Demandez à n'importe quel ancien de Pointe-à-Pitre où l'on allait « faire ses achats » et un nom reviendra, toujours le même : la rue Frébault. Pas un centre commercial climatisé en périphérie. Pas une galerie marchande anonyme. Une rue. La plus longue de la ville, une artère qui file droit à travers le centre, bordée d'enseignes, de tissus suspendus, de vendeurs qui hèlent, d'odeurs de cuir et d'épices. Pendant plus d'un siècle, c'est ici que Pointe-à-Pitre a fait son commerce, croisé ses voisins, habillé ses enfants pour la rentrée et le carnaval. Flâner rue Frébault aujourd'hui, ce n'est pas seulement faire du shopping : c'est marcher dans la mémoire vivante d'une ville. Suivez le guide, du haut de la rue jusqu'à la Darse.
Flâner rue Frébault, l âme commerçante de Pointe-à-Pitre

La plus longue rue de la ville
Tout commence par une particularité urbaine : la rue Frébault est la plus longue rue de Pointe-à-Pitre. Mais sa longueur n'est pas son seul intérêt. Cette artère traverse une partie importante du centre historique et accompagne depuis des siècles les transformations commerciales de la ville.
Aujourd'hui encore, ses rez-de-chaussée accueillent des commerces de prêt-à-porter, parfumeries, bijouteries, merceries et bazars. Mais derrière les vitrines actuelles se lit une histoire beaucoup plus ancienne, faite de commerce, de migrations, de circulation des marchandises et de vie politique.
Son nom lui vient de Charles Victor Frébault, général et gouverneur de la Guadeloupe de 1860 à 1864. En 1862, le conseil municipal donne son nom à cette artère jusque-là connue notamment comme la rue des Abymes. Un buste de Frébault, réalisé en 1892, se trouve toujours sur la place de la Victoire.
Pour les habitants, cependant, « Frébault » évoque moins le gouverneur que le commerce. On y vient pour acheter un vêtement, du tissu, une paire de chaussures, faire une course ou simplement traverser le centre. C'est cette dimension quotidienne qui fait encore aujourd'hui son identité.
La rue Frébault actuelle s'étend du secteur du centre Saint-John-Perse, sur le quai Ferdinand-de-Lesseps, jusqu'au boulevard Chanzy. Elle ne doit donc pas être confondue avec l'ancienne rue des Abymes, dont le tracé était plus long et se poursuivait jusqu'au rond-point Miquel.
Une histoire commerciale marquée par les migrations
L'histoire de la rue Frébault est étroitement liée à celle des commerçants venus s'installer en Guadeloupe depuis le Levant.
À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, des familles originaires notamment de Syrie et du Liban arrivent dans l'archipel. Beaucoup commencent comme marchands ambulants avant de se sédentariser et d'ouvrir des commerces. Leur présence devient particulièrement importante dans le centre de Pointe-à-Pitre et contribue au développement du commerce de tissus, de mercerie et d'habillement.
Une plaque commémorative apposée sur l'ancien magasin de tissus du secteur du marché Saint-Antoine rappelle le 150e anniversaire de l'arrivée des premiers Syro-Libanais en Guadeloupe et leur importance dans l'histoire commerciale de la rue Frébault.
Cette histoire mérite d'être regardée avec nuance. Les commerçants levantins ne se sont pas installés d'un seul coup dans les boutiques les plus prestigieuses de la rue. Certains ont d'abord parcouru l'île comme colporteurs, avant de constituer progressivement leur clientèle et leurs capitaux. L'incendie de 1931, qui touche une partie de la rue Frébault, favorise ensuite le rachat et la transformation de plusieurs maisons par des commerçants libanais.
C'est cette histoire de mobilité, d'installation et de transmission qui donne une autre profondeur aux commerces que l'on voit encore aujourd'hui.
Au Bon Marché et aux Galeries parisiennes : les traces d'un ancien commerce
Il suffit parfois de lever les yeux pour retrouver les traces de l'ancienne vocation commerciale de Frébault.
