créoles du XIXe siècle. Pour les visiteurs de passage, le musée s'inscrit naturellement dans un circuit à pied du centre ancien : place de la Victoire toute proche, musée Schœlcher (sur l'abolition de l'esclavage), marché de la Darse et marché aux épices, puis Mémorial ACTe. Les amateurs d'architecture pourront compléter la visite par celle de l'habitation Zévallos, au Moule — la sœur jumelle de la maison.

Questions fréquentes

À qui le musée est-il consacré ?

Au poète et diplomate guadeloupéen Alexis Leger, dit Saint-John Perse, prix Nobel de littérature en 1960.

Saint-John Perse a-t-il vécu dans cette maison ?

Non. Le jeune Alexis Leger n'y a jamais habité ; sa maison natale, plus modeste, a été démolie en 2017. Le musée est un hommage installé dans une demeure d'époque.

Qu'a de particulier le bâtiment ?

C'est une maison créole « de style Eiffel » (1880), conçue en kit, dont le jumeau est l'habitation Zévallos au Moule. Elle rappelle les demeures de Louisiane.

Que voit-on à l'intérieur ?

Au rez-de-chaussée, un intérieur créole bourgeois reconstitué avec mobilier et costumes créoles ; à l'étage, la vie et l'œuvre du poète. Le musée conserve aussi le tableau Philoctète de Lethière.

Combien coûte l'entrée ?

Le tarif est faible, voire gratuit certains jours.

Combien de temps faut-il ?

Environ 1 heure.