À l'angle de la rue Saint-John-Perse, deux bâtiments se font face. Ils abritaient autrefois les magasins de mode « Au Bon Marché » et « Les Galeries parisiennes ». Ces enseignes témoignent de l'influence des grands magasins parisiens sur le commerce de Pointe-à-Pitre. Elles s'adressaient notamment à la petite bourgeoisie locale et participaient à l'animation commerciale du centre.
L'architecture raconte elle aussi cette période. Le long de la rue, des demeures anciennes en bois côtoient des immeubles construits en ciment armé dans les années 1930 à 1950, certains relevant du style Art déco ou du style international. Cette juxtaposition donne à Frébault une physionomie particulière.
Une rue où l'on lit l'histoire de la ville
La rue Frébault ne raconte pas uniquement le commerce.
Au numéro 121 se trouve la maison où Jean-Hégésippe Légitimus a vécu de 1907 à 1937. Ancien maire de Pointe-à-Pitre, président du conseil général et député de la Guadeloupe, il fut une figure importante de la vie politique guadeloupéenne. Une plaque commémorative signale aujourd'hui cette maison.
Un peu plus loin, le marché central et la fontaine Couturier rappellent une autre étape essentielle de l'histoire urbaine. La halle métallique du marché a été inaugurée en 1874, tout comme la fontaine, qui marque symboliquement l'arrivée de l'eau courante à Pointe-à-Pitre. Le marché est aujourd'hui consacré notamment aux produits locaux et aux épices.
Ainsi, sur un même parcours, on peut passer d'une ancienne maison de commerçant à une boutique contemporaine, d'une plaque politique à un marché historique. C'est cette proximité entre passé et vie quotidienne qui donne à Frébault son intérêt.
Du canal des Abymes à la rue commerçante
Avant de devenir l'une des grandes artères commerciales de Pointe-à-Pitre, le secteur était lié à un autre mode de circulation : celui de l'eau.
Un ancien canal, appelé canal des Abymes, permettait aux gabarres d'acheminer des marchandises depuis la plaine des Abymes jusqu'à la Darse. Du pétun, de l'indigo, du coton ou encore du sucre circulaient ainsi vers le cœur de la ville. Une chaussée parallèle au canal est ouverte dans les années 1740 et le canal est finalement comblé et rendu carrossable en 1775.
La voie devient alors la rue des Abymes, communément appelée « Lari Zabim ». Elle constitue progressivement un axe important entre Pointe-à-Pitre et l'intérieur de la Grande-Terre.
Lorsque le conseil municipal lui donne le nom de Frébault en 1862, cette artère porte donc déjà une longue histoire de circulation des personnes et des marchandises.
Une rue qui se vit encore aujourd'hui
La rue Frébault ne se visite pas comme un monument isolé. Elle se découvre en marchant, au milieu des habitants et des commerces.
Les devantures ont changé, certaines enseignes ont disparu et le commerce du centre-ville a connu une baisse de fréquentation avec le développement des centres commerciaux dans les communes voisines. Mais l'activité commerciale n'a pas disparu. Prêt-à-porter, parfumeries, bijouteries, merceries et autres commerces occupent toujours les rez-de-chaussée.
Cette continuité est importante. Elle permet de comprendre que le patrimoine de Pointe-à-Pitre ne se résume pas à quelques bâtiments protégés. Il se trouve aussi dans les usages, dans les commerces et dans les relations entre les habitants et ceux qui tiennent les boutiques.
La rue Frébault est donc intéressante précisément parce qu'elle continue d'être une rue de la vie quotidienne.
Une rue à parcourir à pied
Pour découvrir Frébault, mieux vaut prendre le temps de marcher.
Le parcours peut commencer du côté du centre Saint-John-Perse et du quai Ferdinand-de-Lesseps, puis se poursuivre vers le boulevard Chanzy. En chemin, prenez le temps de regarder les devantures mais aussi les étages supérieurs des bâtiments.
Les anciennes maisons en bois, les immeubles Art déco ou de style international, les anciens magasins et les balcons créoles se découvrent souvent en levant simplement les yeux.
Un détour par le marché central permet ensuite d'observer la halle métallique et la fontaine Couturier avant de revenir vers les rues commerçantes.
L'intérêt du parcours tient moins au nombre de monuments qu'à leur proximité. En quelques minutes de marche, plusieurs morceaux de l'histoire de Pointe-à-Pitre se répondent.
Pourquoi cette rue compte encore pour Pointe-à-Pitre
La rue Frébault permet de comprendre quelque chose d'essentiel sur Pointe-à-Pitre : la ville s'est construite autour des échanges.
Les marchandises arrivaient par le port, circulaient vers les marchés et les boutiques, tandis que des populations venues d'ailleurs s'installaient progressivement dans la ville et participaient à son activité économique.
Aujourd'hui, le contexte a changé. Les habitudes de consommation ont évolué et les centres commerciaux périphériques attirent une partie de la clientèle. Mais Frébault conserve une fonction commerciale et une mémoire que l'on ne retrouve pas de la même manière dans les espaces commerciaux contemporains.
Pour le résident comme pour le visiteur, parcourir la rue permet donc de voir comment une ville commerçante s'adapte sans effacer complètement les traces de son passé.
Comment réussir votre flânerie
Commencez à pied et prenez le temps de regarder les deux côtés de la rue. Les rez-de-chaussée racontent le commerce actuel ; les étages et les façades racontent souvent des périodes plus anciennes.
N'hésitez pas à faire quelques détours. Le marché central, la fontaine Couturier et le marché Saint-Antoine permettent de comprendre l'environnement commercial dans lequel la rue Frébault s'est développée.
Prenez également le temps de repérer les plaques commémoratives. Celle consacrée aux premiers Syro-Libanais rappelle l'histoire des migrations commerciales ; celle du 121 rue Frébault renvoie à Jean-Hégésippe Légitimus et à l'histoire politique de la Guadeloupe.
Enfin, regardez la rue comme un espace vivant. Entrez dans les commerces si vous avez quelque chose à y faire, échangez avec les commerçants et observez les usages du lieu. L'intérêt de Frébault est justement de pouvoir découvrir le patrimoine sans sortir de la vie quotidienne.
À proximité
Le marché central
À quelques pas de la rue Frébault, le marché central est l'un des repères majeurs du centre historique de Pointe-à-Pitre. Sa halle métallique, inaugurée en 1874, abrite aujourd'hui notamment des stands consacrés aux produits locaux et aux épices. La fontaine Couturier, inaugurée la même année, se trouve à proximité immédiate.
Le marché Saint-Antoine
Le marché Saint-Antoine appartient au même ensemble urbain et commercial que la rue Frébault. Sa proximité permet de prolonger naturellement la découverte de l'ancien cœur commerçant de Pointe-à-Pitre.
La fontaine Couturier
Aussi appelée « Jeune Fille à la corbeille », la fontaine Couturier date de 1874. Elle est associée à l'arrivée de l'eau courante à Pointe-à-Pitre et constitue aujourd'hui un élément patrimonial du secteur du marché.
La place de la Victoire
La place de la Victoire permet de prolonger la découverte de l'histoire liée au nom de la rue. On y trouve notamment le buste en bronze de Charles Victor Frébault, réalisé en 1892 et consacré au gouverneur de la Guadeloupe.
Le musée Saint-John Perse
Installé dans une ancienne demeure du centre de Pointe-à-Pitre, le musée Saint-John Perse permet de poursuivre la découverte du patrimoine architectural et culturel de la ville.
Anecdote : avant Frébault, il y avait le « Lari Zabim »
Le nom Frébault n'a pas toujours été celui de cette artère.
La voie était connue sous le nom de rue des Abymes, ou « Lari Zabim » en créole. Cette appellation rappelle une époque où Pointe-à-Pitre était directement reliée à la plaine des Abymes par un système de circulation des marchandises.
Avant le comblement du canal des Abymes en 1775, des gabarres transportaient notamment du pétun, de l'indigo, du coton et du sucre jusqu'à la Darse. Une chaussée parallèle au canal avait été ouverte dans les années 1740. Une fois le canal comblé, la voie devient progressivement un axe terrestre majeur.
La rue que l'on parcourt aujourd'hui à pied porte donc la mémoire d'un paysage urbain très différent : avant les vitrines et les enseignes, il y avait ici une voie liée au transport des marchandises par l'eau.
L'essentiel
| Repère | Détail |
|---|---|
| Particularité | La plus longue rue de Pointe-à-Pitre |
| Vocation | Grande artère commerçante du centre-ville |
| Nom actuel | Charles Victor Frébault, gouverneur de la Guadeloupe de 1860 à 1864 |
| Ancien nom | Rue des Abymes, dite « Lari Zabim » |
| Histoire commerciale | Une présence importante de commerçants originaires notamment de Syrie et du Liban |
| Patrimoine | Anciens magasins, maisons en bois, immeubles Art déco et de style international |
| À voir | Marché central, fontaine Couturier, marché Saint-Antoine, plaques commémoratives |
| Personnalité liée à la rue | Jean-Hégésippe Légitimus, qui y vécut de 1907 à 1937 |
| Parcours conseillé | Parcourir la rue à pied du secteur du centre Saint-John-Perse jusqu'au boulevard Chanzy |
Questions fréquentes
Pourquoi la rue Frébault est-elle importante à Pointe-à-Pitre ?
Parce qu'elle est l'une des grandes artères commerçantes du centre-ville et la plus longue rue de Pointe-à-Pitre. Son histoire permet aussi de comprendre l'évolution commerciale, sociale et urbaine de la ville.
D'où vient le nom de la rue Frébault ?
La rue a été rebaptisée en 1862 en hommage à Charles Victor Frébault, général et gouverneur de la Guadeloupe de 1860 à 1864. Son buste se trouve aujourd'hui sur la place de la Victoire.
Quel était l'ancien nom de la rue Frébault ?
Elle était notamment connue sous le nom de rue des Abymes, ou « Lari Zabim ». Cette voie était liée à l'ancien canal des Abymes et constituait un axe important entre Pointe-à-Pitre et la plaine des Abymes.
Quel rôle les commerçants syro-libanais ont-ils joué ?
Des commerçants originaires notamment de Syrie et du Liban ont contribué au développement du commerce pointois, particulièrement dans le textile, la mercerie et l'habillement. Une plaque commémorative rappelle leur présence historique dans le secteur de la rue Frébault.
Que peut-on voir autour de la rue Frébault ?
Le marché central, la fontaine Couturier, le marché Saint-Antoine et la place de la Victoire se trouvent à proximité. La rue elle-même conserve également plusieurs bâtiments anciens et des plaques commémoratives.
Qui était Jean-Hégésippe Légitimus ?
Jean-Hégésippe Légitimus était un homme politique guadeloupéen, ancien maire de Pointe-à-Pitre, président du conseil général et député de la Guadeloupe. Il a vécu au 121 rue Frébault de 1907 à 1937.
Quel parcours faire pour découvrir la rue ?
Le mieux est de la parcourir à pied, du secteur du centre Saint-John-Perse jusqu'au boulevard Chanzy, en faisant des détours par le marché central, la fontaine Couturier et le marché Saint-Antoine.
Pourquoi la rue Frébault reste-t-elle intéressante aujourd'hui ?
Parce qu'elle reste une rue commerçante en activité tout en conservant de nombreuses traces de l'histoire de Pointe-à-Pitre. Ses commerces, ses bâtiments, ses plaques commémoratives et sa proximité avec les marchés permettent de découvrir la ville à travers son quotidien autant qu'à travers son patrimoine.

